Dévaluer le yuan, une stratégie à risques multiples pour Pékin

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Lors du G20 du 29 juin à Osaka (Japon), le président chinois Xi Jinping avait assuré à son homologue américain Donald Trump que la Chine s'abstiendrait de toute dévaluation compétitive.
Lors du G20 du 29 juin à Osaka (Japon), le président chinois Xi Jinping avait assuré à son homologue américain Donald Trump que "la Chine s'abstiendrait de toute dévaluation compétitive". (Crédits : Kevin Lamarque)
La devise chinoise a franchi lundi le seuil des 7 yuans pour 1 dollar, son niveau le plus bas depuis 11 ans. Cette dévaluation brutale serait due à "une intervention active" de la banque centrale dans le but de favoriser les exportations chinoises et d'atténuer l'impact de la hausse des droits de douane américains sur la quasi totalité des produits chinois à partir du 1er septembre, relancée par Trump jeudi dernier. Mais la stratégie n'est pas sans risques pour l'Empire du Milieu: fuite des capitaux, renchérissement des importations (dont le pétrole)...

En laissant filer sa monnaie, la Chine a ouvert un nouveau front dans sa guerre commerciale contre Washington, avec le potentiel d'atténuer l'impact des sanctions douanières américaines -- mais aussi le risque de freiner son économie en perte de vitesse.

La devise chinoise a franchi lundi le seuil symbolique des 7 yuans pour un dollar, son niveau le plus bas depuis 11 ans.

Les États-Unis ont riposté en accusant officiellement Pékin de manipuler sa monnaie. Accusation dont s'est défendue mardi la Banque centrale chinoise, qui fixe chaque jour le taux pivot du yuan face au dollar.

Pékin "s'oppose fermement" à ces accusations. "La partie américaine n'a pas tenu compte des faits et a qualifié de manière déraisonnable la Chine de manipulateur de monnaie", a réagi l'institution dans un communiqué.

La veille, le patron de la Banque centrale chinoise Yi Gang, a assuré que la Chine "ne s'engagera(it) pas dans une dévaluation compétitive" et "n'utilisera(it) pas le taux de change (...) pour faire face aux problèmes extérieurs comme les différends commerciaux".

La Banque centrale chinoise "s'est engagée à maintenir un taux de change du yuan à un niveau raisonnable et stable", a-t-il dit.

Certains analystes estiment cependant que Pékin pourrait laisser davantage filer sa monnaie.

La dévaluation ne compensera pas tous les effets de la guerre commerciale

La Chine "est prête à tolérer une nouvelle dépréciation du yuan face à l'escalade des tensions commerciales avec les États-Unis", souligne l'économiste Bo Zhuang, au cabinet d'études TS Lombard.

Pékin, qui contrôle étroitement le cours de sa monnaie, fixe chaque jour un taux pivot de part et d'autre duquel il autorise une fluctuation de plus ou moins 2%.

Mardi, ce taux a été fixé à 6,9683 pour 1 dollar, en repli de 0,66% par rapport à la veille. Il s'agit de son niveau le plus bas depuis mai 2008. Peu avant 16H00 locales (08H00 GMT), 1 dollar s'échangeait contre 7,0681 yuans sur le marché offshore.

Cette baisse brutale est "le résultat évident d'une intervention active" de la banque centrale, pour favoriser les exportations chinoises et atténuer l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois, assure M. Bo.

Donald Trump a relancé jeudi la guerre commerciale contre Pékin, en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.

Mais même une forte dépréciation du yuan ne permettra pas de compenser totalement l'impact de la guerre commerciale, met en garde l'économiste Tao Wang, de la banque UBS.

Des effets contre-productifs porteurs d'instabilité

La stratégie de la dévaluation pourrait s'avérer contre-productive pour Pékin qui cherche, au contraire, depuis 2015 à stabiliser sa monnaie pour éviter les fuites de capitaux.

La Banque centrale chinoise "ne laissera pas le yuan (trop) s'affaiblir" car cela aurait "des effets graves et déstabilisants sur l'économie" dans un contexte de ralentissement, prévient Stephen Innes, analyste chez Vanguard Markets.

Une baisse du taux de change entraîne un renchérissement des importations, ce qui obligera notamment Pékin à payer plus cher son pétrole importé. La croissance chinoise s'est essoufflée au deuxième trimestre (+6,2%), signant sa plus faible performance depuis au moins 27 ans.

Dans ce contexte, la stabilité est la priorité des autorités chinoises à l'approche d'une date hautement symbolique le 1er octobre prochain: le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste.

Pékin "cherchera probablement à prévenir toute baisse trop importante ou volatilité du yuan en exerçant de stricts contrôles sur les capitaux", explique Mark Sobel, un ancien responsable du Trésor américain sous les administrations républicaine et démocrate.

La Chine commence à réduire sa montagne de bons du Trésor américain

La Chine pourrait en revanche augmenter la pression sur les États-Unis en réduisant sa montagne de bons du Trésor américain -estimée à plus de 1.000 milliards de dollars.

"La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l'arme de la monnaie et ils l'ont utilisée, chirurgicalement", relève Stephen Roach, chercheur à l'université Yale, cité par l'agence Bloomberg.

"Ils envisagent d'autres options et on ne peut pas exclure l'option des bons du Trésor", prévient-il, rappelant que Pékin est le premier créancier des États-Unis.

Pékin a déjà réduit son portefeuille de bons du Trésor, qui n'a jamais été aussi bas depuis deux ans.

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Commentaires
a écrit le 08/08/2019 à 10:34 :
Pour mieux connaître l'évolution de la Chine, lisez "Mémoires chinoises" de Jean Tuan chez CLC Editions. L'auteur évoque la venue de son père en France en 1929 et son intégration, l'exceptionnel voyage qu'ils ont fait en Chine en 1967 durant la révolution culturelle et l'évolution du pays depuis 1980 dont il a été un témoin privilégié. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Une lecture indispensable dont le contenu vous étonnera d'autant si vous avez récemment voyagé dans ce pays ou bien pensez le faire… Disponible en librairie sur commande et via fnac.com, amazon.fr, decitre.fr et Babelio.com
a écrit le 07/08/2019 à 10:33 :
SI vous n'êtes pas en mesure de supprimer le troll qui me harcèle ou bien de publier mes réponses vous virez mon commentaire...

en quelle langue dois je le dire ?
a écrit le 07/08/2019 à 10:32 :
SI vous n'êtes pas en mesure de supprimer le troll qui me harcèle ou bien de publier mes réponses vous virez mon commentaire...

en quelle langue dois je le dire ?
a écrit le 07/08/2019 à 10:31 :
SI vous n'êtes pas en mesure de supprimer le troll qui me harcèle ou bien de publier mes réponses vous virez mon commentaire...

en quelle langue dois je le dire ?
a écrit le 07/08/2019 à 10:30 :
SI vous n'êtes pas en mesure de supprimer le troll qui me harcèle ou bien de publier mes réponses vous virez mon commentaire...

en quelle langue dois je le dire ?
a écrit le 06/08/2019 à 14:51 :
C'est une stratégie multi gagnante pour Pékin qui va compenser largement les inconvénients.

1°) Ils effacent totalement, avec cette dévaluation, l'effet des taxes de Trump sur le marché américain. C'est comme s'il n'avait rien fait.
Et je me permets de rappeler que le seul résultat obtenu jusqu'ici par Trump c'était une dégradation du solde commercial entre les deux pays au profit des chinois.

2°) Non seulement, leurs exportations vers les USA sont redevenues aussi compétitives qu'auparavant mais en plus elles leurs rapportent plus une fois converties en Yuan. C'est excellent pour le marché intérieur chinois qui a besoin d'un petit coup de pouce.

3°) les Chinois détiennent une masse énorme de la dette US, c'est pour eux le moment de vendre avec ce taux de change. Et en plus ça rentre dans leur stratégie de dissuasion du moment.

Par arrogance de leur gouvernement, les américains vont se prendre la raclée économique du siècle.
Réponse de le 06/08/2019 à 15:32 :
Sans compter qu'ils accroissent aussi leur compétitivité vis-à-vis du reste du monde, dont l'UE, qui ne se rend pas compte qu'elle vient de prendre un coup de pied économique, sans s'en rendre compte puisque trop occupé à regarder le match.
Réponse de le 06/08/2019 à 15:50 :
Cette dévaluation n'est pas énorme. Taux de change aujourd'hui à 1€ pour 7,83 Yuans. Le cours d'il y 3mois... Pas de quoi en faire un drame.
Réponse de le 06/08/2019 à 16:10 :
C'est pas faux.

Je m'étais posté du coté des chinois pour la démonstration.

Il est clair qu'il va falloir qu'on bouge pour ne pas être une victime collatérale.

Il faut avoir une discussion franche avec les chinois à ce sujet. Ce sont des gens pragmatiques et ils n'ont pas intérêt à se mettre le reste de la planète à dos.

Quelque part, étant donné la guerre commerciale que Trump même aussi à l'Europe, nous sommes alliés. A nous d'être persuasif, version diplomatie et non version Trump.
Réponse de le 06/08/2019 à 20:39 :
Il faut dézoomer,et ce qui compte c'est le cours USD/CNY

hier: 7.05 en clôture, plus haut historique sur 10 ans. , en une seule séance la monnaie est passée de 6.04 à 7.06 , soit 16% de hausse.

D'où l'affolement. Si le résultat se consolidait ça aurait des répercussions énormes.
Réponse de le 06/08/2019 à 22:39 :
@@au contraire
Les usa et la Chine se balancent des taxes réciproques ce qui avantage les produits européens sur ces deux marchés donc l'UE va peut-être souffrir d'une dégradation du climat des affaires mais d'un autre côté elle devrait gagner des parts de marché.
Réponse de le 07/08/2019 à 21:41 :
Je ne sais pas pas qui est la deuxième personne qui m'a répondu mais c'est vrai qu'il faut dézoomer étant donné que quand on change des euros en yuans, le circuit réel est euros- dollars- yuans puisque la seule monnaie qui est autorisée pour changer avec le Renminbi, c'est le dollar. Personnellement, moi, ça m'arrange mais pour certains domaines, ça va être pénalisant.
Après, vu que pour beaucoup de chinois, plus un produit est cher, plus c'est un gage de qualité, la dévaluation du yuan et l'augmentation des droits de douanes, c'est bénéfiques pour les entreprises et pour le gouvernement chinois. Le boycott ou interdiction d'accès au marché, c'est plus problématique...
a écrit le 06/08/2019 à 14:07 :
Disons qu'ils tenaient leur monnaie bien trop basse, privilège de plus que leur a accordé la finance mondiale, cette crise mondiale ne peut que leur porter tort du fait de leur économie bien trop dépendante du commerce extérieur.

La nature a intérêt à ce que la Chine produise et exporte moins, beaucoup moins.
Réponse de le 08/08/2019 à 14:00 :
Vos commentaires tout azimut sont affligeants !
a écrit le 06/08/2019 à 13:40 :
Les Chinois sont peut être communistes, mais ils ont parfaitement compris comment fonctionne le système capitaliste.
En fait, c'est simple, il suffit de lui faire perdre de l'argent et la Chine à, (à priori) cette capacité parce que c'est une dictature forte d'un milliard et demi d'individus qu'elle peut contraindre, parce qu'elle a une monnaie souveraine et qu'elle détient de grandes quantités de Bons du Trésor américain. Avec tous ces leviers, elle peut vraiment faire du mal au niveau de vie des Américains...qui, (soi disant)...ne se négocie pas !!!
a écrit le 06/08/2019 à 12:57 :
Quand ça commencera à prendre la tête à Poutine, tout le monde va se calmer rapidement, la Russie est la seule pouvant "péter un câble" rapidement.
a écrit le 06/08/2019 à 11:37 :
Le cours du brut a dévissé de 10% ces derniers jours, de 15% sur le dernier trimestre et de près de 20% sur l'année. Je ne parle pas des 5 dernières années ou le brut a quasiment perdu 40% de sa valeur.

Pékin va se remettre de la hausse du dollar.

Par contre ce sont les producteurs de pétrole de schiste US qui sont en train de s'étrangler, il en disparait 2500 chaque trimestre et le secteur perd 10 milliards USD chaque année. Leur seuil de rentabilité est aux alentours de 60 USD/Bbl.
Réponse de le 06/08/2019 à 12:15 :
Le point mort des producteurs de shale oil est plus de l’ordre de 40$/b aujourd’hui
Réponse de le 06/08/2019 à 12:15 :
Le point mort des producteurs de shale oil est plus de l’ordre de 40$/b aujourd’hui
Réponse de le 06/08/2019 à 12:15 :
Le point mort des producteurs de shale oil est plus de l’ordre de 40$/b aujourd’hui
Réponse de le 06/08/2019 à 14:32 :
et pourtant elles tombent comme des mouches.

Les compagnies opérant dans le shale OG ont perdu globalement 184 Milliards USD depuis 2010 et accumulé plus de 100 Milliards USD de dette.

Un petit sondage réalisé sur 29 sociétés du secteur montre qu'elles ont perdu, sur le seul premier trimestre 2019, 2.5 Milliards USD. 8 de ces sociétés ont été mises en faillite et laissent une ardoise de 3 milliards USD.

Weaherford a demandé la protection d'une mise eh faillite pour restructurer une dette de 6.7 Milliards €.

Alors qui peut croire à un seuil de rentabilité à 60 USD/Bbl ?

Le secteur du shale OG US est une énorme bulle de dette. Leur survie tient à avoir réussi à financer leur développement et leurs pertes par les fonds de pensions étrangers (européens et asiatiques) ainsi que par les Banques Nationales comme la BNS Suisse.

Il y aura le retour de bâton et la crise chinoise pourrait bien en être le détonateur.
a écrit le 06/08/2019 à 11:29 :
Super article, des éléments de réponses sur l’énorme quantité de bons du trésor US détenus par la Chine, mais à qui les vendent-ils ? Et qui achète actuellement ces bons du trésor maintenant que Trump se fâche avec tout le monde ?

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