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ÉconomieInternational

Dévaluer le yuan, une stratégie à risques multiples pour Pékin

Sébastien Ricci, AFP

Publié le 06 août 2019 à 09:07 - Mis à jour le 06 août 2019 à 09:52

Lors du G20 du 29 juin à Osaka (Japon), le président chinois Xi Jinping avait assuré à son homologue américain Donald Trump que "la Chine s'abstiendrait de toute dévaluation compétitive".

Lors du G20 du 29 juin à Osaka (Japon), le président chinois Xi Jinping avait assuré à son homologue américain Donald Trump que "la Chine s'abstiendrait de toute dévaluation compétitive".

Kevin Lamarque

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La devise chinoise a franchi lundi le seuil des 7 yuans pour 1 dollar, son niveau le plus bas depuis 11 ans. Cette dévaluation brutale serait due à "une intervention active" de la banque centrale dans le but de favoriser les exportations chinoises et d'atténuer l'impact de la hausse des droits de douane américains sur la quasi totalité des produits chinois à partir du 1er septembre, relancée par Trump jeudi dernier. Mais la stratégie n'est pas sans risques pour l'Empire du Milieu: fuite des capitaux, renchérissement des importations (dont le pétrole)...

En laissant filer sa monnaie, la Chine a ouvert un nouveau front dans sa guerre commerciale contre Washington, avec le potentiel d'atténuer l'impact des sanctions douanières américaines -- mais aussi le risque de freiner son économie en perte de vitesse.

La devise chinoise a franchi lundi le seuil symbolique des 7 yuans pour un dollar, son niveau le plus bas depuis 11 ans.

Les États-Unis ont riposté en accusant officiellement Pékin de manipuler sa monnaie. Accusation dont s'est défendue mardi la Banque centrale chinoise, qui fixe chaque jour le taux pivot du yuan face au dollar.

Pékin "s'oppose fermement" à ces accusations. "La partie américaine n'a pas tenu compte des faits et a qualifié de manière déraisonnable la Chine de manipulateur de monnaie", a réagi l'institution dans un communiqué.

La veille, le patron de la Banque centrale chinoise Yi Gang, a assuré que la Chine "ne s'engagera(it) pas dans une dévaluation compétitive" et "n'utilisera(it) pas le taux de change (...) pour faire face aux problèmes extérieurs comme les différends commerciaux".

La Banque centrale chinoise "s'est engagée à maintenir un taux de change du yuan à un niveau raisonnable et stable", a-t-il dit.

Certains analystes estiment cependant que Pékin pourrait laisser davantage filer sa monnaie.

La dévaluation ne compensera pas tous les effets de la guerre commerciale

La Chine "est prête à tolérer une nouvelle dépréciation du yuan face à l'escalade des tensions commerciales avec les États-Unis", souligne l'économiste Bo Zhuang, au cabinet d'études TS Lombard.

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Pékin, qui contrôle étroitement le cours de sa monnaie, fixe chaque jour un taux pivot de part et d'autre duquel il autorise une fluctuation de plus ou moins 2%.

Mardi, ce taux a été fixé à 6,9683 pour 1 dollar, en repli de 0,66% par rapport à la veille. Il s'agit de son niveau le plus bas depuis mai 2008. Peu avant 16H00 locales (08H00 GMT), 1 dollar s'échangeait contre 7,0681 yuans sur le marché offshore.

Cette baisse brutale est "le résultat évident d'une intervention active" de la banque centrale, pour favoriser les exportations chinoises et atténuer l'impact de la hausse des droits de douane américains sur les produits chinois, assure M. Bo.

Donald Trump a relancé jeudi la guerre commerciale contre Pékin, en annonçant son intention d'étendre des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations en provenance de Chine à compter du 1er septembre.

Mais même une forte dépréciation du yuan ne permettra pas de compenser totalement l'impact de la guerre commerciale, met en garde l'économiste Tao Wang, de la banque UBS.

Des effets contre-productifs porteurs d'instabilité

La stratégie de la dévaluation pourrait s'avérer contre-productive pour Pékin qui cherche, au contraire, depuis 2015 à stabiliser sa monnaie pour éviter les fuites de capitaux.

La Banque centrale chinoise "ne laissera pas le yuan (trop) s'affaiblir" car cela aurait "des effets graves et déstabilisants sur l'économie" dans un contexte de ralentissement, prévient Stephen Innes, analyste chez Vanguard Markets.

Une baisse du taux de change entraîne un renchérissement des importations, ce qui obligera notamment Pékin à payer plus cher son pétrole importé. La croissance chinoise s'est essoufflée au deuxième trimestre (+6,2%), signant sa plus faible performance depuis au moins 27 ans.

Dans ce contexte, la stabilité est la priorité des autorités chinoises à l'approche d'une date hautement symbolique le 1er octobre prochain: le 70e anniversaire de la fondation de la Chine communiste.

Pékin "cherchera probablement à prévenir toute baisse trop importante ou volatilité du yuan en exerçant de stricts contrôles sur les capitaux", explique Mark Sobel, un ancien responsable du Trésor américain sous les administrations républicaine et démocrate.

La Chine commence à réduire sa montagne de bons du Trésor américain

La Chine pourrait en revanche augmenter la pression sur les États-Unis en réduisant sa montagne de bons du Trésor américain -estimée à plus de 1.000 milliards de dollars.

"La plupart des gens ne pensaient pas que les Chinois utiliseraient l'arme de la monnaie et ils l'ont utilisée, chirurgicalement", relève Stephen Roach, chercheur à l'université Yale, cité par l'agence Bloomberg.

"Ils envisagent d'autres options et on ne peut pas exclure l'option des bons du Trésor", prévient-il, rappelant que Pékin est le premier créancier des États-Unis.

Pékin a déjà réduit son portefeuille de bons du Trésor, qui n'a jamais été aussi bas depuis deux ans.

Sébastien Ricci, AFP

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