Droits de douane américains : la Chine les juge inutiles
latribune.fr
Le nouveau président des Etats-Unis a brandit la menace d'une hausse des taxes douanières de 10% sur « tous les nombreux produits arrivant de Chine aux Etats-Unis », la semaine dernière.
David Dee Delgado
Alors que Donald Trump a annoncé vouloir mettre en place 10% de surtaxes sur les produits venant de Chine, le porte-parole du ministère chinois du Commerce a affirmé, ce jeudi, que cela « ne résoudra pas les propres problèmes des Etats-Unis ».
Pékin tente de ramener Donald Trump à la raison. Pour rappel, le nouveau président des Etats-Unis a brandit la menace d'une hausse des taxes douanières de 10% sur « tous les nombreux produits arrivant de Chine aux Etats-Unis », la semaine dernière.
« Imposer des taxes douanières à volonté sur des partenaires commerciaux ne résoudra pas les propres problèmes des Etats-Unis », a alors répondu He Yadong, porte-parole du ministère chinois du Commerce, lors d'une conférence de presse ce jeudi.
« Les Etats-Unis devraient respecter les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce, ndlr) et travailler avec la Chine selon les principes de respect mutuel, de coexistence pacifique et de coopération gagnant-gagnant afin de promouvoir ensemble le développement stable et durable des relations économiques et commerciales Chine-Etats-Unis », a-t-il ajouté.
Le Fentanyl au cœur du conflit
Le magnat républicain accuse la Chine de ne pas en faire assez pour empêcher le trafic de fentanyl, une drogue qui a provoqué selon les autorités américaines plus de 70.000 décès par overdose en 2023. Interrogé à ce sujet, le porte-parole du ministère chinois a rappelé la « position (de la Chine) d'opposition constante à l'imposition unilatérale de taxes douanières ».
L'administration Biden a déjà fait de la lutte contre le fentanyl l'une de ses priorités. En octobre dernier, le gouvernement avait ainsi sanctionné des dizaines d'entités et d'individus basés en Chine accusés d'être « la source d'approvisionnement » de trafiquants américains, de vendeurs sur le « dark web », et de cartels mexicains.
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Pourtant, lors d'un sommet en novembre 2023 à San Francisco, les présidents américain Joe Biden et chinois Xi Jinping avaient promis de relancer les discussions sur la lutte antidrogue. Un groupe de travail sur le narcotrafic s'est réuni à Washington cet été. La Chine a annoncé le durcissement des contrôles sur trois précurseurs clés du fentanyl.
Le Mexique aussi visé par Trump...
La Chine n'est pas le seul pays visé pour le moment par le milliardaire. Ce dernier a aussi annoncé des droits de douane de 25% contre le Canada et le Mexique, deux des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, et théoriquement protégés par un accord de libre-échange. Là encore, Trump a évoqué le problème de l'arrivée de Fentanyl et de migrant aux Etats-Unis.
En réponse, la présidente du Mexique a annoncé ce jeudi avoir discuté avec le républicain. « Nous avons abordé la stratégie mexicaine face au phénomène de la migration », a fait savoir Claudia Sheinbaum sur le réseau social X, précisant avoir indiqué à son interlocuteur « que les caravanes (de migrants) n'arrivent pas à la frontière nord (entre le pays et les Etats-Unis) parce qu'elles sont prises en charge au Mexique ».
« Elle a accepté de mettre un terme à l'immigration à travers le Mexique et en direction des Etats-Unis, fermant ainsi notre frontière sud », a aussi déclaré le président élu américain, sur sa plateforme Truth Social.
... tout comme le Canada
De son côté, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a affirmé mardi avoir eu un « bon » échange avec Donald Trump. « Nous avons parlé des liens intenses et fructueux entre nos deux pays (et) des défis sur lesquels nous pouvons travailler ensemble », a ajouté le chef du gouvernement canadien devant la presse.
Le Premier ministre québécois, François Legault, a estimé que cette annonce représentait « un risque énorme » pour l'économie canadienne. Son homologue de la Colombie-Britannique, David Eby, a estimé qu'« Ottawa devait répondre avec fermeté ».
La stratégie de Trump semble donc déjà porter quelques fruits. Mais de l'avis de Bernard Yaros, économiste pour Oxford Economics, interrogé par l'AFP, il ne fait aucun doute que les partenaires commerciaux en Europe ou en Asie n'hésiteront pas à prendre des mesures de représailles. Celles-ci « viendront plomber réellement la croissance », tant aux Etats-Unis que dans le reste du monde.