Lagarde conseille d'acheter américain pour éviter une guerre avec Trump
latribune.fr
Christine Lagarde a affirmé que l'Europe devrait faire face à un second mandat de Trump avec une « stratégie du carnet de chèques » dans laquelle elle proposerait « d'acheter certaines choses aux États-Unis ».
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a déclaré au Financial Times, ce jeudi, qu'une guerre commerciale de grande ampleur entraînerait une baisse du PIB mondial et conseille de tout faire pour éviter cela.
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a déclaré au Financial Times qu'une guerre commerciale de grande ampleur serait « négative pour tout le monde », et pas seulement pour les pays visés par les droits de douane américains.
«Ce ne peut être dans l'intérêt de personne. Ni des Etats-Unis, ni de l'Europe, ni de personne. Cela entraînerait une baisse mondiale du PIB (produit intérieur brut)», a-t-elle dit dans cette interview publiée jeudi.
En réponse aux affirmations de Trump selon lesquelles il pourrait « rendre sa grandeur à l'Amérique », la présidente de la BCE a déclaré : « Comment rendre sa grandeur à l'Amérique si la demande mondiale est en baisse ? » Elle a également estimé que les droits de douane seraient, à long terme, néfastes à la croissance mondiale.
En conséquence, selon elle, l'UE ne devait « pas riposter, mais négocier ». Christine Lagarde a affirmé que l'Europe devrait faire face à un second mandat de Trump avec une « stratégie du carnet de chèques », dans laquelle elle proposerait « d'acheter certaines choses aux États-Unis », comme du gaz naturel liquéfié et des équipements de défense. « C'est un scénario préférable à une stratégie de pure rétorsion, qui peut conduire à un processus de représailles où personne n'est vraiment gagnant », a déclaré la présidente de la BCE.
Concernant les annonces de droits de douane de 10 à 20% sur les produits chinois, évoqués par Donald Trump la semaine dernière, Christine Lagarde y voit une rhétorique favorable aux négociations. « Le fait que vous ayez proposé une fourchette signifie que vous êtes ouvert à la discussion », a-t-elle déclaré, ajoutant que cela a créé l'occasion de « s'asseoir à la table et de voir comment nous pouvons travailler ensemble ».
Ainsi, la gardienne de l'euro a admis que sa réflexion sur la manière de gérer un second mandat de Trump avait « un peu changé » au cours de l'année 2024, et que l'Europe pouvait affronter ces nouvelles menaces. « C'est à nous, Européens, de transformer cette attitude menaçante en un défi auquel nous devons répondre », a déclaré la présidente de la BCE. Si elle a contesté les affirmations selon lesquelles l'Europe serait embourbée dans une crise, la situation actuelle a été « un grand réveil ». « L'Europe est à la traîne. Mais je ne dirais pas qu'elle ne peut pas rattraper son retard », a-t-elle déclaré.
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Les nuages s'assombrissent sur l'économie mondiale
La prise de parole de la BCE fait suite à la publication du rapport semestriel sur la stabilité financière de l'institution, publié le 20 novembre. La Banque centrale européenne y a clairement pointé les risques pour la stabilité de la zone euro de la montée des tensions commerciales dans le monde, tout en se gardant de citer la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine.
« Les perspectives de stabilité financière sont assombries par l'accroissement des incertitudes macrofinancières et géopolitiques, ainsi que par l'incertitude croissante en matière de politique commerciale », a ainsi déclaré Luis de Guindos, vice-président de la BCE, lors d'une conférence de presse.
Le projet du futur président républicain d'appliquer des droits de douane globaux de 10 % sur les importations américaines, sans exclure des droits majorés sur certains produits, ne sera pas sans conséquence sur la croissance, prévient-il, et même sur l'euro, notamment si la banque devait accélérer la baisse de ses taux directeurs en cas de ralentissement trop fort des exportations.
En conséquence, la BCE estime que la faiblesse de la croissance constitue désormais une menace plus importante que l'inflation dans la zone euro, même si la croissance ne figure pas explicitement dans son mandat. Selon les derniers chiffres, la croissance économique de la zone euro a atteint 0,4% au troisième trimestre, soit son niveau le plus élevé depuis deux ans. De son côté, l'inflation est désormais sur la cible de la banque centrale, soit 2% en octobre.