Victoire de Donald Trump : cette menace va (vraiment) inquiéter la Chine
Maxime Heuze
L'ex-Empire du Milieu est passé de l'équivalent de plus de la moitié du déficit extérieur américain en 2016 à 25% aujourd'hui (Photographie prise le 29 juin 2019 à Osaka au Japon).
La victoire de Donald Trump se précise. Au cours de sa campagne, le républicain a annoncé vouloir ériger des droits de douane entre 10 et 20% pour les produits importés, voire de 60% pour les biens provenant de Chine.
[Article initialement publié le jeudi 31 octobre 2024 à 07h30 et mis à jour le mercredi 06 novembre 2024 à 10h20] Le retour de Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche se confirme, donnant déjà quelques sueurs froides, outre-Atlantique... mais aussi de l'autre côté de l'océan Pacifique. Et pour cause, l'homme d'affaires envisage d'ériger un véritable mur fiscal. Le désormais 47e président des Etats-Unis a promis d'imposer un droit de douane universel de 10% ou 20% sur tous les produits non fabriqués aux Etats-Unis, et même de 60% sur les biens provenant de Chine.
La décision s'appliquerait à pas moins de « 3.000 milliards de dollars de produits importés », avait anticipé Antoine Bouët, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), fin octobre, auprès de La Tribune.
Cette surtaxe massive sera salvatrice pour l'économie américaine, plaide Donald Trump. « C'est un mercantiliste, c'est-à-dire qu'il juge le succès ou l'échec de son pays en fonction des excédents ou déficits extérieurs », avait défini dans une note Bruno Cavalier, économiste chez le gestionnaire d'actifs Oddo BHF. Or, « Trump va constater que le déficit commercial des Etats-Unis est toujours très important », avait nuancé l'économiste. S'il a diminué de 18% sur un an, en 2023, le déséquilibre entre les exportations et les importations américaines s'est affiché à 773 milliards d'euros. Une situation inacceptable pour le milliardaire. Celui-ci accuse la Chine d'en être en grande partie responsable.
L'ex-Empire du Milieu est pourtant passé de l'équivalent de plus de la moitié du déficit extérieur américain en 2016 à 25% aujourd'hui. Le républicain envisage désormais de rééquilibrer complètement la balance. Les importations chinoises ont représenté 426 milliards de dollars en 2023, faisant de Pékin le deuxième plus gros pays importateur aux Etats-Unis, après le Mexique. A contrario, Washington a exporté pour 148 milliards de dollars de produits vers la Chine l'année dernière.
Pour le républicain donc : « Plus les droits de douane sont élevés, plus une entreprise a de chances de s'implanter aux Etats-Unis » et de produire localement, a-t-il justifié le 16 octobre.
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Forte baisse du PIB chinois
Une conviction qui, si elle se concrétise avec le retour de Donald Trump, va se traduire par des bouleversements conséquents pour l'économie chinoise et le commerce mondial. En cas de mise en place de droits de douane souhaités par Donald Trump, le commerce entre les Etats-Unis et la Chine pourrait se réduire de 80% d'ici à 2030, selon une étude du Cepii parue en octobre.
«La Chine envoie beaucoup d'électronique et de produits électroménagers en Amérique et, avec ces taxes, elle pourrait être supplantée par d'autres pays asiatiques dont les produits seraient plus compétitifs», nous avait détaillé Gary Ng, économiste spécialiste de l'Asie chez la banque Natixis.
Dans un tel scénario, le cabinet Roland Berger avait évalué que l'économie chinoise subirait un manque à gagner de 827 milliards de dollars lors du prochain mandat, si les républicains remportaient aussi le Parlement. Le Cepii avait estimé quant à lui que le PIB chinois pourrait même diminuer de 1,3% entre 2024 et 2029. Et le coup de froid commercial ne se limiterait pas à Pékin.
«La crise du commerce international serait équivalente à celle connue en 2020 et le PIB mondial pourrait baisser de 0,5% entre aujourd'hui et 2030 si les pays ciblés mettent en place des contre-mesures», avait averti Antoine Bouët du Cepii.
Une inquiétude qui n'était cependant pas partagée par tous les observateurs, avant le scrutin. « Ce serait important, mais ça ne serait pas la fin du monde pour Pékin, car lors du premier mandat Trump, les mesures américaines n'ont finalement pas mis à mal l'économie chinoise », avait tempéré David Gaud, associé au family office (un gestionnaire de fortune) B. Durand Capital Partners, spécialiste de la Chine. L'ex-président avait, en effet, imposé 20% de droits de douane sur les produits chinois en 2019, avant de les annuler grâce à un accord en 2020.
Des effets indésirables aux Etats-Unis
Surtout, Pékin ne serait pas le seul perdant. L'économie américaine pourrait, elle-même, fortement en pâtir. Roland Berger a anticipé 749 milliards de dollars de pertes cumulées pour le PIB américain entre 2024 et 2029, à cause des droits de douane. Le Cepii avait même vu l'économie américaine décroître de 1,3% sur le prochain mandat.
De plus, « il y a un fort risque d'augmentation des prix des produits importés, ce qui pourrait engendrer un regain de l'inflation aux Etats-Unis », avait avancé Sarah Guillou, directrice du département Innovation et concurrence à l'OFCE. Selon l'économiste, « il n'est pas du tout certain que la balance commerciale américaine bénéficie de ces droits de douane à court terme. Il faudrait pour cela que les entreprises américaines produisent et exportent davantage, ce qui ne sera pas forcément le cas si leurs coûts de production augmentent. »
« Une autre théorie veut que les droits de douane soient si élevés, si terribles, si odieux, que (les fabricants étrangers) viendront tout de suite » produire aux Etats-Unis, avait balayé le républicain dans une prise de parole en octobre, niant le risque d'inflation et de baisse du PIB.