Sous le poids des surtaxes douanières, près de huit Américains sur dix craignent aujourd’hui de ne plus pouvoir honorer leurs dettes, une angoisse sourde qui ronge les foyers outre-Atlantique.
À l'approche du 9 juillet, date cruciale correspondant à la fin du report de quatre-vingt-dix jours pour l'entrée en vigueur des tarifs douaniers décidés par Donald Trump, les négociations s'intensifient en coulisses. Pendant ce temps, outre-Atlantique, une peur sourde gagne les foyers américains. Asphyxiés par la hausse des prix à la consommation, liée à la répercussion des surtaxes douanières sur les biens, les ménages américains redoutent de ne plus pouvoir rembourser leurs dettes et emprunts.
Selon un sondage réalisé en avril dernier par Zety, une plateforme spécialisée dans l'accompagnement de carrière et l'analyse des contraintes économiques sur l'emploi, près de 78 % des 1 000 travailleurs américains interrogés affirment que les droits de douane imposés par Donald Trump fragilisent leur capacité à rembourser leurs dettes.
Le spectre du défaut de paiement des ménages américains se fait de plus en plus menaçant. À l'image de la crise des subprimes de 2008, qui avait plongé le monde dans une récession économique majeure en raison du surendettement des ménages américains incapables d'honorer leurs prêts hypothécaires, l'ombre d'une nouvelle crise plane.
Le risque d'un choc inflationniste
Selon l'étude Zety, 70 % des dettes contractées par cartes de crédit proviennent de dépenses essentielles — nourriture, logement, énergie —, révélant ainsi que de nombreux ménages n'ont d'autre choix que de s'endetter pour couvrir leurs besoins fondamentaux.
Selon le Budget Lab de l'université Yale, un centre de recherche spécialisé dans l'analyse des politiques publiques et de leurs retombées économiques et sociales, les droits de douane, en vigueur au 16 juin, devraient provoquer une hausse moyenne des prix de 1,5 % dès 2025. Dans le secteur alimentaire, la flambée inflationniste est encore plus marquée. Les produits alimentaires verront leurs prix augmenter de 2,2 %, et les produits frais connaîtront une envolée des prix de 4,3 %.
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Selon l'université Yale, la hausse des prix, en particulier dans l'alimentaire, alourdira en moyenne leur budget de 2 000 dollars par an, soit 167 dollars supplémentaires chaque mois. Cette envolée des dépenses fragilise particulièrement les ménages les plus modestes. À court terme, les 10 % des ménages les plus pauvres verront leur revenu disponible fondre de 2,8 %, soit trois fois plus que les 10 % les plus aisés, qui perdront 0,8 % de revenu.
Ludivine Gilli, directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, met en garde contre une possible aggravation de la situation en raison de la politique anti-immigration de Donald Trump. Selon elle, l'expulsion massive de sans-papiers hors des États-Unis pourrait avoir un effet boule de neige, déclencheur d'un choc inflationniste brutal. « Ces travailleurs occupent des postes essentiels dans l'agriculture, la construction, l'hôtellerie ou encore la restauration ; leur absence entraînerait une pénurie de main-d'œuvre et une hausse rapide des prix dans ces secteurs vitaux », explique-t-elle.
Des ménages piégés par les crédits
Bien avant l'instauration des droits de douane, l'inquiétude croissante quant à la capacité des ménages américains à honorer leurs dettes traduit un problème systémique majeur, celui d'un recours massif et généralisé à l'emprunt.
Selon une étude du Certified Financial Planning Board, 83 % des ménages américains sont endettés — qu'il s'agisse de crédits immobiliers, de prêts à la consommation ou d'emprunts étudiants — contre seulement 46,5 % des ménages français.
Pour Ludivine Gilli, directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, cette inquiétude est fréquente : « On observe régulièrement des déclarations de ménages préoccupés par leur capacité à rembourser leurs emprunts et à faire face à leurs dépenses quotidiennes. » Mais, selon elle, c'est la faible marge de manœuvre financière des ménages américains pour absorber les chocs imprévus qui constitue le principal risque. « Près de 60 % des foyers déclarent ne pas pouvoir faire face facilement à une dépense soudaine, qu'elle soit liée à la santé ou à d'autres besoins essentiels », souligne-t-elle.
Des boussoles dans le brouillard
Les indicateurs de confiance des ménages envoient actuellement des signaux contradictoires. Parmi les plus suivis, l'indice de confiance des ménages de l'université du Michigan et le Consumer Confidence Index du Conference Board, un groupe de réflexion américain, offrent des lectures divergentes. Ces deux indices évaluent la confiance des ménages dans l'économie et, par conséquent, leur propension à consommer et potentiellement à s'endetter.
En juin 2025, les indices de confiance des ménages américains ont évolué de manière divergente : l'indice du Michigan a connu une légère remontée, passant de 52,2 en mai à 60,7 tandis que celui du Conference Board a continué de baisser, perdant 5,4 points.
Malgré ces variations, la tendance générale demeure à la baisse, avec des niveaux de confiance parmi les plus bas jamais enregistrés depuis 1946, date de création de l'indice de l'université du Michigan. Ces deux indices avaient d'ailleurs fortement chuté au début du mandat de Donald Trump.
Mais que fait Donald Trump ?
Le président américain Donald Trump a promulgué en grande pompe, vendredi 4 juillet, sa loi budgétaire à l'occasion de la fête nationale. Surnommé « One Big Beautiful Bill », ce projet législatif majeur vise à prolonger des baisses d'impôts, ainsi qu'à concrétiser certaines promesses de campagne populaires en faveur des travailleurs américains, comme la défiscalisation temporaire et plafonnée des pourboires et des heures supplémentaires.
Cependant, selon Ludivine Gilli, directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, les effets de cette « grande et belle loi » sur les revenus et le pouvoir d'achat des ménages ne seront pas immédiats : « Les impacts seront étalés dans le temps et ne se matérialiseront pas tous simultanément. » Il en va de même pour les aides sociales, telles que le Snap (programme d'aide alimentaire) ou les aides pour les repas scolaires, dont la mise en œuvre sera progressive, certains dispositifs n'entrant en vigueur que plus tard.
Le soulagement attendu pour le pouvoir d'achat des ménages américains et leur capacité à honorer leurs dettes n'est donc pas pour tout de suite.