Droits de douane : la Chine mieux armée pour tenir tête à Trump

Maxime Heuze

Pékin a affirmé ce mardi que « si les États-Unis insistent dans cette voie, la Chine les combattra jusqu’au bout ».
Turar Kazangapov

Maxime Heuze

Pékin a affirmé ce mardi que « si les États-Unis insistent dans cette voie, la Chine les combattra jusqu’au bout ».
Turar Kazangapov
Pékin se prépare à la guerre. Après avoir multiplié les appels à la négociation avec Donald Trump ces dernières semaines, le gouvernement chinois a finalement annoncé des droits de douane supplémentaires de 34 % sur les produits américains.
Depuis, Donald Trump menace d'augmenter les surtaxes sur les produits chinois au niveau exorbitant 104 %. Une menace mise à exécution : la Maison-Blanche a annoncé mardi que les nouveaux droits de douane sur les importations chinoises aux Etats-Unis grimperont bien à 104 % dès mercredi. Pas de quoi faire calmer Pékin : « si les États-Unis persistent dans cette voie, la Chine les combattra jusqu'au bout ». Mais jusqu'où la Chine peut-elle pousser le bras de fer avec le géant américain ?
La Chine est très dépendante des États-Unis pour ses exportations. Il constitue son deuxième client et représente 14,8 % de ses exportations, selon des chiffres compilés par Intereconomics, juste derrière l'Union européenne (14,84 %). « Ça va pénaliser quelques branches comme le textile, l'ameublement, l'électronique d'entrée de gamme et l'électroménager », explique à La Tribune François Godement, conseiller pour l'Asie à l'Institut Montaigne. En dehors de ces quelques secteurs très exposés au marché américain « les États-Unis ne sont plus essentiels pour Pékin », affirme David Gaud, responsable des investissements chez le Family office B. Durand Capital Partners. Et pour cause : « depuis 2023, la part des États-Unis dans les exportations chinoises a baissé et se situe entre 15 % et 10 % », note-t-il.
Anticipant un retour de Donald Trump au pouvoir, Pékin a diversifié ses débouchés commerciaux. Et le mouvement devrait continuer. Le gouvernement chinois souhaite renforcer sa coopération avec le Japon et la Corée du Sud et envisage un accord de libre-échange. Parallèlement « la Chine va contrebalancer ses exportations vers l'Europe » anticipe François Godement.
Pékin pourrait survivre à une baisse de ses exportations. « Depuis 15 ans, la croissance chinoise vient de l'investissement, de la demande intérieure et de l'immobilier. L'exportation n'est qu'une arme utilisée pour doper certains secteurs », explique l'associé chez B. Durand Capital Partners.
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Les exportations sont vitales pour atteindre les 5 % de croissance annuelle que vise Pékin. La grave crise de l'immobilier a fait chuter sa consommation intérieure. Mais les choses pourraient changer. « Le plan de relance de la consommation intérieure entamé en 2024 commence à porter ses fruits et cette dernière pourrait vite rebondir dans les prochains trimestres », estime David Gaud. Et de détailler que « les taux directeurs ont fortement baissé et les banques et les fonds souverains chinois sont appelés à investir dans le pays ce qui devrait redonner confiance aux Chinois qui pourraient se remettre rapidement à consommer. »
Mais dans cette guerre commerciale qui pourrait se transformer en jeu de patience, le salut de Pékin pourrait venir du peuple américain. Si la Chine est passée de l'équivalent de plus de la moitié du déficit extérieur américain en 2016 à 25 % aujourd'hui « en valeur, en volume, les montants sont toujours très importants », prévient le spécialiste de la Chine de l'Institut Montaigne. Surtaxer les importations chinoises pourrait donc coûter cher aux Américains. « Taxer les importations européennes pénalise la consommation des classes supérieures car il s'agit de produits généralement haut de gamme. Taxer les produits chinois va nuire à tous les consommateurs américains », ajoute-t-il.
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De quoi agacer les électeurs américains et le couper de ces soutiens politiques. « Politiquement, Xi Jinping peut tenir plus longtemps que Donald Trump en cas de grogne de la population », estime encore François Godement. Le milliardaire américain pourrait donc se faire prendre à son propre jeu, à moins qu'il parvienne à conclure des accords commerciaux rapidement, comme lors de son premier mandat.
Maxime Heuze