Droits de douane : le round de la dernière chance entre Bruxelles et Washington
La Tribune

Photo d'illustration
Francois Lenoir
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Le compte à rebours est lancé. À Bruxelles, les dirigeants européens se sont retrouvés jeudi pour ce qui pourrait être le dernier round des négociations commerciales avec les États-Unis avant le retour programmé des surtaxes américaines. Une ultime proposition américaine est sur la table, mais les Européens peinent à trouver une position commune. Le délai fixé par Washington - le 9 juillet - laisse peu de marge de manœuvre pour un accord équilibré.
Côté américain, la Maison Blanche souffle le chaud et le froid. Si la porte-parole Karoline Leavitt a évoqué la possibilité d'un report de l'échéance, elle a immédiatement rappelé que la décision finale appartenait au président. De quoi entretenir l'incertitude, alors que les marchés et les industriels redoutent une nouvelle salve de hausses tarifaires.
La Commission européenne a confirmé avoir reçu jeudi le « dernier document des États-Unis » relatif aux droits de douane. Ce texte, qualifié par un diplomate européen de « simple accord de principe en deux pages », évite toute référence à des secteurs industriels précis, signe que Washington souhaite garder la main sur l'application concrète d'un futur accord.
Ursula von der Leyen s'est voulue prudente : « Nous sommes prêts à conclure un accord. Dans le même temps, nous nous préparons à l'éventualité qu'aucun accord satisfaisant ne soit conclu. Toutes les options restent sur la table. »
Car l'enjeu est majeur. En l'absence de compromis, Donald Trump a prévenu qu'il relèverait à 50 % les droits de douane sur certains produits européens. Aujourd'hui, les exportateurs européens font déjà face à des barrières tarifaires de 10 % sur de nombreux produits, 25 % sur les automobiles, et jusqu'à 50 % sur l'acier et l'aluminium.
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Les Européens se savent acculés, mais pas résignés. Le président français Emmanuel Macron, tout en affichant son souhait d'un « accord rapide et pragmatique », a prévenu : « La bonne volonté ne doit pas être vue comme une faiblesse. » Pour Paris, aucun compromis ne sera acceptable sans équilibre réel. Berlin, plus pressée de conclure, défend un accord « simple et rapide », selon le chancelier Friedrich Merz, conscient des risques économiques d'un affrontement frontal avec Washington.
Certains États membres plaident pour un durcissement de ton. Des discussions sont en cours pour cibler les services américains - notamment numériques - dans une éventuelle réponse européenne. Bruxelles prépare en parallèle une liste de mesures de rééquilibrage, au cas où les négociations échoueraient.
La stratégie américaine s'inscrit dans une volonté affichée de refonte des relations commerciales. Le président Trump promeut une politique de « réciprocité tarifaire » - en clair, faire payer les partenaires qui, selon lui, bénéficient de conditions plus favorables que les entreprises américaines.
Cette approche bilatérale, loin des règles multilatérales de l'OMC, laisse peu de place au compromis. Elle pousse l'Europe à repenser ses propres leviers d'influence, y compris dans d'autres zones. Les dirigeants européens ont ainsi évoqué la possibilité d'un nouveau cadre de coopération en Asie-Pacifique, mais ces discussions n'en sont qu'à leurs prémices.
Alors que Washington agite la menace douanière pour peser sur les négociations, Bruxelles est confrontée à un dilemme stratégique : accepter des concessions importantes au nom de la stabilité économique, ou risquer l'escalade commerciale en tentant de préserver un rapport de force.
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Dans les coulisses du sommet, un négociateur européen résumait la situation : « C'est le moment où jamais. Si on ne s'accorde pas d'ici quelques jours, l'affrontement sera inévitable. » Le round de la dernière chance est lancé. Le verdict, lui, tombera très bientôt.
(avec AFP)
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