Élections à Hong Kong : les pro-démocratie ont laminé les candidats pro-Pékin

 |   |  952  mots
(Crédits : Reuters)
L'ampleur du revers subi par les candidats pro-Pékin a surpris et sonne comme un camouflet pour les autorités chinoises. Selon des résultats partiels, portant sur un peu plus de la moitié des 452 conseillers de district, 201 candidats pro-démocratie avaient remporté un siège, contre 28 candidats pro-Pékin et 12 indépendants. Lors des élections en 2015, un peu plus de 100 candidats seulement du camp pro-démocratie avaient été élus. La participation a dépassé les 71% des 4,13 millions d'électeurs inscrits, un taux record.

Les candidats pro-démocratie se dirigeaient lundi vers une victoire écrasante aux élections locales à Hong Kong, envoyant un message sans ambiguïté à Pékin sur le soutien des habitants à un mouvement de contestation sans précédent dans l'ex-colonie britannique.

Alors que le dépouillement était toujours en cours lundi matin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a rappelé que Hong Kong "fait partie de la Chine" quel que soit le résultat des élections locales.

"Toute tentative visant à semer la pagaille à Hong Kong ou à entamer sa prospérité et sa stabilité est vouée à l'échec", a-t-il averti depuis Tokyo.

De son côté, la cheffe de l'exécutif, Carrie Lam, s'est montrée plus ouverte, affirmant, dans un communiqué, que son gouvernement, qui "respecte le résultat des élections", souhaitait "écouter humblement" la population.

Renversement du rapport de force en faveur des pro-démocratie

Des résultats partiels laissaient présager que les candidats en faveur d'une ouverture démocratique étaient partis pour s'emparer d'une large majorité au sein des 18 conseils de district, jusque-là dominés par des élus favorables à l'exécutif aligné sur Pékin.

L'ampleur du revers subi par les candidats pro-Pékin a surpris et sonne comme un camouflet pour les autorités chinoises. Par ailleurs, pour Mme Lam, il anéantit tout espoir de rallier l'opinion derrière elle. Jusqu'à présent, elle espérait que le recours de plus en plus fréquent à la violence des manifestants pro-démocratie radicaux conduirait une majorité silencieuse à la soutenir.

Les partisans d'un changement politique entendent mettre à profit cette victoire pour montrer que, désormais, la population hongkongaise souhaite que le gouvernement local tienne compte de son point de vue sur la gestion du territoire semi-autonome.

Le suffrage universel revendiqué

"Quelle que soit la force de Carrie Lam, j'espère qu'elle pourra répondre aux souhaits du peuple, répondre aux cinq demandes (et) donner une chance aux jeunes", a déclaré à la presse le militant Jimmy Sham après avoir remporté un siège dans un conseil de district.

Parmi les cinq revendications du mouvement de contestation figurent notamment l'avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d'habitants, et une enquête sur ce qu'ils considèrent comme des violences policières.

Mme Lam les a jusqu'à présent rejetées, les qualifiant notamment de "voeux pieux".

Scrutin: pourquoi la population hongkongaise parle de "révolution"

La mobilisation avait débuté en juin contre un projet de loi autorisant l'extradition vers la Chine continentale des ressortissants hongkongais. Le texte a été abandonné en septembre mais depuis, les revendications se sont élargies.

Lire aussi : Hong Kong : des milliers de manifestants font reporter l'examen d'un projet de loi

L'élection des 452 conseillers de district, qui gèrent des questions comme les ordures ménagères ou les itinéraires des lignes de bus, suscite d'ordinaire peu d'intérêt.

Dimanche, ce scrutin a pris une toute autre signification en raison du mouvement de contestation de la population.

Le résultat a été "rien moins qu'une révolution", a déclaré à l'AFP Willy Lam, analyste de la politique de Hong Kong. "C'est un profond rejet de l'administration (de Hong Kong) et de la politique de Pékin envers Hong Kong".

Taux de participation record, un "message" à l'État chinois

Selon lui, ces résultats pourraient accélérer le départ de la cheffe de l'exécutif mais également aggraver la crise.

"Les manifestants considèreront cette incroyable victoire comme un mandat accordé par le peuple, donc ils se battront encore plus fort. Mais en même temps, il n'y aura aucune concession de la part de Pékin, donc la frustration va croître."

Lundi, les médias d'État chinois, qui avaient appelé les Hongkongais à voter contre la violence, ont minimisé ces résultats.

"Le taux de participation record a envoyé un message" qui est que "quelle que soit la violence des émeutiers, les habitants ordinaires sont soucieux de leur bien-être", pouvait-on lire dans l'éditorial du China Daily.

Selon des résultats partiels, portant sur un peu plus de la moitié des 452 conseillers de district, 201 candidats pro-démocratie avaient remporté un siège, contre 28 candidats pro-Pékin et 12 indépendants.

Lors des élections en 2015, un peu plus de 100 candidats seulement du camp pro-démocratie avaient été élus.

La participation a dépassé les 71% des 4,13 millions d'électeurs inscrits, un taux record.

Échec de 85% des candidats du plus grand parti pro-Pékin

Le plus grand parti politique pro-Pékin a subi un sérieux revers, avec au moins 155 de ses 182 candidats battus, selon les médias. Parmi eux, le député Junius Ho, particulièrement détesté par les militants pro-démocratie, avait été blessé début novembre par une attaque au couteau.

L'élection des conseillers de districts obéit au mode de scrutin qui, à Hong Kong, se rapproche le plus de la représentation directe.

Lire aussi : Elections à Hong Kong : la candidature d'une figure pro-démocratie invalidée par le gouvernement

Cette élection n'a pas qu'une valeur symbolique car 6 sièges du Conseil législatif ("LegCo", le Parlement hongkongais), qui sera renouvelé l'an prochain, se joueront entre des candidats provenant des conseils de district. Et ces conseils enverront en outre 117 de leurs membres au collège électoral de 1.200 personnes, contrôlé par Pékin, chargé de désigner le chef de l'exécutif.

Le gouvernement n'avait cessé de faire planer ces dernières semaines la menace d'un report du scrutin si les violences de rue persistaient, mais Hong Kong a connu ces derniers jours un répit dans les manifestations, à l'appel des contestataires qui tenaient à ce qu'il ait lieu normalement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/11/2019 à 11:10 :
Si la Chine vous intéresse et si vous voulez mieux en connaître les réalités, il faut lire les deux livres de Jean Tuan publiés chez C.L.C. Editions. Le premier "Mémoires chinoises" évoque la parcours de son père venue en France de Chine en 1929, leur incroyable séjour à Pékin en 1967 durant la révolution culturelle et l’évolution de la Chine dont l'auteur a été témoin depuis 1980. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Le second livre, "L'empreinte du Dragon", sous forme romancée nous dévoile les dessous de la main mise sur l'aéroport de Toulouse par la Chine, la façon dont elle a copié l'Airbus A320 et nous plonge au cœur des luttes impitoyables entre dirigeants chinois. Les derniers exemplaires sont disponibles via fnac.com et amazon.fr / Lectures à ne pas manquer...
a écrit le 25/11/2019 à 18:46 :
miam
la gauche chinoise ne va pas tarder a appliquer ses methodes de tolerance.......
va y avoir du camp pour tous, je te dis que ca!
mais attention, du camp de gauche, alors ca va, hein?
Réponse de le 26/11/2019 à 22:05 :
Waouh, du profond ! on comprend pas bien la notion de gauche et de droite dans votre "analyse" à 2 yens, compte-tenu de la nature du pouvoir Chinois depuis 25 ans. Peut être voulez-vous dire que si c'étaient des gens de "droite, ils balanceraient les camps d'extermination et les exécutions extra-judiciaires. De ce point de vue, en effet, vaut mieux être ré-éduqué (et de gauche) ahahahahahahah !
a écrit le 25/11/2019 à 17:57 :
La Chine peut elle se permettre de perdre HK? Non, mais si par la force elle décidait de reprendre en main ce territoire, aux yeux du Monde elle apparaîtrait ce qu'elle est vraiment : Une dictature Stalinienne. Les conséquences d'une telle intervention pourraient être désastreuses pour la paix dans le Monde, prémices d'un possible conflit majeur.
a écrit le 25/11/2019 à 12:55 :
Encore une révolution "de couleur" en marche, avec le prétexte bla-bla-bla "démocratique" , tout ça pour retrouver une colonie "indépendante et démocratique" américano-centrée, oups ! pardon : occidentale !
La bonne blague !
Divide & conquer, rien ne change
a écrit le 25/11/2019 à 11:12 :
Soit c'est un tienanmen à l'échelle du territoire de Hong Kong et alors la Chine devra faire son deuil de HK en tant que place d'échange financier.
Par exemple, c'est à HK qu'Alibaba doit réaliser la plus importante introduction en bourse jamais connue.Si cette introduction était ratée. Ca qui leur couterait un bras.

Soit la Chine décide de respecter tout simplement l'accord signé en 1997 qui prévoyait après 2007 l'instauration d'une région dotée d'une très large autonomie.
a écrit le 25/11/2019 à 10:48 :
Voilà la grande différence lorsqu'on se bat pour une juste et VERITABLE cause: on emporte l'adhésion du peuple dans les urnes. A méditer les GJ et leurs 0,67% aux Européennes. ;-)
Réponse de le 25/11/2019 à 14:27 :
"A méditer les GJ "

La-bas, c'est J tout court.
a écrit le 25/11/2019 à 9:32 :
Les chinois doivent savoir,du moins j'espère, qu'ils ont perdu Hong-Kong, à eux maintenant de négocier au mieux cette perte logique
Réponse de le 25/11/2019 à 16:21 :
relire un tant soit peu l'histoire de la guerre de l’opium, et vous comprendrez très vite que vote ou pas, la Chine ne fera pas de Hong Kong un "comptoir de l'empire anglo-américain. Ce territoire est chinois et les gouvernants chinois s'assoient sur les urnes (mais pas funairaires!)
Réponse de le 25/11/2019 à 16:45 :
Je n'en attend pas mieux d'un pouvoir en déclin j'essaye juste de leur faire gagner du temps et de l'argent, de leur prodiguer un bon conseil, avec nos LREM à notre tête depuis 3 ans maintenant il doit y avoir des espions chinois et autres, même du Costa Rica je suis sûr, un peu partout dans notre pays ou "amis" avec nos dirigeants politiques, donc autant leur adresser un message amical afin de leur montrer que tout ceci n'est au final pas si grave.

La paix ça peut rapporter bien plus que la guerre, et là les américains ils savent faire.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :