Cela fait maintenant vingt ans que Recep Teyyip Erdogan et son parti de la Justice et du développement (AKP) dominent le pouvoir en Turquie. Si le président peut se targuer d'avoir fait connaître à son pays un véritable boom économique durant la première décennie passée à sa tête, permettant l'essor d'une classe moyenne florissante, c'est une époque qui appartient désormais au passé. Celui qui convoite un troisième mandat a, ces dernières années, entrepris de mettre l'économie au service d'une politique basée sur un contrôle de plus en plus resserré.
Élément clé de sa stratégie, Erdogan a placé des proches au sommet de chaque autorité de régulation, à même de respecter toutes ses volontés. Désormais, il gouverne à rebours de toutes les théories économiques, doté d'une vision court-termiste basée sur « une croissance à tout prix ». Et ce, au détriment de sa population écrasée par une inflation abyssale et une dévaluation de la monnaie nationale. Sans compter que le pays panse ses plaies après le double séisme survenu en février dernier. Ainsi, alors que les élections, dont le premier tour se tient dimanche, pourraient porter au pouvoir une coalition de six partis d'opposition, représentée par Kemal Kiliçdaroglu, la perspective d'un nouveau mandat d'Erdogan inquiète plus que jamais.
Pour de nombreux spécialistes de la Turquie, c'est à partir de 2018 qu'on observe un véritable changement dans la politique économique menée par Erdogan. Deux ans plus tôt, il a entrepris d'étendre ses pouvoirs grâce à l'instauration de l'Etat d'urgence à la suite de la tentative de coup d'Etat. Réélu, il change la constitution par référendum affaiblissant considérablement les pouvoirs du parlement.