Etats-Unis : le tour de vis monétaire se précise alors que l'inflation et la bulle immobilière inquiètent

La banque centrale américaine prépare la rentrée, les yeux rivés sur les indicateurs de la reprise mais aussi sur l'inflation galopante et les risques de surchauffe de l'économie. En filigrane, le spectre d'une bulle refait également surface.

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La Fed reste inflexible : l'inflation devrait ralentir d'ici la fin de l'année et certaines des hausses de prix qui ont accompagné la réouverture de l'économie vont s'amenuiser.
La Fed reste inflexible : l'inflation devrait "ralentir d'ici la fin de l'année et certaines des hausses de prix qui ont accompagné la réouverture de l'économie vont s'amenuiser." (Crédits : Leah Millis)

L'afflux de capitaux injectés dans l'économie américaine pour surmonter l'épisode Covid-19 devrait bientôt se réduire. Le distributeur de liquidités, la banque centrale américaine (Fed), a annoncé qu'elle pourrait commencer à réduire dès le mois d'octobre le montant d'actifs qu'elle achète chaque mois, a déclaré Christopher Waller, l'un des gouverneurs de l'institution, dans une interview sur la chaîne CNBC. Alors qu'elle maintenait jusqu'ici un soutien indéfectible (via son programme de rachats d'actifs et ses taux directeurs bas), la Fed semble donc envisager resserrer la vis de sa politique monétaire.

Les indicateurs de l'économie américaine sont certes dans le vert, avec en juin une création d'emplois supérieure aux prévisions, un chômage repassé sous les 6% et un PIB au deuxième trimestre de +8,5%. Mais un indicateur suscite un peu plus d'appréhension : une inflation aux Etats-Unis qui connaît son rythme le plus rapide depuis 13 ans, +3,9% sur un an en mai pour l'indice PCE (indice des prix des dépenses de consommation personnelle) et de +5,4% en juin pour l'indice CPI (indice des prix à la consommation).

Pour cette année, la Fed anticipe une inflation à 3,4%, puis une stabilisation à 2,1% en 2022 et 2,2% en 2023, selon les prévisions publiées en juin, et qui seront actualisées en septembre.

Le Fonds monétaire international (FMI) va, lui, au-delà pour les Etats-Unis : 4% d'inflation en 2021, puis 2,5% d'ici la fin de l'année prochaine.

Officiellement, la Fed compte fermer les vannes si l'amélioration du marché de l'emploi se confirme, a indiqué lundi Christopher Waller. Autrement dit, si la croissance - et les rentrées fiscales - sont au rendez-vous. A noter qu'aux Etats-Unis, le plafond limité de la dette empêche pour l'instant l'Etat d'honorer ses créances, faisant courir un risque de défaut de paiement et avec lui une crise financière. Les capacités d'emprunt, via la Fed, deviennent ainsi un sujet délicat.

La crainte d'une bulle immobilière

D'autres craintes se manifestent, dont celle de voir resurgir une bulle financière et en particulière immobilière, quinze ans après la crise des "subprimes". Fin juillet, de l'aveu même de l'un de ses membres, la politique de la Fed est trop "accomodante". Résultat, les Etats-Unis observent le "début d'une bulle dans l'immobilier", a prévenu président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, James Bullard.

De fait, la politique de "l'helicopter money" mise en place par Joe Biden n'est pas sans conséquence sur les prix. La hausse des prix généralisée, qui se répercute sur le portefeuille des Américains, a tendance à faire grimper les loyers. Ainsi, entre juin 2020 et juin 2021, le loyer médian a grimpé de 8,1% outre-Atlantique, selon le dernier pointage réalisé par le site spécialisé Realtor.

Résultat, plus de 10 millions de personnes aux Etats-Unis sont en retard sur le paiement de leur loyer, a calculé le CBPP, un institut de recherche indépendant. Et quelque 3,6 millions de locataires estiment qu'ils risquent de se faire expulser dans les deux mois, selon une étude du bureau des statistiques réalisée début juillet auprès de 51 millions de locataires.

Dans le même temps, des milliards de dollars de fonds publics destinés à aider les locataires n'ont toujours pas été utilisés en raison de procédures bureaucratiques complexes.

Mais la Fed reste concentrée sur ses propres indicateurs. "Si on a entre 800.000 et 1 million de créations d'emplois dans les deux prochains rapports officiels (...) alors on aura regagné environ 85% des emplois perdus d'ici début septembre", a estimé ce responsable, un gouverneur de la Fed qui participe au Comité de politique monétaire (FOMC). Et de préciser : "c'est un progrès significatif et je pense qu'on pourrait être prêts à faire une annonce en septembre" sur une réduction des achats d'actifs effectués tous les mois par la Fed, a déclaré M. Waller.

"On devrait ne pas tarder à commencer et à un rythme assez rapide afin qu'on puisse commencer à relever les taux en 2022, si on doit le faire", a-t-il aussi affirmé.

Le variant Delta ne menace pas la reprise américaine

Pour l'heure, elle constate aussi que l'inflation dépasse son objectif des 2%. Mais dit ne pas davantage s'en préoccuper, contrairement à Janet Yellen - l'ancienne patronne de la Fed -, qui, dès le mois de mai n'excluait pas une hausse des taux d'intérêt pour éviter une surchauffe de l'économie.

Mais la banque centrale reste confiante : l'inflation devrait "ralentir d'ici la fin de l'année et certaines des hausses de prix qui ont accompagné la réouverture de l'économie vont s'amenuiser", a prédit l'actuel gouverneur.

Pour alimenter la reprise, la Fed maintient depuis plus d'un an ses taux directeurs dans une fourchette de 0 à 0,25% et acquiert chaque mois 120 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres appuyés sur des créances hypothécaires. L'institution n'a pas encore annoncé quand elle envisageait de lever le pied sur ces mesures de soutien.

La propagation du variant Delta, qui a fait repartir les cas de Covid-19 dans de nombreuses régions du monde, ne devrait pas menacer outre mesure la croissance américaine, a par ailleurs estimé M. Waller.

(avec AFP)

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Commentaires 5
à écrit le 04/08/2021 à 9:46
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c'est meme deja trop tard!!

à écrit le 04/08/2021 à 9:31
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Très drôle de voir il y a un an les commentateurs parler du fait que les banques centrales vont continuer leurs rachats d’actifs jusqu’en 2023-2025, et qu’ils parlent déjà de diminuer en octobre. Beaucoup de gens sont tomber dans les chants des sirèn...

à écrit le 03/08/2021 à 13:05
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Soustraire l'immobilier de la cupidité pathologique des financiers devrait être la règle numéro une si l'argent n'était pas aussi stupidemment puissant. Voir des gens travailler et devoir dormir dans leurs bagnoles ou des taudis est une honte sans co...

le 03/08/2021 à 22:22
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Peut être mais il n'y a pas que les riches investisseurs qui achètent ; la bulle vient des jeunes qui se ruent sur le parpaing à prix d'or sous la pression organisée des lobby immo, banques et même l'Etat qui touche les droits de mutations L'effet d...

le 04/08/2021 à 9:45
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@ multipseudos qui n'a jamais un truc intelligent à dire et c'est fatiguant: Ben ils n'ont pas le choix c'est soit ils s'endettent à vie soit ils dorment dans leurs bagnoles. Bien entendu je te signale hein... Sinon j'ai reçu un gift animé de mauvais...

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