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ÉconomieInternational

Etats-Unis : pourquoi l'Utah ne pourra pas décider de l'élection présidentielle

Photo de Romaric Godin

latribune.fr

Publié le 07 novembre 2016 à 11:21 - Mis à jour le 07 novembre 2016 à 11:38

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Un Républicain mormon dissident, Evan McMullin, espérait pouvoir remporter son Etat d'origine, l’Utah, pour perturber l'élection. Un projet qui s'appuie sur un précédent de 1825, mais qui semble irréalisable au regard de l'histoire et des sondages.

Dans une campagne présidentielle étasunienne où les rebondissements ont été multiples, un dernier rebondissement venant de l'Utah serait-il possible ? Dans cet Etat de l'Ouest, un troisième larron pourrait en effet venir perturber l'élection au niveau fédéral.

Evan McMullin, ancien du Haut-Commissariat aux Réfugiés, de Goldman Sachs et de la CIA, s'est porté candidat à la présidence en août pour protester contre le soutien républicain à Donald Trump. Il ne se présente que dans six Etats et n'a donc aucune chance de l'emporter le 8 novembre. Mais son ambition repose avant tout sur l'Utah.

La stratégie d'Evan McMullin

Originaire de cet Etat, Mormon comme 62 % de sa population, Evan McMullin a axé l'ensemble de sa campagne sur l'Utah. Avec pour ambition de remporter les six grands électeurs que fournit une première place dans cet Etat. Avec ces six grands électeurs, l'ambition de ce candidat est de priver Hillary Clinton et Donald Trump de la majorité nécessaire de grands électeurs, soit 270 voix.

Le caractère très serré de l'élection rend, pour certains, une telle situation possible. Selon le 12e amendement de la Constitution des Etats-Unis, dans ce cas, c'est la Chambre des Représentants sortante qui élit le président parmi les trois candidats ayant obtenu des grands électeurs. Or, dans ce cas, le vote présidentiel n'est pas déterminant. La Chambre dispose d'une large majorité républicaine (233 députés sur 435) et beaucoup d'élus du « Grand Old Party » pourraient en profiter pour se débarrasser de l'embarrassant Donald Trump... en élisant Evan McMullin.

Un précédent historique

Ce projet peut paraître fort ambitieux. Il existe cependant un précédent historique. En 1824, le parti démocratique-républicain est le parti dominant de la politique étasunienne. Opposé aux débuts de la jeune république aux Fédéralistes, plus centralistes, il a gagné les six dernières élections. Il est si fort que, naturellement, il se divise et présente quatre candidats à la présidence : Andrew Jackson obtient 41 % des voix et 99 grands électeurs, John Quincy Adams, fils du deuxième président des Etats-Unis John Adams, gagne, lui, 31 % des voix et 84 grands électeurs. Viennent ensuite Henry Clay (37 grands électeurs et 13 % des voix) et William Crawford (41 grands électeurs et 11,2 % des voix).

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Nul n'ayant obtenu les 131 grands électeurs alors nécessaires, la chambre se réunit donc le 9 février 1825 pour choisir entre les trois premiers candidats issus du vote des grands électeurs. Henry Clay est donc éliminé et appelle à voter pour John Quincy Adams. Quoique deuxième en nombre de voix, c'est donc ce dernier qui est élu président par la Chambre. Son unique mandat sera surtout marqué par la corruption. Son adversaire malheureux, Andrew Jackson, prendra sa revanche quatre ans plus tard en battant largement John Quincy Adams, puis, remportera en 1832 un second mandat contre... Henry Clay.

L'impossible scénario du troisième homme

Ce scénario reste cependant unique et il est marqué par une situation très particulière : la désintégration d'un parti dominant avec quatre candidats obtenant des grands électeurs. A noter néanmoins qu'en 1832, 1836 et 1872, on a, à nouveau, vu des élections avec quatre ou cinq candidats disposant de grands électeurs.

Mais dans ces trois cas, les seconds couteaux n'ont jamais été capables de gêner la victoire du futur président. L'option d'un « troisième homme » perturbateur provoquant la procédure prévue au 12e amendement est donc très ambitieuse. Historiquement, le cas d'une victoire d'un troisième candidat dans un ou plusieurs Etats s'est déjà présenté à sept reprises, sans perturber le résultat final. Celui qui a obtenu le plus de grands électeurs était en 1968 le candidat ségrégationniste dissident du parti démocrate George Wallace qui avait récolté 46 grands électeurs en gagnant dans cinq Etats du sud. Mais, malgré ce succès, Richard Nixon avait largement obtenu la majorité absolue des grands électeurs avec 301 voix.

Trump en tête dans l'Utah

On mesure donc combien la stratégie d'Evan McMullin de pouvoir bloquer l'élection avec 6 voix seulement semble ambitieuse. Certes, l'élection est très serrée mais le scénario du recours au 12e amendement semble peu probable. Il faudrait sans doute que la victoire d'Evan McMullin dans l'Utah s'accompagne d'une répartition égale des grands électeurs remportés par les deux candidats.

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Mais surtout, Donald Trump a réagi vivement à la montée de ce troisième homme. Son candidat à la vice-présidence, Mike Pence, a fait campagne dans l'Utah, un Etat qui, depuis 1952, n'a donné qu'une fois la majorité relative aux démocrates, c'était en 1964. Du coup, les derniers sondages sont très favorables à Donald Trump. Selon celui de Trafalgar Group, ce dernier obtiendrait 39,95 % des intentions de vote, contre 29,52 % à Hillary Clinton et 24,52 % à Evan McMullin. Troisième dans l'Utah, le candidat mormon ne devrait pas pouvoir jouer le rôle de troisième homme au niveau fédéral qu'il imaginait après le 8 novembre.

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