Grèce : les élections vues par la presse étrangère

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Alexis Tsipras a obtenu la  seconde chance qu'il avait lui-même réclamée, souligne le quotidien économique allemand Handelsblatt
Alexis Tsipras a obtenu la "seconde chance" qu'il avait lui-même réclamée, souligne le quotidien économique allemand Handelsblatt (Crédits : ALKIS KONSTANTINIDIS)
"Statut quo", "deuxième chance", "dose d'oxygène supplémentaire"... La victoire de Syriza aux élections grecques dimanche suscite les commentaires des médias du monde entier. Revue de presse.
  • Tsipras comme Hector, Varoufakis comme Achille

Le quotidien italien Il Sole 24 Ore utilise la métaphore mythique, et notamment les personnages de l'Iliade d'Homère, pour analyser les évolutions de la relation -"rapport d'amitié qui s'est transformé en conflit ouvert"- entre Alexis Tsipras et son ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis:

"Tsipras, qui incarne "Hector, héros positif qui prend soin de ses camarades dans la tempête du Grexit, pour une fois a gagné sur Varoufakis, dans le rôle du belliqueux et demi-dieu Achille, toujours prêt à la confrontation jusqu'à la fin sans jamais reculer d'un centimètre", observe Il Sole.

Alors que  Varoufakis-Achille "s'est retiré dans sa tente (la villa de sa femme Danae sur l'île d'Egine devant Athènes) et pour le moment a décidé de ne plus combattre dans la formation commune de Syriza, en se limitant à discuter à distance avec son ancien partenaire de parti", Tsipras-Hector "pour une fois a su démontrer que la politique de savoir se retirer stratégiquement quand les forces sont disproportionnées (...) a convaincu la majorité de la population", analyse le quotidien italien.

  •  Tsipras devant l'heure de vérité

Alexis Tsipras a donc obtenu la  "seconde chance" qu'il avait lui-même réclamée, souligne le quotidien économique allemand Handelsblatt. "La réticence de nombreux électeurs contre un retour au pouvoir du parti conservateur Nouvelle Démocratie - l'un des deux partis traditionnels grecs qui, avec leur népotisme et leur dette, ont conduit le pays droit contre le mur -" a été plus forte que le "désenchantement" des Grecs face aux anciennes promesses électorales de la gauche, analyse Handelsblatt. Tsipras peut même se réjouir d'un "triomphe spécial": celui contre la formation d'extrême gauche Unité populaire, issue d'une scission de Syriza, qui a obtenu moins de 3%.

Cependant, si "les électeurs grecs ont conféré à Tsipras un mandat de gouvernement clair", ils lui ont pourtant "refusé la majorité absolue, pour laquelle il s'était battu". Et "cela est une bonne chose", observe le quotidien, puisque "aucun parti ne peut résoudre les problèmes de la Grèce tout seul": encore moins Syriza, déjà déchiré et dont l'unité est davantage menacé par le nouveau programme de réformes qui s'impose au pays.

Mais au-delà de l'unité de Syriza une autre question plane, selon Handelsblatt: "Que deviendra Tsipras?" Pour lui, qui doit prochainement mettre en oeuvre le nouveau programme d'austérité, serait "venue l'heure de vérité":

"Dans les semaines passées (il y a plus d'un mois, NDLR), Tsipras a parlé du plan d'aide qui a promis d'accorder 86 milliards à son pays comme d'un accord qui lui avait été arraché sous la contrainte et "auquel il ne croit pas"", rappelle le journal allemand.

  • Pour les Grecs, le programme"est écrit et s'appelle austérité"

Le journal espagnol El Mundo considère lui aussi qu'"Alexis Tsipras a obtenu une dose d'oxygène supplémentaire". La victoire de Syriza "ne s'explique pas seulement par le charisme" du leader politique mais aussi "par la faiblesse de ses adversaires" et le fait qu'il "est perçu comme un homme politique honnête". Selon El Mundo, même si le membre de la gauche radicale grecque a signé l'accord avec les créanciers, les électeurs ont vu en lui un homme qui "n'avait pas le choix". Ils lui auraient ainsi fait confiance pour "améliorer l'accord avec les créanciers".

Toutefois, le quotidien espagnol nuance et souligne que la forte abstention montre "la lassitude et le désespoir qui ont envahi les Grecs. Beaucoup considéraient (et ils avaient raison) que peu importe qui gouverne, le programme est écrit et s'appelle austérité."

  • Tsipras, comme Gorbatchev, est "un héros qui bat en retraite"

Pour l'autre quotidien espagnol, El Pais, la victoire d'Alexis Tsipras est aussi celle du troisième plan de sauvetage et de ses conditions. Ce vote exprimerait le constat simple du peuple grec: "on ne peut pas faire table rase du passé". Autrement dit, si l'ont fait partie de la zone euro, il faut en appliquer les politiques d'austérité.

El País fait d'ailleurs le parallèle avec le référendum de juillet dernier, quand l'homme politique avait demandé le soutien des citoyens, pour refuser le troisième plan de sauvetage, avant de l'accepter lors des négociations. Pour le journal, la consultation n'aurait servi qu'à "chevaucher le tigre du peuple souverain dans la volonté de le domestiquer via une manœuvre tortueuse que beaucoup ont qualifiée de trahison". Le Premier ministre grec aurait, ainsi, pris goût "au réformisme, à la solidarité et aux méthodes européennes qu'il rejetait auparavant", faisant fi de la volonté populaire.

Le quotidien espagnol, très critique, estime que le leader de Syriza est devenu "un héros qui bat en retraite", tout comme Gorbatchev à son époque, soit un homme politique capable de faire volte face et de trahir les siens. El País conclut :

"Pour être un véritable leader, il faut diriger les siens, le peuple, dans la direction contraire à celle que tu prétends atteindre. Faire des réformes prudentes au lieu de glorieuses ruptures. Alexis Tspiras éprouve encore des difficultés mais pourrait espérer atteindre cet objectif. "

  • Un redoutable défi attend toujours Syriza

Quant à Kerin Hope et Henry Foy du quotidien britannique The Financial Times, ils estiment que la "nette victoire" de Syriza permet à Alexis Tsipras de conforter sa position de figure prépondérante du mouvement anti-austérité au sein des partis de gauche européenne, galvanisant au passage ses sympathisants, des Espagnols de Podemos aux partisans de Jeremy Corbyn, le leader de l'aile gauche du Labour britannique.

Mais pour l'éditorialiste de ce même quotidien Tony Barber, les opportunités qui s'ouvrent à Syriza ( désormais débarrassé des dissidents d'Unité populaire, il a plus de poids pour mettre en œuvre un programme accepté en juin comme le prix à payer pour préserver la place de la Grèce dans l'Eurozone ) ne doivent pas occulter le "redoutable défi" qui attend le parti d'Alexis Tsipras.

Par certains aspects, la tâche de Syriza doit se révéler "encore plus ardue que celle à laquelle tous les précédents gouvernements grecs ont été confrontés depuis le début de la crise de la dette," insiste le Financial Times.

Rester dans l'Eurozone et en finir avec le scénario de dépression économique qui pèse sur leurs conditions de vie, voilà les attentes de l'immense majorité des Grecs, selon le quotidien. Le challenge pour le nouveau gouvernement consiste à y répondre tout en satisfaisant les demandes des créanciers.

"La déréglementation, les privatisations, les atteintes aux intérêts particuliers  - des oligarques aux agriculteurs - ou encore le fait d'ouvrir l'économie grecque à plus de concurrence sont autant de points essentiels à la mise en oeuvre du programme des créanciers. Et pas un seul n'emporte une véritable adhésion parmi la population grecque."

  • Les résultats du "statut quo"

Enfin, d'après le quotidien américain Wall Street Journal, l'élection de dimanche s'est écartée du scénario habituel, comparée aux précédentes depuis 2010 : pas de proposition choc, pas de "Grexit" en jeu, comme lors du référendum de juillet dernier par exemple...

Certes, Alexis Tsipras réussit son pari, mais il ressort "humilié" de ce scrutin au faible taux de participation: "en abandonnant sa fougueuse rhétorique économique, il a aussi perdu plusieurs sièges parlementaires", analyse le quotidien. Et d'ajouter que "près de 75 % des votants ont donné leur bulletin à des partis qui promettaient de mettre en oeuvre le plan de sauvetage sur lequel Tsipras s'est accordé avec les créanciers en août".

Le quotidien évoque un "statut quo". "Si les Grecs avaient eu le choix entre le programme économique de la chancellière allemande Angela Merkel et celui de l'Argentine Cristina Kirchner, la chancellière allemande qui était dans le passé un faire-valoir pour Syriza, aurait gagné haut la main."

Les électeurs ont voté pour le parti "le moins enclin à appliquer les mesures demandées par les créanciers", ce qui ne manquera pas d'exacerber, selon le quotidien, le "vice initial" du 3ème plan d'aide, qui consiste à imposer des taxes élevées sur l'économie privée tout en laissant les engagements de réforme largement inapplicable.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2015 à 16:48 :
"les électeurs grecs ont conféré à Tsipras un mandat de gouvernement clair"

Ah oui et lequel ? Appliquer le mémorandum ?

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