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ÉconomieInternational

Grèves, inflation, mort de manifestants... le Venezuela au bord de la guerre civile

Photo de Laurent Lequien

latribune.fr

Publié le 21 juillet 2017 à 12:31 - Mis à jour le 21 juillet 2017 à 12:32

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Deux manifestants ont été tués jeudi au Venezuela lors d'affrontements survenus au cours de la grève générale convoquée par l'opposition contre le projet du président Nicolas Maduro de modifier la Constitution. Barricades, commerces fermés, transports à l'arrêt : le pays était en partie paralysé. L'opposition veut que le président Maduro renonce à faire élire une assemblée constituante et qu'il quitte le pouvoir.

Des Andes à l'Amazone, des millions de Vénézuéliens ont participé à cette grève de 24 heures lancées par l'opposition pour accroître la pression sur le Parti socialiste au pouvoir et nombre d'entreprises sont restées portes closes.

"Cela a bien commencé. Pas de circulation, tout reste fermé. Nous devons tous faire de notre mieux pour nous débarrasser de ce tyran", déclarait à un barrage filtrant, sur une grande artère de Caracas, un jeune manifestant à propos du président Nicolas Maduro.

De nombreuses sociétés privées de transport ont relayé l'appel tandis que des étudiants, des habitants et des militants de l'opposition ont utilisé des poubelles et des meubles pour constituer des barricades. Des incidents sporadiques ont opposé des forces de l'ordre, faisant usage de gaz lacrymogènes, à des étudiants lançant des pétards.

Cette grève nationale intervient quatre jours après l'organisation d'un référendum informel par l'opposition.

Deux manifestants tués jeudi

Ronney Tejera, âgé de 24 ans, et Andres Uzcategui, âgé de 23 ans, ont été tués par balle dans des manifestations à Caracas et à Valence, dans l'Etat de Caracobo, a déclaré le bureau du procureur de l'Etat. Plus de 170 personnes ont été arrêtées, a annoncé un groupe de défense des Droits de l'Homme en fin d'après-midi. La crise qui secoue le Venezuela a fait 97 morts depuis avril, et plusieurs milliers de blessés.

Dans un discours, le président Maduro a déclaré que des opposants avaient attaqué le siège de la télévision publique et brûlé un kiosque appartenant à la poste. Des employés de la télévision se sont défendus avec l'aide de militaires, a-t-il dit.

"J'ai ordonné la capture de tous les fascistes terroristes", a ajouté le chef de l'Etat.

Après trois mois et demi de manifestations quasi quotidiennes, certaines violemment réprimées par les forces de l'ordre, la Mesa de la Unidad Democrática (MUD) avait annoncé dimanche une "heure H" pour marquer le début d'une nouvelle vague de protestations. Syndicats d'étudiants et groupes de transports avaient assuré qu'ils répondraient à l'appel à la grève et de nombreuses petites entreprises s'étaient engagées à ne pas fonctionner.

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> Lire aussi : Venezuela : cinq choses à savoir sur la crise économique et politique

Le président Maduro, dont le mandat prend fin début 2019, juge le référendum organisé dimanche sans valeur et propose pour sa part aux 30 millions de Vénézuéliens la création d'une assemblée constituante dont l'élection est prévue le 30 juillet.

"L'Assemblée constituante va se tenir", a déclaré Eulogio Del Pino, président de la société pétrolière PDVSA, à la télévision locale de l'Etat de Monagas. Plusieurs ouvriers l'entourant vêtus de chemises rouges chantaient, "ils ne reviendront pas", en référence à un éventuel retour de l'opposition au pouvoir.

Aucune perturbation n'était prévue dans la production de la société pétrolière qui fournit 95 % des revenus d'exportation du pays.

85 % du pays en grève selon l'opposition

Selon l'ONG Foro Penal, au moins 173 personnes ont été arrêtées à travers le Venezuela au cours de la journée de jeudi, principalement à Caracas et dans les Etats de Zulia et de Nueva Esparta, tous deux dans le nord-est du pays.

Les antichavistes - dont Nicolas Maduro est l'héritier - sont catégoriquement opposés à la désignation d'une Assemblée constituante : elle permettra selon eux de contourner le Parlement, où ils sont majoritaires depuis les élections de décembre 2015.

L'opposition a annoncé que son appel à la grève générale était largement suivi.

"Nous avons atteint un chiffre de 85 % de participation à la grève", a déclaré le député Freddy Guevara, vice-président du Parlement.

Dans plusieurs quartiers de Caracas et d'autres villes comme Maracaibo, dans l'ouest du pays, les rues étaient bloquées par des barricades depuis le matin. Des affrontements entre les deux camps ou avec la police ont éclaté en divers endroits.

(Crédits : AFP_Digiteka)

L'opposition est lancée dans un contre-la-montre : le 30 juillet, les 545 membres de l'assemblée constituante doivent être élus avec, pour mission, de réécrire la Constitution. Pour le gouvernement, cette future assemblée aura un "super pouvoir" qui pourra dissoudre le Parlement et dont la durée du mandat n'est pas définie. Estimant le mode de désignation des candidats à l'Assemblée constituante verrouillé et trop favorable au chavisme, l'opposition a choisi de boycotter le processus électoral.

Industries pétrolières et stratégiques sous contrôle du gouvernement

Le gouvernement contrôle la très stratégique industrie pétrolière et la fonction publique, qui compte près de trois millions d'employés. Entre décembre 2002 et janvier 2003, une grève générale convoquée par l'opposition à Hugo Chavez avait paralysé la production de la compagnie nationale des pétroles, la PDVSA et quelque 17.000 grévistes avaient été licenciés.

Dans les entreprises publiques, l'ordre a été donné aux près de trois millions de salariés d'ignorer l'appel à la grève. Un appel à la grève similaire lancé l'année dernière n'avait globalement pas été suivi. Le gouvernement avait alors promis de nationaliser toutes les entreprises qui ne travailleraient pas.

> Lire aussi : Le Venezuela, un pays au bord de l'abîme ?

Nicolàs Maduro a affirmé que le mouvement était peu suivi. "Nous avons de nouveau gagné (...). Les seuls qui peuvent paralyser ce pays sont les chavistes", a affirmé le président, assurant que les secteurs clés de l'économie tournaient "à 100 %".

Dans l'Etat de Barinas, une ancienne place forte de l'ex-président Hugo Chavez, devenu un bastion de l'opposition ces dernières années, la grève a été fortement suivie, selon les autorités locales. La crise politique et les violences qui touchent le Venezuela ont en toile de fond un marasme économique qui dure depuis des années, avec inflation galopante et pénurie de biens de première nécessité.

Une intense pression diplomatique

Certains secteurs économiques, accusés par le président de mener une "guerre économique", craignent l'instauration, via l'assemblée constituante, d'un modèle économique "à la cubaine". Le président Maduro, que l'opposition juge incompétent et autocratique, accuse les Etats-Unis de soutenir ses opposants dans l'objectif de contrôler les richesses pétrolières du pays.

Un haut responsable de la mission vénézuélienne aux Nations unies, Isaias Medina, a annoncé sa démission pour dénoncer "la répression violente et agressive" menée selon lui par la "dictature" du président Maduro. Caracas a, pour sa part, affirmé qu'il avait été limogé.

Le chef de l'Etat socialiste assure que le projet de Constituante sera maintenu "pour la paix et le redressement économique" du pays et rejette les menaces de sanctions économiques "fortes et rapides" du président américain Donald Trump en cas d'élection de cette Assemblée constituante.

> Lire aussi : Venezuela : Trump menace Maduro de sanctions s'il modifie la constitution

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Seule l'armée, soutien inconditionnel de Nicolàs Maduro, pourrait faire pencher la balance, juge le politologue Luis Salamanca. Mais cela semble peu probable : mercredi encore, en rejetant les menaces de Donald Trump, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, a promis de défendre l'élection de cette assemblée controversée.

(Avec agences)

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