Guerre en Ukraine : 13 millions de personnes de plus menacées de sous-nutrition

La sécurité alimentaire est menacée par les effets de la guerre sur la production et l'acheminement des céréales et des oléagineux, alerte l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. Une cinquantaine de pays dépendants des importations de blé de la Russie et de l'Ukraine seraient particulièrement frappés.

3 mn

Au Maghreb, depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les prix de la farine et de la semoule connaissent déjà une flambée.
Au Maghreb, depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les prix de la farine et de la semoule connaissent déjà une flambée. (Crédits : Reuters)

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agriculture Organization, FAO) a lancé le cri d'alerte vendredi: si la réduction des exportations de l'Ukraine et de la Russie en raison de la guerre devait durer, en 2022/2023, "le nombre global de personnes sous-alimentées pourrait augmenter de 8 à 13 millions"En 2020, la Fao a compté entre 720 et 811 millions ayant souffert de la faim.

Les régions les plus touchées seraient l'Asie-Pacifique, l'Afrique subsaharienne, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, a précisé l'organisation dans une note d'information.

Au Maghreb, les populations se ruent sur la farine et la semoule

Dans un communiqué, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu,  a expliqué que "les perturbations subies par la production et les filières d'approvisionnement et d'acheminement des céréales et des graines oléagineuses, et les restrictions imposées aux exportations de la Russie, auront des répercussions sensibles sur la sécurité alimentaire".

Lire: « Avec l'arme militaire, la Russie détient l'arme alimentaire » Henri Biès Peré, FNSEA

La Russie détient 18% du marché mondial de blé, et l'Ukraine 12%. Une cinquantaine de pays, qui dépendent des importations de blé et s'en procurent au moins 30% auprès de la Russie et de l'Ukraine, risquent particulièrement d'être touchés.

"L'Égypte, la Turquie, le Bangladesh et l'Iran, qui sont les plus grands importateurs de blé, achètent plus de 60% de leur blé à l'Ukraine et la Russie (...). Le Liban, la Tunisie, le Yémen, la Libye et le Pakistan sont eux aussi fortement dépendants de ces deux pays pour leur approvisionnement en blé", a rappelé Qu Dongyu.

Lire aussi: Comment le conflit entre la Russie et l'Ukraine menace l'agriculture française

Au Maghreb, depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les prix de la farine et de la semoule connaissent déjà une flambée, accentuée par une frénésie d'achats avant le ramadan en avril, constate d'ailleurs l'AFP. Les populations se ruent sur ces produits, pourtant encore disponibles,  pour les stocker, en vidant les rayons.

Lire: Après l'énergie, l'inflation frappe les produits de grande consommation

Une sous-nutrition déjà aggravée par l'épidémie de Covid-19

Dans cette région, les prix alimentaires grimpaient en réalité déjà avant l'invasion russe en Ukraine, à cause de la hausse du prix des céréales et des produits pétroliers sur le marché international ayant suivi la pandémie de Covid-19. Et au niveau mondial, la sous-nutrition avait déjà été aggravée par l'épidémie de Covid-19, le nombre de personnes affectées ayant augmenté de 1,5% en 2020 après cinq ans de stabilisation relative, selon les agences spécialisées sur l'insécurité alimentaire dans le monde (SOFI).

La Fao recommande aux pays de poursuivre leurs échanges autant que possible, afin de "protéger les activités de production et de commercialisation destinées à satisfaire les demandes nationales et mondiales". Elle rappelle aussi la nécessité de "proposer sans délais des programmes de protection sociale correctement ciblés" "au grand nombre de personnes supplémentaires qui, dans le monde entier, sont susceptibles d'être précipitées dans la pauvreté et la faim à cause du conflit".

3 mn