Joëlle Zask : « L’agriculture industrielle n’est pas destinée à l’alimentation des humains »
Propos recueillis par Laurence Bottero
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Hervé Grazzini
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... La Revue de La Tribune - N°8 "Du champ à l'assiette - Mieux produire pour bien manger", actuellement en kiosque).
La crise sanitaire que l'on connaît depuis deux ans semble avoir ancré le recours à une agriculture plus respectueuse, favorisant les circuits courts... N'est-ce pas, tout simplement, le retour à une sorte de bon sens paysan ?
Joëlle Zask C'est le mangeur qui fait la réalité sociale. Les mangeurs réalisent leur pouvoir, dans la manière de faire. Les circuits courts sont ainsi poussés par le mangeur. Les mangeurs et les paysans appartiennent au même monde, avec des activités dépendantes les unes des autres. On sous-estime le pouvoir des mangeurs. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les grands groupes agroalimentaires ont aussi répondu à des besoins exprimés. Ils suivent l'opinion, essaient de déterminer le point majoritaire. Lorsque les premiers fast-food sont apparus, c'était alors perçu comme une délivrance par le consommateur. La junk-food a aussi répondu à des besoins. Ce qui fonctionne, c'est ce qui rencontre le vrai désir des consommateurs.
Les grands groupes agroalimentaires se sont engagés dans la transition écologique. Plusieurs grandes marques ont aussi développé des produits bio ou revendiquent un approvisionnement auprès des producteurs locaux. Est-ce une démarche « vraie » ou doit-on considérer que c'est du greenwashing ?
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J.Z. Il ne faut pas minimiser le mensonge. La toxicité des pratiques de certains grands groupes a été cachée à tout le monde. Les premiers pas de l'industrie ce sont le tabac et le coton, je le rappelle. Ce qui n'est rien d'alimentaire. Ce ne sont pas les tomates et les pommes de terre. L'agro-industrie a été imaginée pour être rentable et asseoir la richesse des États. Rappelons-nous les procès intentés au groupe Philip Morris, qui ont eu lieu dans les années 1980. Philip Morris a soigneusement dissimulé la formule qui rendait la nicotine davantage addictive. C'est pareil pour l'amiante ou le glyphosate par exemple. C'est tout un système qui protège les multinationales. L'effort est mercantile. Le bio, ça rapporte. Il ne faut pas non plus oublier qu'il existe du soja transgénique bio, de l'agriculture intensive bio... Il y a une pression qui doit s'exercer davantage sur les labels.
Propos recueillis par Laurence Bottero
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