L’Ukraine accuse l’armée russe d’utiliser Starlink, le Kremlin et Elon Musk démentent

Le renseignement ukrainien a affirmé ce week-end que les forces russes ont commencé à utiliser sur le front Starlink, le service d'accès à Internet par satellite d'Elon Musk. Un réseau qui n’était jusque-là utilisé que par les troupes de Kiev. Le Kremlin et le milliardaire américain ont démenti ces accusations, qui interviennent dans un contexte déjà tendu entre le patron de Space X et l'Ukraine.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, SpaceX y a livré des milliers de terminaux qui permettent d'assurer ainsi une connexion à internet.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, SpaceX y a livré des milliers de terminaux qui permettent d'assurer ainsi une connexion à internet. (Crédits : CLODAGH KILCOYNE)

[Article publié le lundi 12 février 2024 à 9h19, mis à jour à 12h23] Les services de renseignements ukrainiens en sont certains : les forces russes ont commencé à utiliser sur le front Starlink, le service d'accès à Internet par satellite du milliardaire Elon Musk. Or, ce réseau était jusque-là utilisé par les troupes de Kiev uniquement. Selon l'agence de presse UNIAN, des interceptions radio ont permis d'établir que des unités russes stationnées près de Bakhmout, dans l'Est de l'Ukraine, ont « commencé à utiliser massivement Starlink sur le front ».

« Oui, des cas d'utilisation de ces dispositifs par les occupants russes ont été enregistrés. Cela commence à prendre un caractère systémique », a affirmé dimanche Andriï Ioussov, porte-parole de la direction principale du renseignement militaire ukrainien au journal RBC-Ukraine.

Des accusations réitérées ce lundi. « Par le biais de pays tiers, Starlink est librement disponible en Russie. Par rapport à l'année dernière, l'utilisation de Starlink par l'armée russe sur la ligne de front est devenue plus systématique et bien réglementée », a appuyé Andriï Ioussov à la télévision ukrainienne.

Le Kremlin et Elon Musk démentent

Le pouvoir russe et le milliardaire américain ont formellement démenti les accusations de Kiev.

« Il s'agit d'un système non certifié dans notre pays, qui ne peut donc pas être fourni officiellement ici et qui n'est pas fourni officiellement. Par conséquent, il ne peut être utilisé d'aucune manière », a affirmé à la presse le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, ce lundi.

La veille, Elon Musk avait, lui aussi, démenti toute livraison à Moscou de son système.

« C'est totalement faux. À notre connaissance, aucun terminal Starlink n'a été vendu directement ou indirectement à la Russie », a-t-il déclaré sur X (ex-Twitter), réseau social qu'il détient.

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Un réseau essentiel pour l'armée ukrainienne

Dans le détail, Starlink dispose d'un réseau de plus de 2.000 petits satellites en orbite basse au-dessus de la terre, qui permettent de fournir un accès à internet. Des terminaux terrestres sont reliés à des routeurs qui permettent de générer du wifi et donc un accès à internet. Depuis le début de la guerre en Ukraine, SpaceX en a livré des milliers dans le pays. Et quelque 25.000 terminaux y ont été déployés.

Ce réseau est essentiel pour les communications de l'armée ukrainienne, et n'était jusque-là pas utilisé par les forces russes. En octobre 2022, SpaceX avait dit ne plus avoir les moyens de payer le déploiement de son réseau internet, une manière de demander au gouvernement américain de prendre le relais de cette aide technologique.

Des relations complexes entre l'Ukraine et Musk

Cette annonce intervient alors que l'Ukraine et Elon Musk entretiennent des relations complexes. Kiev l'avait remercié d'avoir déployé ses satellites. En revanche, l'Ukraine s'est indignée, lorsqu'il a proposé que le pays cède des territoires pour obtenir la paix. Le milliardaire a aussi affirmé avoir empêché une attaque ukrainienne contre une base de la marine russe en 2022 en refusant une demande de Kiev d'activer l'accès à Internet via Starlink en mer Noire, près de la Crimée annexée par Moscou.

« Nous avons reçu une demande d'urgence des autorités gouvernementales pour activer Starlink jusqu'à Sébastopol » qui abrite la base de la flotte russe en mer Noire, sur la péninsule de Crimée, annexée par Moscou en 2014, avait-il posté sur X, le 18 janvier.

« L'intention évidente était de couler la majeure partie de la flotte russe au mouillage », avait-il ajouté. « Si j'avais accepté leur demande, SpaceX aurait été clairement complice d'un acte de guerre majeur et d'une escalade du conflit », avait fait valoir Elon Musk.

Des déclarations fermement condamnées par Mykhaïlo Podoliak, conseiller à la présidence ukrainienne. Selon lui, « en n'autorisant pas des drones ukrainiens à détruire une partie de la flotte militaire » russe, Elon Musk a permis à cette flotte de tirer des missiles vers des villes ukrainiennes, ce qui a « tué des civils et des enfants ». Début octobre, déjà, les autorités ukrainiennes s'indignaient d'une publication d'Elon Musk, se moquant du président Volodymyr Zelensky. Le milliardaire avait posté sur X un montage photo ironique, censé montrer un chef de l'Etat très tendu, accompagné de la légende : « Quand ça fait cinq minutes que tu n'as pas demandé des milliards de dollars d'aide ».

Rouslan Stefantchouk, président du Parlement ukrainien, avait alors répondu sur le même ton qu'Elon Musk, se moquant du milliardaire qui a « tenté de conquérir l'espace » mais s'est retrouvé « dans la merde jusqu'aux yeux en cinq minutes, quand quelque chose a mal tourné ». SpaceX a vu sa fusée Starship exploser en plein vol peu après son premier décollage en avril - ce que l'homme d'affaires avait toutefois considéré comme un « formidable » premier vol d'essai.

10.000 victimes civiles après deux ans de guerre

Donnée sensible, le bilan humain de deux ans de guerre en Ukraine, forcément approximatif, s'élève à au moins 10.000 victimes civiles, en écrasante majorité ukrainiennes, et près de 200.000 soldats russes ou ukrainiens tués, selon des sources ukrainiennes et occidentales. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme estime à plus de 10.000 les pertes civiles ukrainiennes, dans son dernier rapport publié le 15 janvier.

Parmi elles, près de 8.000 dans les zones contrôlées par l'Ukraine et plus de 2.000 dans les zones occupées par la Russie. S'y ajoutent plus de 19.000 blessés. La police ukrainienne recense près de 10.000 morts de civils, 7.000 disparus et 11.000 blessés dans les zones qu'elle contrôle, selon les déclarations d'un de ses responsables le 31 janvier dernier. Mais les autorités ukrainiennes estiment que des milliers de civils supplémentaires ont été tués pendant le siège de Marioupol (février à mai 2022), grande ville portuaire du sud qui est aujourd'hui sous contrôle de la Russie. Un conseiller du maire de la ville assurait en février 2023 à la télévision ukrainienne qu'au moins 25.000 personnes y avaient été enterrées dans des charniers. Du côté russe de la frontière, le bilan s'élève à au moins 138 morts, selon un comptage effectué par le site d'information russe 7x7.

De part et d'autre, les pertes militaires sont des données que les états-majors taisent. Les derniers bilans officiels, sujets à caution, remontent à un an et demi : 5.937 soldats russes tués selon le ministre de la Défense Sergueï Choïgou en septembre 2022, 9.000 soldats ukrainiens, selon Kiev fin août 2022. Depuis, silence radio. En août dernier, le New York Times, citant des officiels américains, évaluait les pertes militaires à 70.000 morts et 100.000 à 120.000 blessés côté ukrainien, 120.000 morts et 170.000 à 180.000 blessés côté russe.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 12/02/2024 à 16:26
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Il est difficile de comprendre pourquoi ce sujet a attiré l'attention. Les forces russes utilisent des Starlink (importations grises ou trophées) près de la ligne de combat depuis un bon moment. Si c'est plus loin de la ligne de combat, leur utilisat...

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