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Guerre en Ukraine : "Lors de ces trois sommets, nous verrons qui est un ami, qui est un partenaire, et qui nous a trahis pour de l'argent" (Zelensky)

latribune.fr

Publié le 24 mars 2022 à 19:03 - Mis à jour le 24 mars 2022 à 22:11

Zelensky accuse la russie d'utiliser des bombes au phosphore

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Commencés ce jeudi, les sommets de l'Otan, du G7 et de l'UE s'achèveront vendredi. Le président ukrainien met la pression sur les pays occidentaux pour qu'ils accentuent non seulement leur soutien à l'Ukraine mais aussi les sanctions à l'encontre de la Russie pour contraindre Vladimir Poutine à cesser les hostilités. Si de nouvelles sanctions et une aide militaire (sans engagement des troupes en Ukraine) ont déjà été annoncées, ces mesures risquent de ne pas être pas à la hauteur de Volodymyr Zelensky. Résumé de cette première journée marathon.

"Lors de ces trois sommets, nous verrons qui est un ami, qui est un partenaire, et qui nous a trahis pour de l'argent" : avant les trois sommets de ce jeudi, celui de l'Otan, du G7 et de l'UE dans la soirée auxquels il participait en visioconférence, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait mis la pression sur les pays occidentaux pour qu'ils accentuent non seulement leur soutien à l'Ukraine mais aussi les sanctions à l'encontre de la Russie pour contraindre Vladimir Poutine à cesser les hostilités. En présence de Joe Biden, mais aussi du Premier ministre du Japon Fumio Kishida, les Occidentaux ont discuté de ce qu'ils pouvaient faire pour renforcer leurs soutien militaire, financier et humanitaire et de ce qu'ils refusaient de faire, à commencer par engager des troupes en Ukraine, puisque le chef de l'Otan, Jens Stoltenberg, a rappelé avant même le début du sommet qu'il "n'y aura pas de troupes de l'Otan sur le terrain en Ukraine, ni d'avions dans le ciel". Pour autant, selon Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, "tout va se jouer dans les deux semaines qui viennent".

A l'heure où nous publions ces lignes, Volodymyr Zelensky ne s'était pas encore exprimé sur cette journée marathon. Mais il est fort probable qu'elle n'est pas à la hauteur de ses attentes dans la mesure où il demande une assistance militaire et des sanctions contre Moscou bien plus conséquentes. L'Union européenne reste divisée sur l'opportunité de rompre tous ses liens énergétiques avec la Russie, l'Allemagne continuant de s'opposer à un embargo immédiat sur les hydrocarbures livrés par Moscou dont elle dépend étroitement.

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Sanctions

Pour autant, les Etats-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions financières contre le monde politique russe mais aussi des oligarques et des entreprises de l'industrie de défense. Ces mesures, qui impliquent en particulier un gel des avoirs aux États-Unis, concernent 328 députés de la Douma ainsi que 48 « grandes entreprises publiques » du secteur de la défense, comme Tactical Missiles Corporation JSC (KTRV), un conglomérat appartenant à l'État et dont l'armement est actuellement déployé en Russie. Les pays occidentaux ont par ailleurs décidé de sanctionner toutes les transactions impliquant les réserves d'or de la Russie. Objectif : éviter que Moscou ne contourne les mesures d'isolement financières qu'ils ont prises depuis un mois, comme l'a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué. Une mesure que Boris Johnson avait demandé d'instaurer plus tôt dans la journée, argumentant que « plus nous faisons pression maintenant, surtout sur des choses comme l'or, plus je pense que nous pourrons abréger la guerre, abréger le massacre en Ukraine ».

Lire aussi 7 mnBoris Johnson appelle à cibler les réserves d'or russes "pour abréger la guerre" en Ukraine

Il est « clair que toute transaction impliquant de l'or en lien avec la banque centrale de Russie est couverte par les sanctions existantes », a fait savoir l'exécutif américain. Un haut responsable américain a expliqué : « Nous voulons fermer toute possibilité pour la Russie d'utiliser son or pour soutenir sa devise », le rouble.

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Il a souligné, lors d'un échange avec la presse, que Moscou disposait d'un stock d'or « considérable ». Selon le Conseil mondial de l'or, les réserves en or entreposées dans les coffres de la Banque centrale russe s'élèvent à 2.361,64 tonnes. Soit le cinquième volume le plus élevé derrière les États-Unis, l'Allemagne, la France et l'Italie. Cela représenterait d'ailleurs 20% du total des réserves de change de la Banque centrale russe.

Lire aussi 6 mnL'or, ce trésor de guerre amassé par Moscou qui permet à la Russie de soutenir l'invasion de l'Ukraine

Les dirigeants des pays du G7 et de l'Union européenne veulent également continuer à empêcher la banque centrale russe d'utiliser les réserves internationales, y compris en or, afin de bloquer le financement de la guerre. « En coupant des dizaines d'entreprises de défense russes du système financier américain, l'action d'aujourd'hui aura un effet profond et durable sur l'industrie de défense russe », a indiqué le secrétaire d'État américain Antony Blinken.

Plus tôt dans la journée, le gouvernement britannique a aussi annoncé de nouvelles sanctions contre 59 personnalités et entreprises russes et six entités biélorusses. Côté entreprises, se trouvent par exemple le géant russe des diamants Alrosa, le groupe privé de services militaires Wagner, ou celui de centrales hydroélectriques Rushydro. Parmi les personnalités ciblées figure Guerman Gref, patron de la première banque russe Sberbank et « conseiller de Poutine depuis les années 1990 », selon la Maison-Blanche. Le milliardaire Gennady Timchenko, ses entreprises Volga Group et Transoil, ainsi que les membres de sa famille, sont aussi concernés, et son yacht, le Lena, est bloqué. Sont également sanctionnés 17 membres du conseil d'administration de la banque Sovcombank.

L'oligarque Roman Abramovitch ne figure en revanche pas dans cette nouvelle liste. Le propriétaire du club de foot de Chelsea est visé par des sanctions de l'Union européenne et du Royaume-Uni. Mais le président ukrainien Volodymyr Zelensky aurait demandé à Joe Biden de ne pas le sanctionner, selon le Wall Street Journal mercredi, estimant qu'il pourrait jouer un rôle dans les négociations de paix entre l'Ukraine et la Russie.

Crainte d'utilisation d'armes chimiques, biologiques et nucléaires

D'autres mesures pourraient voir le jour. Les pays du G7 se sont en effet dit prêts à prendre de "nouvelles sanctions si nécessaire". Notamment en cas d'escalade militaire.

"Nous mettons en garde contre toute menace d'utilisation d'armes chimiques, biologiques et nucléaires ou de matériel connexe", ajoutent les pays du G7 dans une déclaration commune, rappelant "les obligations de la Russie en vertu des traités internationaux dont elle est signataire et qui nous protègent tous". Joe Biden a même promis une "réponse" de l'Otan si la Russie utilise des armes chimiques.

Des propos qui interviennent alors que Volodimir Zelensky a accusé jeudi la Russie d'avoir utilisé des bombes au phosphore lors de ses opérations militaires en Ukraine.

Les décisions des Occidentaux a agacé Moscou. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que leurs décisions de fournir des armes à l'Ukraine encourageaient celle-ci à recourir à la force contre les territoires contrôlés par les séparatistes pro-russes dans l'est du pays, a rapporté l'agence de presse RIA.

L'Occident récolte désormais une "moisson terrible", a ajouté le ministère, soulignant que la promesse de l'Otan de continuer à soutenir le "régime de Kiev" montrait à ses yeux que l'Alliance souhaitait la poursuite du conflit en Ukraine.

Côté militaire, l'Otan a annoncé qu'elle allait fournir à l'Ukraine des équipements de protection contre des attaques chimiques, biologiques et nucléaires et protéger ses forces déployées sur le flanc oriental contre ces menaces. Washington et ses alliés ont également commencé à discuter de la livraison de missiles antinavires qui pourraient aider l'Ukraine à desserrer l'étreinte russe autour des ports de la mer Noire.

"Nous avons décidé d'intensifier les travaux pour prévenir les scénarios d'escalade (et de) continuer à fournir des armes, défensives et létales mais avec une ligne rouge qui continue de ne pas être cobelligérants", a résumé le président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse.

Les dirigeants de l'Otan ont également approuvé la création de quatre nouveaux groupements tactiques en Roumanie, en Hongrie, en Bulgarie et en Slovaquie, et le renforcement des quatre déjà constitués en Pologne et dans les trois pays Baltes. Plus de 100.000 militaires américains sont actuellement présents en Europe et plus de 40.000 soldats sont sous commandement direct de l'Otan dans la partie orientale de l'Europe.

Pressions sur la Chine

Enfin, les Occidentaux ont envoyé des messages à Pékin. « La Chine ne peut être qu'une "puissance de médiation et de modération" dans le conflit en Ukraine déclenché par la Russie, en raison de son statut sur la scène internationale et de son rejet de toute atteinte à la souveraineté territoriale des Etats, a estimé jeudi Emmanuel Macron.

Lors d'une conférence de presse à Bruxelles qui s'est tenue avant le Conseil européen, le président français a dit avoir entendu en Xi Jinping, lors de son récent entretien avec son homologue chinois, "un dirigeant qui a partagé nos préoccupations et qui désapprouve la guerre".

"La Chine, en tant que membre du Conseil de sécurité des Nations unies et en tant que grande puissance, ne peut faire autre chose que d'être une puissance de médiation et de modération et nous aider à convaincre la Russie d'arrêter cette guerre, ne l'aider ni participer en rien, jamais, et veiller à ce que toutes les puissances reviennent à la raison et la stabilité", a-t-il dit, alors que la Chine n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Le président américain Joe Biden a exprimé jeudi "l'espoir" que la Chine n'aide pas la Russie à amortir l'impact des sanctions occidentales, estimant que l'avenir économique du géant asiatique "était davantage lié à l'Occident" qu'à son voisin russe.

"Je pense que la Chine comprend que son avenir économique dépendra bien davantage de ses relations avec l'Occident qu'avec la Russie. Et j'ai bon espoir qu'elle ne va pas s'engager" pour aider Moscou à atténuer les sanctions imposées après l'invasion de l'Ukraine, a indiqué M. Biden en marge de plusieurs sommets à Bruxelles.

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Emmanuel Macron a par ailleurs proposé un plan d'urgence pour la sécurité alimentaire, en accord avec le G7, afin de répondre aux risques de "famine" dans de nombreux pays que pourrait provoquer la guerre en Ukraine. Le président français a appelé Moscou à être "responsable" en permettant que les semis en Ukraine aient lieu, faute de quoi la guerre provoquera dans 12 à 18 mois "une famine inéluctable", avec notamment des risques de pénuries de céréales en Egypte et en Afrique du Nord.

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