Impôts sur les multinationales : Joseph Stiglitz défend une taxation à 25%

Pour le Prix Nobel d'économie 2001, l'accord trouvé par le G20 sur une taxation d'au moins 15% des bénéfices des entreprises mettra fin au nivellement vers le bas des politiques fiscales. Toutefois, Joseph Stiglitz appelle à porter l'effort à 25%. En jeu, selon ce néo-keynésien : faire face à l'urgence de la crise des inégalités qui traverse l'économie mondiale et fragilise nos sociétés démocratiques.

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(Crédits : REUTERS/Joshua Roberts)

Joseph Stiglitz est une voix qui compte dans le débat économique planétaire. Alors que la réforme du taux d'imposition des multinationales a connu une profonde avancée en juillet dernier au moment du G20 en Italie, l'ancien chef économiste de la banque mondiale et Prix Nobel 2001 défend un accord d'un taux minimal de taxation de 25%. A Venise, les 20 pays les plus puissants sont tombés d'accord sur un seuil d'au moins 15% de taxation des bénéfices de ces entreprises globalisées et pour une meilleure répartition des droits à taxer. L'accord doit être mis en application à partir de 2023 et devrait faire reculer la capacité de nuisances des paradis fiscaux.

"Le système d'imposition des multinationales a plus de cent ans et n'est plus adapté à l'économie mondialisée du XXIe siècle, c'est un système qui est ouvert aux abus. Le taux d'imposition effectif est nettement plus bas que le taux officiel", a fait valoir M. Stiglitz, dans un entretien à l'AFP. "Le nivellement par le bas dans lequel le Luxembourg et l'Irlande ont joué un rôle a sapé la solidarité mondiale et le système économique mondial, il fait partie du côté obscur de la mondialisation", a-t-il poursuivi.

Fin de la guerre fiscale internationale

Ce pourfendeur des inégalités, qu'il dénonce notamment dans son ouvrage "Peuple, pouvoir & profit (Les liens qui libèrent, 2019), estime que la réforme de la fiscalité, au niveau national et international, est l'un des leviers pour lutter contre les injustices sociales. Ce néo-keynésien rappelle souvent qu'aux États-Unis, le système fiscal est régressif. Les plus fortunés doivent s'acquitter d'un impôt sur le revenu plus faible que les 50% les plus pauvres.

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L'économiste fustige notamment le mandat de Donald Trump, qui a sanctuarisé cette politique fiscale inégale, notamment au niveau de l'imposition des entreprises, tout en la menant avec agressivité sur le plan du commerce mondiale. Joseph Stiglitz dénonce "la terrible guerre fiscale déclenchée par l'administration Trump", qui avait notamment surtaxé les vins français en représailles à la "taxe Gafa" instaurée par Paris sur les géants du numérique. "Et cela aurait été un désastre si ce genre de guerre fiscale s'était poursuivie", a estimé M. Stiglitz. L'élection de Joe Biden à la Maison Blanche a en effet permis de débloquer les négociations menées sous l'égide de l'OCDE. Le président américain avait confirmé, en mai dernier, la volonté de son administration à imposer un seuil minimal d'imposition des multinational, ouvrant la porte à un accord. A l'échelle nationale, l'élu démocrate s'inscrit également dans le combat visant à mettre fin à la course au moins disant fiscal. Il veut rétablir la progressivité de l'impôt et augmenter celui sur les sociétés, le faisant passer de 21% à 28%.

Aller chercher un taux d'imposition à 25%

Si le professeur à l'université Columbia (New York) estime "fantastique" ce premier accord, il appelle à la poursuite des négociations pour fixer un taux plus ambitieux, alors que les discussions initiales portaient autour d'un taux à 21%. "Comme le gouvernement français qui a soutenu la formulation 'au moins 15%', je pense que 15% est trop bas" pour mettre fin à la "course au moins-disant" fiscal, a souligné l'économiste américain.

"Je pense que cela devrait être 25%, mais la politique est l'art du compromis, j'espère qu'ils feront au moins 20%", a-t-il déclaré en marge du Forum The European House - Ambrosetti à Cernobbio, dans le nord de l'Italie.

Mais pour l'économiste, ce cadre mondial est déjà une véritable avancée. "Le G20 s'est engagé à mettre un terme à ce nivellement par le bas", c'est "un engagement très important". Mais qui reste à superviser. Dans l'ouvrage La grande fracture (2015, Les liens qui libèrent) Joseph Stiglitz rappelait que "les économies de marché ne sont pas capables de s'autoréguler. Elles ne peuvent pas fonctionner en pilote automatique, en particulier si l'on veut s'assurer que leurs bénéfices seront largement partagés." Une mise en garde qui semble progressivement être entendue par les grandes puissances mondiales.

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Commentaires 3
à écrit le 08/09/2021 à 11:59
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Taxer les entreprises c'est taxer le travail générant toujours plus de pollution et d’empoisonnement des humains alors qu'il faut limiter comme le proposait Sanders la fortune personnelle à un milliard. Stiglitz est un imposteur et c'est pas la peine...

à écrit le 06/09/2021 à 18:02
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Après 1936 il s'est passé quoi ? Les socialistes nous mènent droit à la guerre. Ils ont déjà tellement volé les gens. Ils sont fous.

à écrit le 06/09/2021 à 15:23
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Un prix Nobel qui défend les 1 % en réalisant un contre-feu médiatique sur les profits distribués par les entreprises... L'histoire a démontré que surtaxer les entreprises amène à niveler par le bas les salaires les plus modestes par des délocal...

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