Débarrassons-nous du PIB ! plaide Joseph Stiglitz

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Le PIB n'est pas une bonne mesure, selon Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie.
"Le PIB n'est pas une bonne mesure", selon Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie. (Crédits : Reuters)
Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz estime que la pandémie de coronavirus a révélé au grand jour que l'économie mondiale tournait sans roue de secours et plaide pour une meilleure mesure de la santé économique d'un pays que le PIB, dans un entretien avec l'AFP.

AFP - Aujourd'hui, le discours des politiques est imprégné par l'idée de relance "verte". Sur quelles mesures s'appuyer pour prendre ce tournant vers une économie plus durable?

JOSEPH STIGLITZ - Ils devraient réfléchir au type d'économie dont nous voulons après cette pandémie. Et il ne faudrait pas se contenter de revenir là où nous étions. Nous savions alors et nous savons d'autant plus aujourd'hui que cet équilibre comportait beaucoup d'iniquités et d'inégalités.

Ce qu'il nous faut donc faire, c'est mener l'économie dans une direction qui reflète toutes ces préoccupations. Le PIB n'est pas une bonne mesure. Le PIB ne prend pas en compte les inégalités, le manque de résilience, le manque de durabilité.

L'indicateur le plus important est l'impact des émissions de gaz à effet de serre. Pas seulement le CO2, mais aussi le méthane. Ils ont chacun des dimensions différentes, comme leur durée de vie et leur puissance.

Ces dernières années, nous en avons appris davantage sur les multiples manifestations du changement climatique, par exemple sur la manière dont il va affecter les événements météorologiques extrêmes. Ce que nous avons appris, c'est la complexité du changement climatique lui-même.

Le PIB reste l'indicateur clé pour évaluer le succès de toute politique. L'évolution vers un nouveau modèle de croissance est-elle influencée par les outils que nous utilisons pour la mesurer?

Je pense que les indicateurs sont importants à deux égards. Dans notre nouveau rapport (pour l'OCDE), nous avons souligné que si nous avions eu de meilleures mesures, nous aurions eu une meilleure idée des dommages que la crise de 2008 était en train de causer.

Plus largement, nous devrions travailler à une meilleure mesure de la santé de l'économie, pour savoir dans quelle mesure nos politiques de relance améliorent réellement nos sociétés.

L'accent que nous avons mis sur le PIB ne nous a pas permis de réaliser que la société que nous avons créée n'est pas résiliente. Il ne nous a pas permis de calculer la force de notre économie.

Pour faire simple, il y a une grande différence entre le fait qu'une voiture ait une roue de secours ou non. Mais dans la façon dont nous mesurons le PIB, une voiture sans roue de secours est plus efficace qu'une voiture avec une roue de secours: elle coûte moins cher.

Nous avons créé une économie sans roue de secours, sans lits d'hôpitaux supplémentaires, nous ne nous sommes pas préparés à la pandémie, nous n'avons pas fait beaucoup de choses qui nous auraient permis de répondre à la pandémie. Ce n'est pas que nous aurions pu l'empêcher, mais nous aurions pu avoir une économie beaucoup plus résiliente, plus apte à réagir, et cela, je crois que nos statistiques ne nous le disent pas.

Êtes-vous confiant sur la relance "verte"?

Je suis plein d'espoir, surtout en Europe. Mais nous devons continuer à travailler. Le monde a pris l'engagement d'être neutre en carbone d'ici à 2050. Je pense que c'est réalisable. C'est une étape très positive, mais ce n'est pas suffisant d'avoir cette aspiration, il faut commencer à dépenser l'argent. Et évidemment la pandémie nous incite à commencer à dépenser cet argent.

Nous devons aider les gens à se reconvertir, les diriger vers d'autres emplois, comme vendeur de panneaux solaires. Ne pas faire cette transition aurait un coût extrêmement élevé pour le monde. Nous devons donc reconnaître que certains individus seront plus mal lotis. Nous devrons absolument veiller à ce qu'ils soient correctement protégés et à les aider à se diriger vers d'autres secteurs de production.

Lire aussi : Pandémie : les propositions fiscales de Piketty et Stiglitz pour le monde d'après

Propos recueillis par Manon Billing, AFP

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Commentaires
a écrit le 22/06/2020 à 16:53 :
Stiglitz, un des rares économistes conscient que le PIB donne une fausse idée de la prétendue richesse d'une nation. Dans une commission qu'il présidait en 2009 à l'initiative de Sarkozy (!), il préconisait de compléter cette mesure par des indicateurs économiques renseignant le progrès social et le bien être des individus. Une idée à contre-courant du seul productivisme, rejoignant un peu aujourd'hui le "green deal".
La croissance du PIB est négative pour les GES, la pollution, ou la raréfaction des ressources naturelles. Autre exemple,"le complexe militaro-industriel" fournit des emplois et favorise donc le PIB, comme la reconstruction suivant guerres et ouragans.
Autre point signalé par l'économiste E.Zuesse, si le PIB c'est l'actif moins le passif, il ne prend pas en compte les dettes contractées pour produire cet actif (ça coute bonbon!).
a écrit le 22/06/2020 à 7:40 :
Mieux: supprimons les gouvernements, qui sont responsables, pour une grand part, de la crise actuelle; leur imprévoyance - mais qui aurait pu prévoir? -, leur insuffisance - mais qui aurait eu les moyens? - éclatent au grand jour, surtout en France. Les décisions sont quand même plus faciles dans une économie en bonne santé, mais n'avons-nous pas choisi une société du chômage? Pourtant, nous avons une pléthore de têtes d'œufs, hélas!
a écrit le 21/06/2020 à 23:14 :
Ne vous en fêtes(joke) pas je multiplie les pains ! Et a défaut je crée ab initio de la brioche !
Le big bang (for your bucks) n'a pas eut lieu en un point concentré de l'univers mais partout, dans le partout d'alors, l'espace disponible, vitale aurait dit le vilain moustachu, partout disais-je en même temps par Jupiter !

Jesus Christ de la MJC
Dans la crèche ya aussi des ânes !
a écrit le 21/06/2020 à 23:08 :
Pour la relance verte ya Cetelem !
a écrit le 21/06/2020 à 10:55 :
Il suffit sûrement de casser tous les thermomètres existant (PIB, INSEE, OCDE, OFCE et j'en passe) pour ne plus s'apercevoir que la France faut partie de plus en plus du Club Med, ce qui était jadis un compliment lorsqu'on allait en vacances au fameux et distingué Club Med et qui est devenu aujourd'hui un DECLASSEMENT vers les Pays du Sud en plus mauvcais état économique que ceux du Nord: l'Allemagne en tête, même le Royaume Uni, car nous sommes désormais à la 7ème Place des Pays économiquement développés, Donc 2 places de perdues en 10 ans. Je ne doute pas une seconde que la croissance verte va nous sortir de ce mauvais pas.
a écrit le 21/06/2020 à 9:45 :
Il ne va pas à la racine des choses. Il n'a pas conscience du fait que c'est le productivisme et le consumérisme en eux-mêmes qui constituent la cause du problème. Normal, c'est un Américain. On a beau être prix Nobel, on ne sort pas de son conditionnement.
a écrit le 20/06/2020 à 11:34 :
Un peu décevant de la part de M. Stiglitz. En bref, que dit-il: émettre du CO2 et du méthane (d'où sort-il?) a une influence sur le climat, mais on a constaté que les interactions étaient compliquées. Bref ce n'est sans doute pas très bon mais on ne comprend pas tout. Soit. L'économie doit-être résiliente. En clair, il faut avoir des stocks donc se calmer sur la philosophie du flux tendu et relocaliser. Grandiose, du niveau Nobel. Quant aux panneaux solaires, il va être un peu difficile de reconvertir tout le monde en vendeur... Bref, ne serait-ce Stiglitz ce serait du café du commerce.
a écrit le 20/06/2020 à 10:57 :
Cette fameuse relance verte dont on nous abreuve, est peut-être verte dans son emballage mais pas très loin du rouge dans son contenu !!! Doit-on vraiment avaler la totalité du package pour s’engager résolument vers le futur ??? En fait, tant que cela sera présenté de cette façon, les citoyens hésiteront fortement à aller vers ce futur qu’on leur propose, car ils sentent bien le piège !!!
a écrit le 20/06/2020 à 10:26 :
Ne faut il pas «  fuir » la réalité économique ?

Le PIB est un indicateur pour les pays , certes l’après Covid sera douloureux économiquement, mais il convient de garder une continuité sur la valeur brut d’un pays et les taxes d’importation et les subventions....( c’est un indicateur ) aucune raison d’imposer une politique de rupture en plus de la crise du Covid pour bidouiller les chiffres .
Soyons honnêtes à 100% et courageux .

Je dirais :

: «  attention , pas de tentation à la triche « !
Le maintien des repères avant et après la crise est «  gage de transparence «  pour nous tous et toutes.
Qui est ce qui refuse la transparence? A qui ça arrange les intérêts et affaires
d’effacer les vrais valeurs des pays après Covid 19 ?

Je pense que les économistes du monde devraient se mettre une réalité en tête : «  arrêtez de faire porter toutes les dettes aux populations et de bidouiller les chiffres pour vos maîtres « 
Même un enfant de 5 ans : «  vous dirais ,
que ce n’est pas bien , ce que vous pensez faire « 
a écrit le 20/06/2020 à 4:50 :
Tout cela est bel et bon, mais ce qui est a prendre en compte c'est ce "qui sort, et qui rentre". Bref ce qui est fabrique et vendu vs ce qui est achete.
Vu les perf du commerce exterieur du pays, on n'est pas sorti de l'auberge.
a écrit le 19/06/2020 à 18:22 :
"vendeur de panneaux solaires" ?: Il n'en manque déjà pas, c'est l'overdose du harcèlement téléphonique/internet pour nous en faire acheter. Quant à une hypothétique rentabilité, c'est rideau de fumée, sans parler de leur qualité
a écrit le 19/06/2020 à 17:43 :
L’avantage des économistes c est qu ils ne sont jamais au pouvoir et donc ne peuvent jamais se tromper.
a écrit le 19/06/2020 à 15:34 :
En résumé : Débarrassons nous des Joseph Stiglitz, Piketti et consorts cela sera un bon début... :D
a écrit le 19/06/2020 à 15:31 :
En résumé : Débarrassons nous des Joseph Stiglitz, Piketti et consorts cela sera un bon début... :D
a écrit le 19/06/2020 à 13:56 :
Bien d'accord, et profitons en pour supprimer le nobel d'économie qui est une bouffonnerie.
a écrit le 19/06/2020 à 12:53 :
Attention, ne venez pas enfumer les français avec un référendum sur la convention citoyenne sur le thème des mesures écologiques, quand je vois les propositions sur l'alimentaire, qui propose de modifier le contenu de nos assiettes parce que cela représente une part importante des émissions de CO², il faut fortement les produits carnés et les remplacer par des fruits et légumes, cela me fait doucement sourire.Les français disposent encore d'un libre arbitre, nous ne sommes pas encore dans un régime totalitaire comme en Chine ou en Russie.
Je crains que nous repartions vers une longue période de palabres et d'élucubrations comme la séquence "Grand débat" après les gilets jaunes.
La France se situe en 19ème position en terme d' émissions de CO2 liées à l'énergie, avec 0,29 milliard de tonnes/an, loin derrière des pays comme la Chine 1er pollueur qui continue à mettre en place 2 centrales au charbon /mois.
Quand aux éoliennes dont on nous rebat l'efficience, les 8000 éoliennes de France n'ont couvert que 5,1 % de l'électricité consommée en 2018, loin, très loin de la production des centrales nucléaires : 72 %, l'hydraulique : 12,4%, le thermique 7,2%....
Ne nous trompons pas de priorité, les éoliennes ont une durée de vie de 20 à 25 ans, à la sortie pour le démantèlement, rien n'est prévu. Regardez du côté de l'Allemagne vous serez édifies.
a écrit le 19/06/2020 à 12:07 :
Comment "faire marcher" le monde si l'on supprime le PIB?
a écrit le 19/06/2020 à 12:05 :
c'est reparti
on fait une transition avec plein d'impots pour changer le comportement des gens, mais ceux qui ne pourront pas payer auront une subvention pour pouvoir polluer comme avant mais sans que ca coute rien!
bon, les panneaux solaires, c'est ecolo, comme les batteries; dans 10 ans il decouvrira que dans les batteries y a de l'acide et des metaux lourds, et que les recyclages sont penibles et couteux ( les allemands sont deja au courant); il decouvrira qu'il faut du courant par eolienne mais que les eoliennes tuent des milliards d'insectes tous les jours, alors il votera une loi qui passe a autre chose mais sans que ca coute rien a personne.......
le pib est un mauvais indicateurs certes, mais c'est un debut de quelque chose......au passage il oublie que quand on pollue en local on le paye en local, mais que quand on emet du co2 c'est tout le monde qui paye, donc ' c'est paye par personne', alors on voit mal comment il va integrer ca, il devrait revoir ses cours de meso economie, le nobel.........
quant aux lits d'hopitaux, il devrait aller passer un stage en entreprise pour comprendre un peu le management des operations, et le dimensionnement d'appareils; je pensait qu'un gars comme ca avait fait un peu de statistiques au dela de la premiere annee, et se doutait qu'ion ne prevoit pas pareil des accidents de voitures et des survenues de cyclones ( et pareil a l'hopital)
a écrit le 19/06/2020 à 11:55 :
Même en dehors des considerations sur les petites fleurs et les p'tits soizeaux. L'économetrie kuznetsienne ne mesure en fin de compte qu'une agitation brute sur l'année, et si on fait cette agitation en ayant des balances commerciales, des paiements et budgetaitres dans le rouge, a la fin de l'année le pays s'est appauvrit et endetté s'il a emprunté a l'exterieur ce qui oblige a faire toujours plus d'agitation pour maintenir ce satané pib. Quand au gag de l'irlance qui avait une croissance de 25% en 2015, rien que ça ça decredibilise le concept. Sans aller jusqu'a une comptabilité ""d'entreprise"" c'est a la fin de la foire qu'il faut compter les bouses, ça sert a rien de se demener ""pour le plaisir du chiffre""
a écrit le 19/06/2020 à 10:18 :
Soit le changement se fera par le haut mais vu comme ils sont idiots là haut on les voit mal capables de penser à nouveau, soit il se fera par le bas dans le chaos les médias de masse ne pouvant plus tenir des décennies à nous endormir et la police ne suffira pas à leur protéger les fesses tandis que l'armée ce n'est pas son métier de mater le peuple qu'il est censé défendre.

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