En ce soir d'avril, l'espoir renaît au QG de l'Aam Aadmi Party (AAP), « parti de l'homme ordinaire » en hindi. « Sanjay Singh, un des fondateurs de l'AAP, qui croupit en prison depuis six mois, explique Rajni Oberoi, 40 ans, présidente de la branche féminine de ce parti d'opposition, vient d'être innocenté par la Cour suprême, une des dernières institutions indépendantes du pays. »
L'AAP est né en 2012 d'un grand mouvement de révolte contre la corruption. Prônant une gouvernance éthique et des services publics pour tous, il s'empare en 2015 de la région capitale de Delhi et fait souffler un espoir de renouveau sur la démocratie. Sauf qu'en mars son fondateur iconique, Arvind Kejriwal, a été arrêté avec d'autres pour... corruption.
Parmi la centaine de militants fébriles rassemblés ce soir-là, on dénonce un procès politique de l'Enforcement Directorate. « Cette agence fiscale est aux ordres de Modi, mais les Indiens savent que l'AAP est un parti intègre », juge Charan, militant de 50 ans, alors que sur scène, sous les applaudissements, Sanjay Singh, libéré sous caution, appelle à lutter contre « la dictature du BJP ».
Depuis l'élection de Narendra Modi en 2014, l'Inde dégringole dans tous les classements mondiaux sur la démocratie et la liberté de la presse. Le gouvernement a beau affirmer que les institutions sont indépendantes, une part grandissante de la population en doute. 95 % des enquêtes de l'Enforcement Directorate ciblent ainsi des membres de l'opposition. Les ONG critiques sont aussi mises au pas alors que celles qui soutiennent le BJP ne sont pas inquiétées.