Inégalités : l'ONU tire la sonnette d'alarme

 |   |  985  mots
(Crédits : Reuters)
Dans leur dernier rapport, les experts du programme des nations unies pour le développement (PNUD) indiquent que "les inégalités dans la répartition de l’éducation, de la santé et des niveaux de vie empêchent les pays de progresser. Selon ces indicateurs, les inégalités expliquent une perte de progression du développement humain de 20 % en 2018".

Manifestations à Hong Kong, émeutes au Chili, mécontentements au Liban, colère des "gilets jaunes".....depuis plusieurs mois, des vents de révolte se manifestent partout sur la planète. Dans son dernier rapport publié ce lundi 9 décembre à l'occasion d'une conférence organisée à Bogota en Colombie, l'organisation des nations-unies tire la sonnette d'alarme sur les risques liés à l'aggravation des inégalités malgré des progrès incontestables sur la diminution de l'extrême pauvreté.

"Différents détonateurs poussent les populations à descendre dans la rue : le coût d'un billet de train, le prix de l'essence, les revendications politiques d'indépendance. Ces manifestations sont une nouvelle expression des inégalités et, comme le fait ressortir le rapport sur le développement humain, les inégalités ne sont pas sans solutions", déclare Achim Steiner, administrateur du programme des nations-unies pour le développement.

Des inégalités de développement humain persistantes

Dans sa dernière livraison, l'organisation internationale plaide pour une approche à plusieurs dimensions, sans se limiter aux écarts de revenus. Certaines disparités dès la naissance peuvent entraîner des désavantages tout long de la vie des individus. "Les revenus et la condition des parents ont une incidence sur la santé, l'éducation et les revenus de leurs enfants. Les gradients de santé, c'est-à-dire les disparités de santé entre les différents groupes socioéconomiques, commencent souvent avant la naissance et peuvent s'accumuler au moins jusqu'à l'âge adulte s'ils ne sont pas contrés" expliquent les auteurs du rapport. Les enfants nés dans les milieux modestes "ont plus tendance à avoir des problèmes de santé et un niveau d'instruction inférieur".

La persistance des inégalités peut également révéler des enjeux politiques et démocratiques majeurs à l'intérieur des Etats. Les écarts de revenus se traduisent régulièrement en inégalités politiques "notamment parce qu'elles inhibent la participation politique et laissent ainsi à des groupes particuliers une plus grande marge d'influence sur les décisions qui servent leurs intérêts".

Des inégalités de genre enracinées

Les auteurs du rapport dressent un constat accablant sur les inégalité de genre malgré les discours en faveur d'une plus grande parité. Pour l'institution internationale, "les disparités entre les hommes et les femmes font partie des formes d'inégalité les plus profondément enracinées dans le monde entier. Et parce qu'elles touchent la moitié de la population mondiale les inégalités de genre constituent l'un des principaux obstacles au développement humain".

> Lire aussi : Les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes s'aggravent avec l'ancienneté

Une inégale hausse des revenus en Europe

En dépit des difficultés à obtenir des données solides à l'échelle de la planète, les expert notent que les personnes au sommet de l'échelle de répartition des revenus en Europe ont été les principaux bénéficiaires de la hausse des revenus depuis le début des années 80.

ONU inégalités

L'urgence climatique

Le dérèglement climatique pourrait avoir des conséquences désastreuses sur les inégalités. Les experts pointent notamment la responsabilité des pays développés "qui émettent généralement plus de carbone par personne et leur empreinte écologique est plus large". Les changements climatiques devraient nuire "au développement humain d'une multitude de façons, outre les mauvaises récoltes et les catastrophes climatiques". Les spécialistes estiment que ces transformations pourraient provoquer la mort de 250.000 personnes supplémentaires chaque année en raison de la malnutrition, du paludisme ou encore du stress thermique entre 2030 et 2050.

L'enjeu déterminant des classes moyennes

Les réponses à apporter à ce type de défi dépendent du niveau de développement des pays. Pour les Etats membres de l'OCDE, les rapporteurs préconisent de s'intéresser à l'avenir des catégories intermédiaires. "Les membres de la classe moyenne ont le sentiment d'être peu à peu laissés pour compte en matière de revenus, de sécurité et d'accès à des services d'éducation et de soins de santé de qualité" soulignent ils. ll faut particulièrement veiller à ce que les politiques sociales "bénéficient à un grand nombre y compris aux classes moyennes". Dans les économies en développement, la priorité doit être de "consolider les politiques sociales pour des classes moyennes encore vulnérables".

> Lire aussi : En France, une classe moyenne sous tension selon l'OCDE

S'attaquer aux inégalités tout au long de la vie

Les auteurs du volumineux rapport, auquel a participé le laboratoire des inégalités mondiales, co-dirigé entre autres par le célèbre économiste Thomas Piketty, préconisent de s'attaquer aux inégalités dès la petite enfance.

"Les inégalités commencent même avant la naissance et peuvent s'accumuler jusqu'à l'âge adulte, exacerbées par des différences de santé et d'éducation. Par exemple, aux États-Unis, le vocabulaire des enfants de cadres est trois fois plus riche que celui des enfants de familles dépendant des prestations sociales, ce qui retentit sur leurs résultats aux tests ultérieurs" résument-ils.

S'agissant de la population active, l'organisation dont le siège est à New-York, recommande de mettre en place des politiques améliorant la productivité des personnes. "Les pays dont la population active est plus productive affichent généralement une moins forte concentration de richesses au sommet de l'échelle de répartition des revenus grâce, par exemple, à des politiques qui accordent plus de pouvoir aux syndicats, fixent un salaire minimum approprié, facilitent le passage de l'économie informelle à l'économie formelle". En clair, l'institution internationale explique que si les disparités demeurent bien établies, les solutions dépendent d'un rééquilibrage des rapports de force au sein des institutions et des systèmes économiques.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/12/2019 à 8:39 :
Après le climat la paupérisation généralisée, étrange, les états unis subventionnent moins cette institution et tout d'un coup la voilà qui devient pertinente mais de ce fait alarmiste puisque les dégâts engendrée par la cupidité des classes dirigeantes est hallucinante.

Mais ils ont foutu quoi avant ? Ne se posent ils pas la question de savoir pourquoi on passe du silence total à l'alerte générale ?

Que les peuples se réveillent, grâce à internet, semble logique, baignés en permanence dans le silence médiatique le plus totale ne se contentant de nous informer que de nouvelles biaisés ou bien sans intérêt, mais eux le savaient bien avant internet non ?
a écrit le 09/12/2019 à 6:21 :
Les inégalités ont toujours existé, existeront toujours, et n'ont jamais été un problème. Le seul problème, c'est l'appauvrissement générale de la population, mais ça, l'ONU est trop bien pensante pour le dire crûment.
Réponse de le 09/12/2019 à 9:06 :
Bien sûr, elles ont toujours existé mais il est certain qu'elles s'amplifient, et ce pour pour beaucoup de raisons: le développement d'un business ne se fait plus sur un marché local, mais mondial aujourd'hui, et donc les grandes fortunes deviennent très grandes. Puis, sans parler de cette minorité, c'est au sein de leurs "familles" intellectuelles, culturelles, et d'éducations, que les gens font des enfants, qui de facto, pour certains, cumulent les "avantages": naitre avec une bonne tête et des capacités intellectuelles développées (la génétique n'en déplaise à certains à ses Lois), recevoir une bonne éducation (apprendre, et apprendre à travailler), voir son développement à l'image de celui de son milieu (un fils d'entrepreneur voudra entreprendre), et, même si l'argent n'est plus facteur limitant (la naissance de Microsoft (1975) dans le garage de Bill Gates), il est utile pour relativiser le risque du développement d'une entreprise.. Dès lors, tout concourt à l'exacerbation des inégalités. Rien ne changera cela, puisque les plus actifs sont aussi mobiles. La question in fine est de savoir si cela est une atteinte aux standards de vie des plus démunis (la courbe de l'éléphant).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :