Japon : le casse-tête de la hausse de la TVA

 |   |  753  mots
(Crédits : Yuya Shino)
La hausse de 8 à 10% de la TVA au Japon inquiète les économistes sur son impact sur la consommation. Des mesures compensatoires complexes sont prévues.

Le Japon va-t-il éviter de retomber en récession dans la foulée d'une hausse de sa taxe sur la consommation mardi? Après s'être beaucoup inquiétés, la plupart des économistes estiment désormais que l'amère pilule devrait mieux passer que les fois précédentes. Ces dernières semaines, gouvernement, analystes et médias locaux ont abondamment scruté la consommation des ménages, guettant les signes d'une éventuelle fièvre acheteuse avant la date fatidique. Car un mouvement de panique pouvait augurer un plongeon des emplettes par la suite, comme en 2014 lors du dernier relèvement de cet équivalent de la TVA française.

Mais la consommation des ménages n'a augmenté que de 0,8% sur un an en juillet, sa plus faible progression depuis le début de l'année, selon les dernières données complètes disponibles, publiées début septembre. Des magasins de meubles ou d'électronique ont certes vu leurs ventes bondir ces dernières semaines, mais le marché automobile nippon ne s'est pas emballé.

"Contrairement aux anticipations, il y a peu de signes d'une hausse significative des dépenses des consommateurs avant la hausse de la taxe" qui va passer de 8% à 10% pour la plupart des produits, déclare à l'AFP Shahana Mukherjee, économiste de Moody's Analytics. "Cela renforce l'idée que les consommateurs ont déjà intégré la hausse de la taxe dans leurs attentes, et qu'il y a moins de risque d'un bouleversement de la consommation" par la suite, estime-t-elle.

La TVA, une allergie japonaise

La croissance nippone est toutefois fragile: elle a ralenti à 0,3% au deuxième trimestre (contre 0,5% en début d'année), pénalisée par son moteur habituel, les exportations, victimes de la dégradation de la conjoncture mondiale.

"La hausse de la taxe sur la consommation ça m'inquiète, parce que je vais partir à la retraite à la fin du mois et que ma pension n'est pas très élevée", confie à l'AFP Mayumi Susami, une Tokyoïte de 65 ans croisée cette semaine devant un grand magasin d'électronique.

Les Japonais ont été très sensibles par le passé au relèvement de cet impôt, instauré en 1989 à hauteur de 3% dans le but d'assainir les finances publiques. A chacune de ses deux précédentes augmentations (5% en 1997, puis 8% en 2014), le pays avait sombré en récession.

Car "au Japon les salaires n'ont pratiquement pas augmenté pendant vingt ans" dans le contexte longtemps déflationniste du pays, et leur progression aujourd'hui reste mesurée. Aussi toute hausse de TVA implique "une réduction directe du pouvoir d'achat" rappelle à l'AFP Martin Schulz, économiste du Fujitsu Research Institute.

Beaucoup de commerces nippons préfèrent mettre en avant leurs prix avant TVA dans leurs rayons, avec le prix après TVA mentionné à côté en petit, "comme pour dire: +C'est pas nous, c'est le méchant gouvernement+", souligne-t-il.

Remboursement partiel de la hausse sous forme de points

Le taux de TVA au Japon reste l'un des plus faibles parmi les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), où la moyenne était de 19,3% en 2018. Mais des taxes indirectes, sur les produits importés notamment, alourdissent la facture des ménages nippons.

Echaudé par le précédent de 2014, le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe avait ensuite reporté par deux fois une nouvelle hausse de TVA. Tout en la jugeant inévitable, vu le niveau abyssal de la dette publique du pays (226% du produit intérieur brut en 2018) et le coût de plus en plus élevé de la protection sociale en raison du fort vieillissement de la population.

Tokyo a prévu cette fois un paquet de mesures pour amortir le choc, d'un coût total dépassant 2.000 milliards de yens (17 milliards d'euros), incluant des mécanismes incitatifs à l'achat de voitures et de logements, des aides pour les foyers à revenus modestes et avec enfants en bas âge.

Par ailleurs la TVA sera maintenue à 8% pour l'alimentation en général, et un système de remboursement partiel de la hausse sous forme de points est aussi prévu jusqu'en juin 2020, uniquement pour les paiements sans espèces et dans certains petits commerces.

Le gouvernement a prévu d'allouer les recettes de la taxe au financement de l'éducation gratuite pour les enfants de 3 à 5 ans et à l'amélioration du système de sécurité sociale. Même si dans un premier temps, le coût des mesures compensatoires devrait nettement limiter l'apport du relèvement de cet impôt.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/09/2019 à 12:22 :
les Japonais n'ont qu'à débarquer en France où la TVA est nettement plus élevée mais son recouvrement partiellement assuré. C'est un impôt indolore et totalement injuste inventé en France, mais repris par quasiment tous les états.
Quelques uns de nos compatriotes voudraient la suppression celle ci sur les objets de première nécessité soit une baisse de 5.5 % à 0%. Ont ils calculé combien cela leur mettrait en plus dans le portefeuille à la fin du mois quand le billet de train varie du simple au double en deux heures , de même pour le prix du carburant.
a écrit le 30/09/2019 à 9:13 :
"au Japon les salaires n'ont pratiquement pas augmenté pendant vingt ans"

Dumping fiscal, dumping social, les oligarchies financières mondiales ont anéanti l'économie réelle, ils ne redistribuent même plus les miettes car plus on possède et plus on est possédé.
a écrit le 29/09/2019 à 17:08 :
Mais c'est très bien, la récession, c'est écologique. Tant mieux si la hausse de la TVA amène de la récession. Tant mieux si la consommation des ménages n'augmente pas.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :