Au lendemain d'une prise de parole d'un haut responsable de Pékin, affirmant une nouvelle fois vouloir une « réunification complète » avec Taïwan, le président de l'île a mis en garde, ce mercredi, contre « l'autoritarisme croissant de la Chine » qui « ne s'arrêtera pas à l'île ».
[Article publié le 21 août 2024 à 10h38, mis à jour à 12h59] S'exprimant lors du forum annuel Ketagalan sur « la sécurité indo-pacifique » à Taipei, Lai Ching-te a déclaré que Taïwan n'est pas « la seule cible » de Pékin, évoquant les manœuvres conjointes de Pékin avec la Russie en mer de Chine méridionale, dans le Pacifique occidental et en mer du Japon.
«La Chine a l'intention de modifier l'ordre international fondé sur des règles. C'est pourquoi les pays démocratiques doivent s'unir et prendre des mesures concrètes. Ce n'est qu'en travaillant ensemble que nous pourrons freiner l'expansion de l'autoritarisme», a-t-il poursuivi.
La mer de Chine et le Pacifique occidental au coeur de la crise
Ces dernières années, Pékin a intensifié ses pressions militaires et politiques sur Taïwan et organisé des exercices militaires, encerclant l'île avec des avions de chasse et des navires de guerre, quelques jours après l'investiture de Lai Ching-te. L'armée taïwanaise fait état quasi-quotidiennement de la présence de navires de guerre chinois dans ses eaux et d'avions de chasse et de drones autour de l'île.
«Taïwan ne se laissera pas intimider. Nous prendrons la responsabilité de maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan», a-t-il estimé.
Pour rappel, Lai Ching-te, investi en mai dernier, est considéré comme un « dangereux séparatiste » par la Chine en raison de sa ferme politique en faveur de la souveraineté de Taïwan. Depuis, ce dernier a, à plusieurs reprises, proposé à Pékin de renouer le dialogue qui avait été rompu après l'arrivée au pouvoir en 2016 de Tsai Ing-wen en 2016. Il les a réitérées mercredi.
«Sous condition de parité et de dignité, nous sommes prêts à mener des échanges et à coopérer avec la Chine», a-t-il affirmé.
Pékin plus que jamais déterminé à reconquérir Taïwan
Le son de cloche est cependant très différent sur le continent. Le ministère chinois des Affaires étrangères a répondu ce mercredi à ces propos, une porte-parole Mao Ning insistant sur le fait que Taïwan est « une partie inaliénable du territoire chinois » et a accusé le Parti démocrate progressiste (DPP) de Lai Ching-te d'induire la population en erreur.
« Quoi qu'ils disent ou fassent, ils ne peuvent pas changer le fait que les deux côtés du détroit de Taïwan appartiennent à une seule Chine, et ils ne peuvent pas non plus arrêter la tendance historique (qui est) la réunification de la Chine », a-t-elle lors d'une conférence de presse régulière.
Mardi, Shi Taifeng, le chef du Département du Front uni du travail (UFWD), a déclaré que la Chine est confiante dans le fait qu'il y aura une « réunification complète » avec Taïwan au cours d'une conférence à Hong Kong.
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Plus de 1.200 responsables politiques et personnalités prochinoises du continent, de Hong Kong, de Taïwan et d'outre-mer ont participé à cette réunion annuelle intitulée « Promouvoir la réunification pacifique de la Chine », qui s'est pour la première fois en 14 ans déroulée dans l'ancienne colonie britannique, selon ses organisateurs. L'UFWD, qui a organisé cette rencontre, est chargé de dialoguer avec les minorités ethniques, les groupes religieux et les Chinois d'outre-mer sur les questions liées à Hong Kong, à Macao, au Tibet, au Xinjiang et à Taïwan.
Dans son discours, le haut responsable a averti que la situation actuelle dans le détroit de Taïwan était « grave et complexe », en rendant responsables le gouvernement du nouveau président taïwanais Lai Ching-te et son Parti démocrate progressiste, qui « incitent sans raison à la confrontation entre les deux rives ».
«Mais le temps et les événements jouent toujours en faveur de ceux qui prônent la réunification nationale», a-t-il estimé.«Nous devons (...) maintenir notre esprit combatif, oser assumer nos responsabilités et (...) toujours rester vigilants face aux faits et gestes des forces indépendantistes taïwanaises et des forces d'ingérence extérieures», a martelé Shi Taifeng.
Les Etats-Unis, soutien de poids
Ces messages de Pékin inquiètent notamment les Etats-Unis. Fin juillet, lors d'un entretien qualifié d'« ouvert et constructif » avec son homologue chinois Wang Yi, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a fait part de ses inquiétudes sur les « actions provocatrices » de la Chine autour de Taïwan.
Par ailleurs, le chef de la diplomatie américaine a fait part des « préoccupations des États-Unis concernant les actions provocatrices menées récemment par la Chine, notamment une simulation de blocus au moment de l'investiture » du président taïwanais Lai Ching-te, a déclaré le haut responsable américain.
Pour permettre à l'île de se défendre en cas d'offensive chinoise, l'Agence américaine pour la coopération en matière de défense (DSCA) a annoncé, début juin, deux contrats qui portent essentiellement sur des pièces de rechange de F-16, pour un montant total de 300 millions de dollars américains au total (près de 276 millions d'euros). L'agence, rattachée au ministère de la Défense des Etats-Unis, a pour mission de fournir une assistance financière aux alliés et partenaires militaires des États-Unis.
Si Washington reconnaît Pékin au détriment de Taipei comme pouvoir légitime depuis 1979, les Etats-Unis restent l'allié le plus puissant de l'île et son principal fournisseur d'armes. Washington maintient historiquement une politique d'« ambiguïté stratégique » à propos d'une éventuelle intervention militaire américaine si Taïwan était attaqué par la Chine. Le président américain Joe Biden a lui-même indiqué qu'il n'était pas favorable à l'indépendance de Taïwan, mais qu'il était prêt à défendre militairement l'île si nécessaire.
Le Congrès américain a adopté fin avril une enveloppe d'assistance militaire de huit milliards de dollars pour Taïwan. La Chine avait averti le lendemain que ce soutien militaire ne faisait qu'accroître le « risque de conflit ».