"Le Brexit n'est pas un risque politique qui peut déboucher sur une crise systémique"

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Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Banque.
Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Banque. (Crédits : DR)
Suite au rejet, mardi 15 janvier, de l'accord sur le Brexit longuement négocié entre Londres et Bruxelles, les réactions des marchés ont été globalement favorables selon Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque. Les investisseurs avaient anticipé le résultat du scrutin. En revanche, l'économiste prévoit un net essoufflement de l'activité britannique cette année.

Les députés britanniques ont largement rejeté, mardi 15 janvier au soir, l'accord sur le Brexit ardemment négocié entre le gouvernement britannique et l'Union européenne, pendant de longs mois, par 432 voix contre 202. Pour La Tribune, Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Banque, revient sur les répercussions économiques au Royaume-Uni d'un tel revers pour la Première ministre Theresa May qui se retrouve dans une véritable impasse après plusieurs mois d'âpres négociations.

LA TRIBUNE - Quelles sont les répercussions de la décision du parlement britannique sur la livre sterling ?

Christopher Dembik - Il y a d'abord eu de la volatilité sur la livre sterling. Ce qui est une réaction normale suite au vote avant un resserrement monétaire rapide. Outre les spéculations, cette hausse assez rapide de la livre sterling à la suite d'un tel scrutin peut être liée au fait que les investisseurs avaient anticipé le rejet du parlement britannique. L'incertitude concernait surtout le nombre de voix qui manquerait à Theresa May. Au final, l'accord de divorce avec l'Union européenne présenté par la Première ministre a été rejeté, mardi, avec 230 voix d'écart au parlement britannique. Les réactions des marchés ont été globalement plutôt positives. Pour la devise britannique, c'est une relative "bonne surprise" sachant qu'une grande partie de l'échec était déjà intégré.

Quelles peuvent être les conséquences sur l'inflation ?

Elle commence à se tasser après une année 2018 avec un très haut niveau d'inflation. Elle devrait encore ralentir. Dans les prochaines semaines, nous anticipons une relative stabilité de la livre sterling. La grande part de la baisse de l'inflation relative au référendum est derrière nous. La confiance chez les investisseurs sur l'issue politique de ce Brexit peut nous amener à penser que la livre sterling ne devrait pas chuter à court ou moyen terme.

Comment les marchés boursiers ont-ils réagi ?

Les marchés boursiers ont relativement bien réagi. Au moment du vote du Brexit en juin 2016, l'indice Dow Jones avait enregistré 100 points de perte dans les jours qui avaient suivi. Aujourd'hui, l'indice américain reste en territoire positif. Cela indique que tout le monde s'attendait à un tel résultat et que les investisseurs considèrent que le Brexit n'est pas un risque politique qui peut déboucher sur une crise systémique. Il y a une forme de contingentement autour du Royaume-Uni. Les aléas politiques relatifs au Brexit n'ont pas un impact sur l'ensemble des marchés financiers. On a observé une situation similaire en Grèce lorsqu'elle commençait à sortir de la crise. Les marchés financiers s'intéressaient peu à ce qu'il se passait en Grèce.

La confiance des consommateurs risque-t-elle encore de se dégrader ?

Outre l'incertitude, la croissance britannique était en baisse tout en restant solide en 2018. Elle a été supérieure à la croissance potentielle grâce aux Britanniques qui ont puisé dans leur épargne. Cela a stimulé l'économie outre-Manche. Aujourd'hui, après avoir puisé dans leur épargne, cette dernière est en forte baisse.

L'épargne devient un facteur à observer étant donné les incertitudes qui entourent l'issue politique des négociations sur le Brexit. Pour le consommateur britannique, la situation se détériore de plus en plus. Il faut s'attendre à une baisse des ventes au détail ou même des indicateurs avancés de l'économie britannique comme les ventes automobiles qui devraient encore baisser.

Quels sont les scénarios envisageables à moyen terme ?

Il existe encore une multitude de scénarios. Celui qui comporte le moins d'incertitude est qu'il y aura à minima, peu importe ce qu'il va se passer dans les prochains jours au Parlement européen, une extension de l'article 50 du traité de Lisbonne (l'article 50 du traité de Lisbonne prévoit que "tout Etat membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union" et fixe un délai de deux ans pour négocier les modalités du divorce, d'où la date du Brexit fixée au 29 mars 2019).

Cela signifie que le Royaume-Uni va franchir la date du 29 mars sans accord mais le maintien des relations commerciales, avec l'absence de tarifs douaniers, va subsister et certainement beaucoup plus longtemps que prévu. Cela devrait permettre au Royaume-Uni de trouver une issue possible avec un nouveau référendum ou des élections législatives anticipées.

Quel pourrait être l'enjeu dans la perspective des élections européennes ?

Cela ne semble pas être un enjeu déterminant du côté britannique. Le processus du Brexit est acté. Il faut que le Royaume-Uni trouve avant tout une issue politique interne. Je ne pense pas que les élections européennes soient un réel sujet à Londres. Même en Europe continentale, le sujet du Brexit ne rentre pas vraiment dans les débats sur les élections européennes.

Quel pourrait être l'impact économique pour le Royaume-Uni et l'Union européenne à moyen terme ?

Pour l'instant, il y a très  peu de visibilité. Au niveau des indicateurs avancés que sont les ventes automobiles ou certains outils de l'OCDE, il faut s'attendre à une croissance qui va être en net ralentissement du côte britannique. Ce coup de frein pourrait être accentué par le ralentissement économique mondial ou la guerre commerciale qui devraient frapper également le Royaume-Uni. Nous ne prévoyons pas de scénario de récession mais on s'attend à une croissance qui devrait se situer en deça de son niveau potentiel.

> Lire aussi : Défaite de Theresa May : l'accord de Brexit rejeté à une large majorité par le Parlement

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Commentaires
a écrit le 17/01/2019 à 12:32 :
"Nous ne prévoyons pas de scénario de récession"

Quoi !? Toujours pas ?

Pourtant depuis 3 ans, depuis la décision du référendum donc, nos curés néolibéraux européens ne font que nous annoncer la fin du monde pour le RU.

Ça traine !

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