Taux : la Fed pourrait frapper encore deux fois cette année pour endiguer l'inflation

Le président de la banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, a évoqué jeudi la possibilité de relever les taux encore à deux reprises d'ici la fin de l'année.
Jerome Powell ne compte pas assouplir sa politique monétaire tant que l'inflation ne sera pas redescendue à 2%.
Jerome Powell ne compte pas assouplir sa politique monétaire tant que l'inflation ne sera pas redescendue à 2%. (Crédits : KEVIN LAMARQUE)

La politique monétaire de la Réserve fédérale américaine est passée au crible par les élus américains. Convoqué jeudi pour s'exprimer devant une commission du Sénat, le président de la Fed, Jerome Powell, a détaillé son plan pour lutter contre l'inflation dans les prochains mois. « Une forte majorité (des responsables de la Fed) estime qu'il sera à nouveau approprié, en supposant que l'économie se comporte comme prévu, (de relever les taux) deux fois avant la fin de cette année », a-t-il lâché devant les sénateurs. Pour rappel, la prochaine réunion de la Fed aura lieu les 25 et 26 juillet.

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Jerome Powell avait déjà été interrogé mercredi par des élus de la Chambre des représentants. « Nous sommes déterminés à maîtriser l'inflation et une forte majorité du comité monétaire estime que nous en sommes proches, mais il faut encore relever un peu les taux », a-t-il précisé. Comme la veille, il a cependant estimé que ces relèvements supplémentaires devront se faire à un rythme moins rapide qu'auparavant.  Si l'inflation a fortement ralenti en mai aux États-Unis, à +4,0% sur un an, contre +4,9% un mois plus tôt, elle est encore loin de l'objectif de 2% porté par la Fed.

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Dans cette optique « la Fed a réalisé la remontée des taux la plus rapide et violente de son histoire », rappelle Raphaël Thuin, directeur des stratégies de marchés de capitaux chez Tikehau Capital. Pour mémoire, alors que les taux s'établissaient autour de 0% à l'hiver 2022, la Fed les a fortement remontés avant de les laisser inchangés entre 5% et 5,25% en juin. Mais Jerome Powell a signalé qu'ils pourraient remonter à 5,6 % d'ici la fin de l'année si l'économie et l'inflation ne ralentissent pas davantage. « En termes de prévisions de marché, une hausse de 25 points de base en août est considérée à 76 % et de 50 points de base à 24 % avec un terminal atteignant 6 % en décembre. La première baisse de taux n'est pas entièrement prise en compte avant septembre 2024 », explique dans une note John Plassard, directeur chez la banque Mirabaud.

La gouverneure Michelle Browman se prononce aussi pour de nouvelles hausses de taux

Comme Jerome Powell, la gouverneure Michelle Bowman, a, elle aussi, jugé « que des hausses supplémentaires des taux seront nécessaires pour ramener l'inflation à notre objectif » de 2%, lors d'une conférence organisée par l'antenne régionale de Cleveland de la Fed, jeudi. Elle a précisé avoir « soutenu » la décision de la Fed le 14 juin, de laisser les taux dans leur fourchette de 5,00-5,25%, marquant une pause pour la première fois depuis mars 2022, après 10 hausses d'affilée.

« Je m'attends à ce que nous devions augmenter davantage le taux afin de parvenir à une position suffisamment restrictive de politique monétaire pour faire baisser l'inflation de manière significative et durable », a-t-elle ajouté. Michelle Bowman n'a cependant pas précisé jusqu'où elle juge nécessaire de faire grimper le taux directeur.

La banque centrale européenne encore plus dure que la Fed

Côté européen, les choses ne sont pas mieux, loin de là. « L'inflation globale en euros a chuté rapidement et de manière significative, passant de 10,6 % en octobre, à 6,1 % en mai, mais la majeure partie de la baisse est due aux prix de l'énergie », rappelle dans une note Patrick Barbe, responsable des obligations Europe pour Neuberger Berman. Résultat, pour ramener l'inflation à 2%, la Banque centrale européenne a annoncé une hausse de 25 points de base de ces taux directeurs ce jeudi 15 juin. Il s'agit de la huitième hausse d'affilée qui amène les taux sur une fourchette entre 3,5% et 4%. La BCE étant en retard de quelques mois sur sa lutte contre l'inflation par rapport à la Fed, elle n'a pas décrété de pause sur sa hausse des taux en juin.

L'inflation sous-jacente tenace empêche une détente des taux

Si les banques centrales américaines et européennes affichent toujours un discours dur et volontariste sur leurs objectifs d'inflation et les moyens qu'ils vont utiliser pour y parvenir, c'est parce que cette dernière ne redescend pas autant que prévu. « Bien que le resserrement de la politique monétaire ait eu un certain effet sur l'activité économique et l'inflation à ce jour, nous avons vu l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) stagner depuis l'automne 2022 », a relevé la gouverneure.

L'explication est en réalité simple. Raphaël Thuin explique que « l'inflation sous-jacente est bien plus collante et difficile à résorber que l'inflation provenant des prix des matières premières ». Cette hausse des prix surtout centrée sur les services vient en effet de la hausse des salaires qu'il est difficile de stopper dans un marché de l'emploi tendu comme sur le Vieux continent ou aux Etats-Unis.

De l'autre côté, une politique monétaire trop restrictive, pendant trop longtemps, pourrait plomber l'économie. « Avec le risque de récession, les bourses européennes et américaines pourraient un peu baisser au deuxième semestre 2023 », prévient Alexandre Baradez, responsable analyses marchés chez le courtier IG France

La Fed veut durcir la règlementation bancaire pour éviter une nouvelle crise

Lors de son audition, Jerome Powell a par ailleurs évoqué l'évolution de la règlementation bancaire, qui s'accélère après la crise qui agite le secteur depuis la chute de la Silicon Valley Bank début mars. Il s'est notamment exprimé sur les exigences de fonds propres des banques, c'est-à-dire les liquidités dont la banque doit disposer à tout instant pour faire face aux risques et imprévus, qui pourraient être accrues. « Rien de tout cela ne devrait affecter », les plus petites banques, a assuré le président de la Fed.

Le paysage bancaire américain est composé, aux côtés des grands établissements, d'une multitude de petites banques locales ou régionales, les banques de proximité. « Bâle III », vaste éventail de réformes internationales du secteur bancaire, a été engagé après la crise financière de 2008-2009 afin de renforcer la solidité des banques. De nombreuses mesures ont été prises mais certaines réformes doivent encore être finalisées, tout particulièrement aux Etats-Unis.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 23/06/2023 à 17:29
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« la Fed a réalisé la remontée des taux la plus rapide et violente de son histoire » : C'est bien la preuve que cette remontée des taux est intervenue deux ans trop tard

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