La BCE continue d'augmenter les taux pour lutter contre l'inflation

Bien que pratiquement arrivé à son pic, selon de nombreux analystes, la dynamique de hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne continue toujours. Ce jeudi 15 juin, sa présidente Christine Lagarde a annoncé une hausse de 25 points de base en juin, établissant sa fourchette de taux entre 3,5% et 4%, alors même que son homologue américaine a annoncé la veille des taux inchangés. Mais ce durcissement de politique monétaire, destiné à juguler l’inflation, fait craindre une contraction de l’économie, mauvaise pour les entreprises et les ménages.
(Crédits : KAI PFAFFENBACH)

Christine Lagarde maintient le cap. Pour ramener l'inflation à 2%, la Banque centrale européenne a annoncé une hausse de 25 points de base de ces taux directeurs ce jeudi 15 juin. Il s'agit de la huitième hausse d'affilée qui amène les taux sur une fourchette entre 3,5% et 4%. Une annonce, sans surprise, qui a légèrement fait baisser le Cac40 de 0,85% à 14h30, à 7.266 points.

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A l'origine de cette décision de l'institution de Francfort : une inflation qui peine à redescendre. « L'inflation ralentit, mais devrait rester trop forte pendant une trop longue période », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

« L'inflation globale en euros a chuté rapidement et de manière significative, passant de 10,6 % en octobre, à 6,1 % en mai, mais la majeure partie de la baisse est due aux prix de l'énergie », rappelle dans une note Patrick Barbe, responsable des obligations Europe pour Neuberger Berman

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Néanmoins, le ralentissement de la demande (censé tirer les prix vers le bas) commence à se faire ressentir. « La semaine dernière, la révision à la baisse du PIB en euros à - 0,1% pour le premier trimestre 2023 a confirmé la faiblesse de l'activité manufacturière et des ventes au détail, montrant finalement que l'activité de la zone euro a connu une récession durant l'hiver », nuance le financier.

Le travail de la BCE n'est pas terminé

Les choses bougent, donc, et ce en grande partie grâce à la politique monétaire restrictive de la BCE.

Et si Christine Lagarde a annoncé ce jeudi que « il est très probable que nous continuerons à augmenter nos taux en juillet », la banque centrale pourrait changer d'avis à partir d'août. Ainsi, concernant les prochaines réunions de l'institution, « l'approche restera dépendante des données, avec la possibilité de suspendre les hausses de taux après juillet », estime dans une note, François Rimieu, stratégiste sénior de la Française AM qui anticipe un pic de hausse des taux dans les prochains mois. Mais les taux directeurs de la BCE risquent de rester en territoire restrictif pendant une longue période, en attendant que l'inflation sous-jacente, qui concerne les hausses de salaire et des prix des services qui continuent de monter, soit définitivement jugulée.

Et pour cause, en ce qui concerne l'inflation, « les marchés ne semblent pas convaincus que le travail de la BCE soit terminé », ajoute Patrick Barbe qui anticipe une probable résistance de l'inflation dans les prochains mois. Certains économistes craignent en effet que ne s'installe une boucle prix-salaire qui empêcherait l'inflation de revenir à des niveaux de 2%, comme le souhaite l'institution de Francfort.

Selon les perspectives publiées par la BCE, ce jeudi, l'inflation devrait atteindre 5,4% en 2023, contre 5,3% prévu en mars, puis 3,0% en 2024 et 2,2% en 2025. La croissance du PIB est attendue à 0,9% cette année, contre 1,0% prévu auparavant, puis 1,5% en 2024 et 1,6% en 2025.

La crainte d'une récession plus forte que prévu

Pour nombre d'observateurs, l'obsession de la banque centrale pour l'inflation est cependant dangereuse et risque de faire tomber les économies européennes dans une récession forte. La principale raison qui explique cette crainte d'un choc sur l'économie est la rapidité de la remontée des taux. « Ce qui frappe par ailleurs, c'est le resserrement dans le temps des cycles monétaires. Si on regarde du côté de la BCE, le cycle de la hausse des taux a été annoncé au deuxième semestre 2022, puis initié en septembre 2022, avec une vigueur historique. Alors qu'auparavant ces cycles monétaires s'étalaient sur plusieurs années, on disserte ici de la fin d'un cycle initié il y a moins d'un an », commente Mathieu Gosselin, Associé Services Financiers chez Bartle.

Et ce coup de frein sur l'économie pourrait avoir des conséquences inquiétantes sur les entreprises françaises selon Geoffroy Roux de Bézieu. « Techniquement, la France ne sera pas en récession mais certains signaux montrent que l'on s'en approche. Par ailleurs, beaucoup d'entreprises commencent à être rattrapées par les remboursements des prêts (PGE) contractés pour surmonter la période du COVID. Alors que j'ai toujours été plus optimiste que les prévisions durant les trois dernières années, j'ai des retours de terrain très différents en fonction de mes interlocuteurs. Ce qui m'incite à la prudence », a-t-il lâché dans un entretien accordé à La Tribune.

Lire aussi« Il faut des textes clairs pour embaucher davantage de travailleurs étrangers sans être instrumentalisés » (Geoffroy Roux de Bézieux, Medef)

La Fed en avance sur la BCE

A l'inverse de la BCE, la Réserve fédérale américaine (FED) a maintenu ses taux inchangés entre 5% et 5,25% lors de sa réunion du 14 juin. Et pour cause, les Etats-Unis sont en avance, par rapport à l'Europe, dans leur lutte contre l'inflation. Celle-ci a fortement ralenti en mai aux États-Unis, à +4,0% sur un an contre +4,9% un mois plus tôt. C'est d'ailleurs son plus bas niveau depuis mars 2021, dernier mois avant que les prix ne se mettent à flamber. Pour rassurer les marchés et les entreprises et éviter une forte contraction de l'économie, Jerome Powell, le président de la Fed, a décidé de faire une pause temporaire. Mais attention, « les responsables de la Fed s'attendent à ce que les taux augmentent jusqu'à la fin de l'année », explique dans une note Callie Cox, analyste de marchés américains chez eToro qui s'inquiète de la réaction des marchés en cas de reprise de la hausse.

Sur le moyen terme donc, les deux banques centrales sont sur la même longueur d'onde et font passer la lutte contre l'inflation avant tout et restent confiantes sur le futur. « Powell et ses collaborateurs pensent que l'économie peut supporter des taux élevés pendant une période prolongée, ce qui ne serait pas le cas s'ils craignaient une récession », ajoute Callie Cox. Les entreprises et les ménages américains peuvent donc dormir plus sereinement que leurs homologues européens, pour le moment.

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Commentaires 9
à écrit le 16/06/2023 à 7:19
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Cette BCE passe d´un extrême à l´autre : il y a 2 ans, le but des taux négatifs était de contraindre les épargnants à dépenser : on a vu les conséquences, comme cette inflation très élevée, qui en réalité à tout simplement appauvri une très grande pa...

à écrit le 16/06/2023 à 5:28
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Tout se passe comme prevu. La Russie est a genoux et l'europe a la ramasse. C'est loin d'etre fini. 4 ans c'est assez long......

à écrit le 15/06/2023 à 16:12
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Augmentation des taux = Moins de mise en circulation = Plus d'argent off-shore remise en circulation pour compenser ! ;-)

à écrit le 15/06/2023 à 15:13
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Un rapport de force entre les marchés financiers et les États dont seules les classes productrices sont victimes. Notons quand même que les politiques sont moins aveugles que les financiers ce qui est logique puisque plus exposés et que malgré tout i...

à écrit le 15/06/2023 à 15:00
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Le deuxième tour salarial ayant commencé avec des hausses de salaires delirantes y a encore du boulot... les rentiers de la république ont eu les grasses augmentations, les sans dents du privé auront le chômage dans la tolérance de gauche

le 15/06/2023 à 18:31
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Je ne vois pas ce que la gauche à avoir avec les décisions de la BCE. La politique économique et les institutions de l’UE comme leurs objectifs sont issus de la pensée néolibérale.

le 15/06/2023 à 19:31
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Je ne sais pas si vous avez remarqué : ce n'est pas précisément la gauche qui est au pouvoir. En fait, la plus grosse difficulté est de mettre au travail la médiocratie qui nous gouverne, et dont ce n'est jamais la faute...Et qui a soigneusement dét...

le 15/06/2023 à 22:38
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3,5 %en 2022 et 1,5 %en 2023 avec Une inflation à 6 puis certainement 5 cette année après 10 de gel de salaire je vois pas où est le privilège du public… d ailleurs les nouvelles générations l ont bien compris puisqu’ on recrute au capes de math et s...

le 15/06/2023 à 22:38
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3,5 %en 2022 et 1,5 %en 2023 avec Une inflation à 6 puis certainement 5 cette année après 8- 10 ans de gel de salaire je vois pas où est le privilège du public… d ailleurs les nouvelles générations l ont bien compris puisqu’ on recrute au capes de ma...

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