La hausse des salaires n'accélère pas l'inflation
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« Nous ne sommes pas dans une économie administrée », répondait à la fin du mois dernier, Emmanuel Macron, à ceux qui réclamaient une indexation des salaires sur l'inflation (+6,2% sur un an en octobre). Le président justifiait son refus en avançant qu'une telle mesure était de nature à « entretenir la hausse des prix » et créer « une boucle qui ne s'arrête plus », la fameuse « spirale salaire-prix ». En juillet déjà, annonçant le premier relèvement des taux directeurs après huit années de taux négatifs, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), indiquait veiller à éviter que s'enclenche « une spirale salaire-prix, comparable à celles qui, par le passé, ont conduit à une inflation incontrôlable ».
Cette crainte d'un tel phénomène est-elle fondée ? A première vue, oui. Une hausse générale des prix augmente le coût de la vie et réduit le pouvoir d'achat des ménages qui en retour demandent une augmentation compensatoire de leurs revenus. Cela entraîne en retour une hausse des coûts de production pour l'entreprise qui, pour éviter de réduire ses marges bénéficiaires, la répercutent sur ses produits, alimentant une nouvelle hausse des prix, et créant ainsi une boucle ressemblant à un cercle vicieux duquel il est difficile de s'extirper sans une forte hausse des taux. En théorie, l'explication du phénomène paraît évidente, mais en réalité, elle ne l'est pas, répondent plusieurs économistes du Fonds monétaire international (FMI) dans un document de travail publié sur le blog de l'institution (1), réalisé à partir d'exemples empiriques.
Ces chercheurs ont analysé une base de données intégrant plusieurs pays et remontant jusqu'aux années 1960 pour trouver combien de fois les spirales salaire-prix se sont produites, et en examiner leurs conséquences. L'article est technique, mais il arrive à plusieurs constats. Ainsi, si l'on prend comme définition d'une spirale prix-salaire, une accélération de la hausse des prix à la consommation et celle des salaires nominaux durant trois mois consécutifs sur quatre pris en compte, le nombre de cas est assez réduit: 79 entre 1973 et 2017. En les analysant, ils constatent, outre la brièveté des périodes de hausses des prix, que « l'inflation et la croissance des salaires nominaux ont eu tendance à se stabiliser, laissant la croissance des salaires réels globalement inchangée ». Par ailleurs, notent-ils, « une décomposition de la dynamique des salaires à l'aide d'une courbe de Phillips des salaires suggère que la croissance des salaires nominaux se stabilise normalement à des niveaux compatibles avec l'inflation observée et les tensions sur le marché du travail ».