Le Brexit est-il profitable à la Chine  ?

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Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre britannique David Cameron en octobre 2015.
Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre britannique David Cameron en octobre 2015. (Crédits : Reuters)
La Chine a officiellement regretté la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE). Elle craint que son deuxième marché étranger après celui des Etats-Unis traverse à nouveau une crise qui pénalisera ses relations commerciales. Mais à plus long terme, cet affaiblissement de l'UE pourrait lui être profitable.

La Chine n'aime pas le désordre. Et le Brexit, décidé lors d'un référendum par une majorité de Britanniques, devrait à courte échéance avoir des conséquences négatives sur son deuxième marché mondial après les États-Unis. Les échanges commerciaux entre les pays de l'UE et la Chine pèsent en effet quelque 598 milliards de dollars. Ils représentent un enjeu majeur pour une économie qui reste encore étroitement dépendante de ses exportations pour soutenir une croissance qui a ralenti considérablement depuis 2015.

« La décision de quitter l'UE a un impact général, et nous pensons que toutes les parties concernées doivent garder leur calme et évaluer la situation », a mis en garde vendredi le ministère des Affaires étrangères chinois.

Les appels qui se multiplient dans nombre de pays - Marine Le Pen en France, ou Geert Wilders aux Pays-Bas - à tenir un référendum pour poser la question du maintien va obliger les leaders à agir vite pour éviter le risque de contagion. Sur ce point, l'Allemagne, comme elle l'avait fait au début de la crise grecque, est tentée de temporiser au risque de laisser la situation empirer.

Le risque d'avoir demain une Union européenne réduite - à la zone euro ? - induira mécaniquement un marché à la taille moindre. Outre la crise institutionnelle, la crise  pourrait resurgir, coupant la timide reprise économique et le pouvoir d'achat des consommateurs.

L'appréciation du dollar

Il y a également un autre problème pour la Chine. L'affaiblissement durable de la livre sterling va se traduire par une appréciation du dollar, déjà solide, qui pourrait obliger Pékin à dévaluer le renminbi, sa monnaie, dans les prochains mois. Un mouvement qui ravive de violentes polémiques politiques aux États-Unis et en Europe où l'on ne manque pas l'occasion d'accuser Pékin de maintenir artificiellement bas sa monnaie pour soutenir ses exportations.

Affaiblissement de Bruxelles

Si commercialement parlant, le Brexit la pénalise, en revanche sur le moyen et long terme, la Chine pourrait tirer bénéfice de cet affaiblissement de l'UE. Bruxelles s'efforce en effet d'imposer avec plus ou moins de succès des règles du jeu qui protègent les entreprises du Vieux continent de l'appétit de Pékin, comme l'ont illustré les exemples des taxes sur l'acier, de la réciprocité quant aux implantations d'entreprises ou de la politique en matière de brevets. Cette force pourrait considérablement s'affaiblir, si chaque pays devait discuter directement avec le géant asiatique pour établir ses relations commerciales.

Le voyage à Pékin

Ainsi, a-t-on vu récemment David Cameron, accompagné des patrons de grandes entreprises, aller à Pékin pour arriver à signer des contrats dont la valeur cumulée se compte en milliards de dollars. Peu de temps après, c'était au tour de la chancelière Angela Merkel de faire la promotion du savoir-faire des entreprises allemandes. Elle a même promis que « que les entreprises chinoises devraient bénéficier (en Allemagne) des mêmes droits et privilèges que les entreprises locales ».

Les investissements chinois restent encore modestes sur le Vieux Continent par rapport à d'autres pays comme les États-Unis. Mais une division des Européens facilitera l'implantation d'entreprises chinoises qui, soutenues par de puissants fonds souverains, vont pouvoir faire des rachats sur le Vieux continent à bon prix. Et répéter ce que l'on a vu par exemple avec le rachat de l'aéroport de Toulouse, mais sans les polémiques qui l'ont accompagné

Une taille critique pour peser sur la scène internationale

Enfin, l'affaiblissement de l'influence européenne créée par le départ du Royaume-Uni va profiter à la Chine sur la scène internationale et renforcer son rôle de puissance face aux États-Unis. Elle ne manquera pas d'exiger, comme elle l'a déjà fait, une meilleure représentation dans les institutions internationales qui va se faire au détriment des Européens.

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a écrit le 26/06/2016 à 20:14 :
Les Chinois ne sont pas comme les Anglais....eux sont pragmatiques , et il va falloir qu' ils trouvent une nouvelle porte d' entrée ? aussi valable pour les Japonais . Maintenant la sidérurgie , l' industrie automobile et la finance gros pourvoyeurs d' emplois vont souffrir .
a écrit le 26/06/2016 à 17:47 :
La Chine regrette, comme l'homme politique qui fait la bise au bébé le dimanche sur les marchés et qui assassine la mère le lundi en votant des lois qu'il avait peu de temps avant dénoncé :-)
a écrit le 26/06/2016 à 15:43 :
A vrais dire seul l'avenir nous donnera une reponce, mais la Chine avez par l'intermédiaire de l'Angleterre, une entree importante dans l'UE... Avec le départ de selle-ci et le relâchement des liens économiques entre la GB et le reste de l'UE, mise en place de taxe entre les échanges, cela devrait réduire l'entrée de capitaux de Chine. Le pays dû milieux vas devoir trouver un autre port d'attache pour réduire la facture... S'est comme cela que fonctionne le monde....
a écrit le 26/06/2016 à 14:05 :
L'écosse va rejoindre l'UE et probablement l'Irlande du nord. L'Angleterre va retrouver
ses frontières du 15 ème siècle. On ne peut pas dire qu'il s'agit d'un succès. En revanche,
les dirigeants de l'UE doivent impérativement changer la manière de diriger cette Europe.
Trop technocratique , pas assez démocratique et revoir sa politique vis à vis d'une immigration massive depuis 20 ans. Une Europe forte qui pourra défendre ses intérêts.
En finir avec le dumping fiscal , une armée commune ainsi que des règles fiscales pour les entreprises et les particuliers qui soient les mêmes pour chaque pays membre, un challenge avec une réponse rapide avant qu'il soit trop tard.
Réponse de le 26/06/2016 à 18:11 :
Oui, et si rien ne change, on fait aussi un référendum, ou on se couche???? Toute la question est là
Réponse de le 27/06/2016 à 10:41 :
Quand comprendrez vous enfin que c'est le RU qui bloquait l'évolution de l'UE? Leur sortie est une très bonne chose (s'ils décident d'assumer enfin le vote de leurs concitoyens en enclenchant l'article 50....)... Mais à vrai dire, je les sens décidés à continuer à semer la pagaille dans l'UE, juste parce que ça les amuse de faire dérouiller leurs anciens partenaires (humour anglais ??)
a écrit le 26/06/2016 à 13:10 :
Si on considère la hostilité et le manque de respect du gouvernement français vis-à-vis de la Grande-Bretagne, on ne peut pas s'attendra à beaucoup d'effet positif pour la France. Les allemands, les irlandais ou les luxembourgois tout comme les Chinois vont certainement profiter plus, les français peuvent alors continuer à pleurnicher dans leur coin et rêver de leur passé glorieu.
Réponse de le 27/06/2016 à 10:44 :
Oui oui!! C'est tout la faute du gouvernement.. Et pis les autres y sont mieux. Et pis faut revenir aux trente glorieuses avec De Gaulle... Mais faut pas m'enlever ma grosse retraite et je veux continuer à regarder le foot sur mon grand écran Samsung made in China
a écrit le 26/06/2016 à 12:46 :
Lorsqu un constructeur automobile (VW, PSA, Renault) s implante en Chine il doit céder 50% de son activité à un "Partner" chinois + ses autorisations de production son limiter par type de véhicule pour protéger les constructeurs locaux. Si le constructeur ne souhaite pas s implanter mais exporte en Chine il paie environ 35% de taxe

Lorsque les Chinois vendent des téléphones portables en europe : pas de taxe, pas de parts à céder à une société européenne

=> vous avez dit réciprocité ??
Réponse de le 04/07/2016 à 4:53 :
La reciprocite est le point fondamental dans les echanges UE -Chine et cela doit commencer par des meta-donnees, a savoir un equilibre: J'achete autant en valeur que tu m'achetes.

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