Après le Brexit, les marchés vont devoir composer avec les risques politiques

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L'annonce du Brexit, vendredi 24 juin, constitue l'un des plus gros choc de tous les temps sur les marchés, selon ETX Capital.
L'annonce du Brexit, vendredi 24 juin, constitue "l'un des plus gros choc de tous les temps" sur les marchés, selon ETX Capital. (Crédits : Reuters)
La victoire du « Leave » au référendum britannique risque de faire des émules au sein des partis eurosceptiques d’autres pays de l’UE. Les incertitudes sur la cohésion de la zone euro vont peser sur la confiance des investisseurs.

La Bourse de Londres qui cède 2,76% à la clôture, Paris et Francfort respectivement en chute de 8,04% et de 6,82%, Milan et Madrid qui s'écroulent de plus de 12%, la livre sterling tombée à son plus bas niveau depuis 30 ans... On parle de krach pour moins que cela. De fait, l'annonce, vendredi 24 juin, de la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE) « constitue l'un des plus gros chocs de tous les temps », affirme Joe Rundle, responsable du courtage chez ETX Capital. Dans l'histoire récente des marchés, il faut en effet remonter à l'automne 2008, dans le sillage de l'annonce de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, pour trouver trace d'un pareil bain de sang sur les places boursières mondiales. Mais la comparaison avec « Lehman » semble s'arrêter là.

« La baisse d'aujourd'hui correspond à une réaction épidermique, qui est davantage celle de spéculateurs cherchant à profiter de la volatilité en la provoquant, que celle des investisseurs de long terme », relativisent les stratégistes de Lazard Frères Gestion.

De plus, rappelle Paras Anand, chez Fidelity International, « l'échelle des mouvements que nous constatons (aujourd'hui) se produit dans un contexte où la livre sterling et les marchés actions avaient enregistré de fortes hausses, au cours des dernières séances », à la faveur de sondages finalement favorables au « Remain » (rester au sein de l'UE). Enfin, de la Banque du Japon à la BCE, en passant par la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale américaine, les banques centrales se sont dites prêtes à injecter des liquidités dans le secteur bancaire, afin que la volatilité des marchés ne contamine pas l'économie réelle par l'intermédiaire d'un durcissement des conditions d'octroi de crédit bancaire.

L'économie britannique pourrait tomber en récession

Pour autant, le choix des Britanniques de quitter l'UE fait entrer les marchés financiers dans une ère d'incertitudes comme ils en ont rarement connue. Des incertitudes qui sont tout d'abord économiques : Brexit oblige, le Royaume-Uni va devoir renégocier ses accords commerciaux avec l'ensemble de ses partenaires, y compris ceux qui ne sont pas membres de l'Union européenne. Quelles formes prendront ces nouveaux accords ? Celle d'un ralliement à l'Espace économique européen (EEE) ? Ou bien seront-ils semblables à ceux qui organisent les échanges commerciaux de la Suisse, de la Norvège et de la Turquie avec l'UE ? Ou bien encore, seront-ils calqués sur les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ? La réponse à cette question d'importance cruciale ne sera pas connue avant deux ans au moins, la durée prévue par l'article 50 du traité de Lisbonne relatif aux conditions de sortie d'un pays de l'UE.

Et encore faut-il savoir quand ce délai de deux ans débutera, celui-ci ne pouvant démarrer tant que le Royaume-Uni n'a pas officiellement invoqué ce fameux article 50 du traité de Lisbonne. Autant d'incertitudes qui risquent de décourager les entreprises britanniques d'investir, et d'inciter les ménages à privilégier l'épargne de précaution à la consommation, au cours des prochains mois. Les experts d'Amundi Asset Management n'excluent donc pas que l'économie britannique tombe en récession. Une extrémité que l'économie de la zone euro ne devrait pas connaître, ses exportations vers le Royaume-Uni représentant 3% seulement de son PIB (produit intérieur brut). « Les effets directs (du Brexit) sur l'économie de la zone euro seront relativement limités, sans doute autour de 0,3% à 0,4% du PIB », précise Lazard Frères Gestion.

Des élections nationales dans 5 des principales économies européennes, au cours des 18 prochains mois

Plus que les incertitudes économiques, ce sont donc les incertitudes politiques qui vont peser sur les marchés européens, dans les prochains mois. « Le risque politique est le plus significatif, la cohésion de la zone euro va être fortement questionnée », explicitent les stratégistes d'Oddo Meriten AM. Une opinion partagée par leurs confrères de SYZ Wealth Management, de Columbia Threadneedle Investments et de Lazard Frères Gestion. De fait, la victoire du « Leave » au référendum britannique risque de faire des émules au sein des partis eurosceptiques d'autres pays de l'UE. Geert Wilders, chef de file de l'extrême droite néerlandaise, n'a-t-il pas réclamé, dès vendredi, la tenue d'un référendum sur l'appartenance des Pays-Bas à l'Union européenne ?

Des sursauts populistes d'autant plus probables que des élections nationales se profilent dans cinq des principales économies européennes, au cours des 18 prochains mois. Les élections législatives qui se dérouleront en Espagne, ce dimanche 26 juin, et qui pourraient voir le nouveau parti anti-austérité Podemos supplanter le Partio socialiste comme première force d'opposition, auront à cet égard valeur de test. « Le thème de « l'Europe à la carte », contraire aux principes de l'Union européenne, risque de peser sur la confiance des investisseurs étrangers », prévient Amundi AM. « Les marchés vont dorénavant vivre au rythme des élections et des déclarations des responsables politiques », renchérit Oddo Meriten AM. Avec, à la clé, une poursuite de la volatilité, les investisseurs ne détestant rien tant que l'incertitude.

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a écrit le 26/06/2016 à 18:53 :
Je ne partage pas le titre de cet article car malgré un volume de plus de 11 milliards (soit 3 à 4 fois plus que la normal), si nous pondérons la baisse du Cac de 8,04% par ce volume de 11 milliards sur la valeur totale du Cac 40 la baisse se réduit à 0,1572%. En fait, la différence entre la baisse de 8,04% et la baisse de 0,1572% est l'effet de distorsion du au seul principe comptable mark-to-market. Principe qui bien que décrié par l'ensemble des autorités reste encore la seule référence du marché. Dans la réalité, le Brexit a été totalement amorti par le marché et c'est un énorme succès. Il est vrai que ce raisonnement professionnel n'est pas encore passé à la mode malgré les évidences des dernières crises. Cela dit :
« Toute vérité passe par trois phases : d’abord elle est ridiculisée, puis elle est combattue, et enfin elle est considérée comme évidente » 

Arthur Schopenhauer.
Merci.
a écrit le 25/06/2016 à 20:52 :
Les marchés devraient rebondir assez vite, c'est une opportunité de marché en particulier pour la France, l'Espagne et l'Italie qui ont le plus baissé avec des valorisations encore relatives. Fondamentalement il n'y a pas de changements spectaculaires, la Grande Bretagne a toujours eu un pied en dehors de l'Union européenne et n'est pas dans l'euro. Par contre c'est le marché britannique qui risque d'être perturbé un moment du fait du départ de l'Ecosse très probable du Royaume-Uni et d'une éventuelle déstabilisation de l'Irlande.
a écrit le 25/06/2016 à 16:32 :
C'est cette europe des marchés qui effraie de plus en plus de citoyens européens parce que c'est celle-ci qui nous enfonce tous les jours un peu plus vers plus de rigueur et plus d'austérité, l'europe des peuples était un rêve magnifique,l'europe des marchés en a fait un cauchemard.

Si les décideurs veulent vraiment que les gens arrêtent d'avoir envie de se barrer qu'ils nous parlent une langue que nous pouvons comprendre et depuis des décennies que c'est elle qui dicte les politiques que nous subissons il est clair et net que nous ne nous comprendrons jamais avec l'europe des marchés.

Qu'elle aille au diable et tout ira bien mieux brusquement, il est normal qu'en donnant toujours un peu plus de crédit à ce monstre financier l'europe puisse de moins en moins bien fonctionner parce que les marchés ont oublié les gens, elle ne les voit même pas en fait.
a écrit le 25/06/2016 à 13:59 :
passez un très bon ouest ken la bourse va recommencer son petit rond rond quotidien à partir du lundi 27 comme au paravent Un non événement ha ha
a écrit le 25/06/2016 à 13:29 :
Fifi et nini l'inauguration des chrysanthèmes, notre président va devoir se bouger le c.. !
a écrit le 25/06/2016 à 13:17 :
Traders et bookmakers ont joué ..... ils ont perdus !
a écrit le 25/06/2016 à 7:49 :
A part la libre circulation et la monnaie unique...!
Que nous apporte l'Europe, une couche de privilégiés en plus surpayés, non imposés !
Le recul des retraites, l'augmentation des prix, la santé de plus en plus chère, la concentration des entreprises non imposables, les migrants, les détachés, la pauvreté...!
Pas grand chose de positif !
Réponse de le 25/06/2016 à 16:02 :
Cela ressemble à du Molière. Tout un chacun a trouvé le bouc émissaire à ses propres défauts. Le système de retraite est en déficit, c'est la faute à l'Europe, le coût de la santé augmente, c'est la faute à l'Europe. Le gens vivent au dessus de leurs moyens, c'est la faute à l'Europe. Les employés de la SNCF, de l'EDF partent à 52 ans à la retraite, c'est la faute à l'Europe. Il y a pléthore de fonctionnaires, c'est la faute à l'Europe et il pleut aujourd'hui, c'est la faute à ........l'Europe sans nulle doute
a écrit le 25/06/2016 à 6:58 :
Fabuleux le titre de l'article, cela signifie que jusqu'alors les financiers avaient le pouvoir et que la voix de la plèbe était le risque .
a écrit le 24/06/2016 à 23:03 :
Après avoir semé leur libéralisme mortifère ils rembarquent : mission accomplie :
Laissant les allemands seuls , face à leur austérité Freudienne .
a écrit le 24/06/2016 à 22:16 :
Message intéressant de la grande Bretagne remettant en cause l'immaturité de la France depuis la seconde guerre mondiale. L’Allemagne désarmé malgré des résultats économiques incontestables est impuissante face à toute instabilité.
Il s'agit d'un problème franco-anglais , rien à voir avec l’Europe.
a écrit le 24/06/2016 à 20:58 :
Question naïve. Pourquoi, après le Brexit, les bourses européennes chutent (nettement) plus que la bourse anglaise ? Est-ce parce que la livre s'est écroulée, et qu'il faut additionner baisse bousière et baisse de la livre ?
Réponse de le 24/06/2016 à 23:26 :
Les spéculateurs sont à la City, ils sont à la manoeuvre pour faire des affaires à bon compte. Ils peuvent à ce jeu gagner beaucoup d'argent dans l'immédiat... ou beaucoup en perdre. Qu'ils en profitent, ça pourrait ne pas durer si l'UE décidait vraiment de changer de cap.
a écrit le 24/06/2016 à 20:45 :
Le Brexit une bonne claque pour l'élite britannique individualiste qui ne veut pas partager avec les plus pauvres d'entre eux qui sont payés avec des salaires de misères !
Réponse de le 25/06/2016 à 14:02 :
le socialisme français doit s'arreter ou commence l'argent des Français n'est il pas?
a écrit le 24/06/2016 à 20:41 :
L'Europe fait de la résistance au changement, le brexit va réveiller les réformateurs , je pense qu'il n'y a rien à craindre du changement .
a écrit le 24/06/2016 à 20:38 :
Que les français expatriés en Grande Bretagne ainsi que tous les autres étrangers viennent en France. Il y a la meilleur protection sociale d' Europe. En plus, cela gonflera les chiffres du chômage qui repart à la hausse. Notre Président a dit qu'il ne se représentera pas.

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