Les partisans les plus extrémistes d'une séparation du Royaume-Uni et de l'Union européenne avaient résumé les arguments de ses ardents adversaires par une formule cruelle : le « projet Peur ». Là où Boris Johnson, Nigel Farage ou Michael Gove ont multiplié pendant des mois les attaques irrationnelles contre Bruxelles - y compris les mensonges les plus éhontés, dont le montant de la supposée contribution du pays à Bruxelles, largement surévalué pour les besoins de leur cause -, leurs opposants, pour défendre le maintien dans l'Union, ont effectivement riposté en énumérant les dramatiques conséquences qu'entraînerait un Brexit. Suscitant d'innombrables sarcasmes du camp d'en face.
Et pourtant. Huit ans tout juste après ce vote du 23 juin 2016, quand 52 % des Britanniques ont approuvé par référendum la sortie de l'UE, le verdict de l'Histoire donne raison aux seconds. Le prétendu « projet Peur » s'est révélé d'une sidérante exactitude. Voire, ironiquement, un peu plus optimiste dans ses prévisions que les résultats concrets d'une quasi-décennie en solo pour un Royaume-Uni désormais aux prises avec un déclin continu. Si les promoteurs du Brexit ont tous disparu de la scène politique, et que l'un des seuls patrons à le vanter s'est rapidement expatrié à Singapour après le scrutin (James Dyson, l'inventeur des aspirateurs du même nom), les dégâts, eux, sont restés. « Nous pensions - ou en tout cas espérions - que les effets négatifs ne dureraient que quelques années, mais ils persistent huit ans plus tard ; pire, certains s'aggravent », se désole un ancien dirigeant de la principale organisation patronale britannique, cible de multiples menaces personnelles à l'époque, en raison de ses plaidoyers proeuropéens.