Les banques centrales jouent un rôle crucial, défend la Banque de France
latribune.fr
Pour François Villeroy de Galhau, le contexte appelle « une plus grande coopération entre juridictions partageant les mêmes valeurs » au niveau international (photo d'archive).
BENOIT TESSIER
François Villeroy de Galhau a souligné ce jeudi le rôle des banques centrales comme « ancres » de la confiance dans la période actuelle, marquée par « l'incertitude ».
La période actuelle met pleinement en évidence le rôle des banques centrales. C'est en substance le message qu'a fait passer ce jeudi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, au Forum financier Paris Europlace, qui se tient à Tokyo, au Japon.
« Dans le monde "knightien" d'aujourd'hui(ndlr : où il faut savoir gérer l'incertitude), (...) nous, banquiers centraux, ferons notre part, en étroite coopération, en tant qu'"ancres" de la confiance, pour réduire l'incertitude et promouvoir l'innovation »,a-t-il fait valoir.
Le gouverneur a rappelé que l'incertitude se mesure « avec des probabilités et des issues inconnues », selon la définition de l'économiste Frank Knight. Contrairement aux risques « qui sont mesurables et peuvent être couverts ». Or, actuellement, François Villeroy de Galhau estime que « l'incertitude (...) affecte négativement les décisions d'investissement et la consommation des ménages ». Et « à la suite de l'élection présidentielle aux États-Unis, l'économie mondiale pourrait être encore davantage confrontée à une fragmentation défavorable », a-t-il ajouté. Selon lui, ce contexte appelle « une plus grande coopération entre juridictions partageant les mêmes valeurs » au niveau international.
Outre rassurer en temps d'incertitude, les banques centrales « peuvent contribuer à un environnement propice à l'innovation », a souligné François Villeroy de Galhau. Il a noté qu'elles soutiennent d'ailleurs déjà l'innovation par leurs propres projets. Et de citer particulièrement celui de monnaies numériques de banque centrale (MNBC), notamment avec l'euro numérique que va introduire l'Eurosystème.
« Dans l'Europe et le monde d'aujourd'hui, l'action non monétaire est à la fois plus nécessaire et plus difficile que jamais, en raison de l'affaiblissement des gouvernements de nombreux pays »,a-t-il rappelé.
Une économie« résiliente »
Le gouverneur a en outre indiqué que, dans le contexte actuel, la France et l'Europe restent économiquement « résilientes ». D'autant que « la victoire contre l'inflation (y) est en vue », a-t-il assuré. La hausse générale des prix s'est établie à 2% en octobre dans la zone euro et à 1,2% en France. Soit un niveau dans les clous de l'objectif de 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE). C'est le cas depuis août côté français et depuis septembre pour les pays partageant la monnaie unique.
François Villeroy de Galhau s'est d'ailleurs affiché confiant pour les mois à venir, malgré plusieurs éléments risquant d'entraîner les prix à la hausse. D'une part, la promesse de campagne de Donald Trump sur les droits de douane. Le futur ex-président, qui doit entrer en fonction le 20 janvier, a indiqué vouloir les faire grimper de 10% à 20% sur l'ensemble des produits entrant aux États-Unis - et même entre 60% et 100% pour les produits chinois.
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Cette potentielle mesure« ne devrait pasmodifier significativement les perspectives d'inflation en Europe »,a toutefois balayé le gouverneur.
D'autre part, la nette hausse des salaires observée dans plusieurs économies avancées. Elle s'est affichée à +5,4% au troisième trimestre dans la zone euro. Or, selon la théorie économique, lorsque les salaires progressent plus vite que les prix, il existe un risque de créer ce qui est identifié comme une « boucle prix-salaire ». À savoir que la hausse de l'un entraînerait une progression de l'autre, qui nourrirait en retour une nouvelle hausse du premier. François Villeroy de Galhau a affirmé que la hausse actuelle des salaires a déjà été prise en compte par la BCE dans ses projections de septembre. Et qu'elle est « principalement imputable aux effets retardés de négociations passées en Allemagne ». Autrement dit, tout est sous contrôle.
Poursuivre la lancée sur les taux
Compte tenu de cette situation, le gouverneur s'affiche favorable à « continuer de réduire le caractère restrictif de notre politique monétaire » avec de nouvelles baisses de taux. Il faut néanmoins que le « rythme [soit] déterminé par un pragmatisme agile ».
« Nous conservons une totale optionalité pour nos prochaines réunions », a-t-il assuré.
Pour rappel, la BCE a déjà baissé ses taux à trois reprises depuis qu'elle a commencé en juin - puis en septembre et octobre. À chaque fois de 25 points de base. Ses taux directeurs s'échelonnent désormais de 3,25% pour le taux de facilité de dépôt à 3,65% pour le taux marginal. Sa prochaine réunion, et dernière de l'année, est prévue le 12 décembre.
À cette occasion, une nouvelle baisse pourrait être annoncée. D'un niveau similaire voire supérieur, de 50 points de base. Mais l'institution monétaire européenne reste prudente à ce sujet et ménage toutes les options possibles. Fin du suspens dans trois semaines.