L'annonce de la création d'une entreprise publique chargée d'exploiter le lithium chilien en partenariat avec des compagnies privées a surpris. Le président chilien Gabriel Boric, qui doit financer les programmes sociaux sur lesquels il a été élu, compte profiter de la demande mondiale croissante et des prix élevés d'un métal indispensable à la transition énergétique.Le lancement prochain d'une entreprise publique d'exploitation du lithium, annoncée vendredi dernier par le président du Chili Gabriel Boric, inquiète le monde minier. En effet, le lithium constitue l'un des métaux stratégiques dans la production de batteries pour véhicules électriques, dont la demande explose.
« La sécurisation de l'approvisionnement en lithium est devenue une priorité pour les entreprises technologiques en Asie, Europe et Amérique du Nord », souligne dans son dernier rapport, l'USGS, l'institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS). Or le Chili est un acteur majeur de ce marché. En 2022, sur les 130.000 tonnes extraites, il en était le deuxième producteur mondial (39.000 tonnes) derrière l'Australie (61.000 tonnes), mais largement devant la Chine (19.000 tonnes). Surtout, il possède les premières réserves mondiales, qui peuvent être exploitées dans les conditions économiques et techniques actuelles, soit 6,7 millions de tonnes.
Chute des actions des groupes miniers exploitant le lithium
Cette potentielle manne sera-t-elle mieux exploitée par un acteur public? Les investisseurs en doutent puisqu'ils ont réagi négativement au lendemain de l'annonce. Les titres des deux principales compagnies minières extrayant le lithium des saumures salées situées sous le désert de sel d'Atacama, au nord du pays, chutant lourdement en Bourse. Sociedad Quimica y Minera de Chile (SQM), l'un des premiers producteurs mondiaux, dont l'actionnaire de référence est le groupe chinois Tianqi Lithium Corp, a perdu 20% de sa valeur. La compagnie étasunienne Albemarle, cotée à New York a de son côté perdu 10%.
Si les cours sont légèrement repartis à la hausse au début de cette semaine, les investisseurs attendent d'en savoir davantage sur le projet de l'exécutif chilien. Dans un communiqué, Albemarle s'est voulu rassurant, confiant que l'Etat chilien respecterait les contrats existants, le sien courant jusqu'à 2043, alors que celui de SQM vient à expiration en 2030.