Loretta Lynch, la femme qui fait trembler la Fifa

 |   |  770  mots
Avant d'être nommée ministre de la Justice, Loretta Lynch était procureure fédérale du district Est de New York depuis 2010.
Avant d'être nommée ministre de la Justice, Loretta Lynch était procureure fédérale du district Est de New York depuis 2010. (Crédits : © Kevin Lamarque / Reuters)
Nommée en avril Attorney General, Loretta Lynch, première ministre de la Justice afro-américaine des États-Unis, vient de marquer son entrée sur la scène internationale par le lancement d'un coup de filet inédit contre la Fédération internationale de football association (Fifa).

En tant que femme, elle a bien une -seule- prédécesseure: Janet Reno, nommée Attorney General en 1993 par Bill Clinton. Et en tant que Noire, elle arrive également deuxième, après Eric Holder, procureur général des Etats-Unis depuis 2009, à qui elle succède. Mais Loretta Lynch est la première ministre de la Justice des Etats-Unis à cumuler ces deux qualités : la première femme noire à occuper le poste.

Choisie par Barack Obama en novembre, et formellement nommée par le Sénat jeudi 23 avril, par 56 voix contre 43, après une bataille de plus de cinq mois entre la majorité républicaine et la minorité démocrate, la nouvelle ministre de la Justice américaine vient de faire son entrée en fanfare sur la scène internationale. C'est en effet elle qui a déclenché le coup de filet mené mercredi 27 mai contre neuf responsables de la Fifa et cinq dirigeants de sociétés liées à la commercialisation et à la promotion du football, qui devront répondre de faits de corruption ayant donné lieu, depuis le début des années 1990, au versement de pots-de-vin estimés à plus de 150 millions de dollars (138 millions d'euros).

Déterminée à obtenir l'extradition

Loretta Lynch, qui a déploré une "corruption endémique, générale et profondément enracinée, à l'étranger et ici aux États-Unis", compte bien obtenir l'extradition des sept de ces responsables arrêtés en Suisse, à Zurich, où se trouve le siège de la Fifa :

"Tous ces accusés ont abusé du système financier américain et violé la loi américaine, et nous avons l'intention de les tenir pour responsables", a-t-elle insisté.

Attendue sur les dossiers des droits civiques

Nommée ministre de la Justice quelques mois après les vives protestations contre les violences de la police, accusée de racisme, qui ont secoué les États-Unis en décembre 2014, Loretta Lynch suscite de grands espoirs, notamment quant au rôle qu'elle saura jouer dans la définition de la position de l'Etat dans les dossiers très sensibles des droits civiques. Le sénateur démocrate Patrick Leahy a ainsi résumé ses attentes :

"Comme Attorney General, je suis sûr qu'elle puisera dans son enfance et la lutte de ses grands-parents et arrière-grands-parents pour répondre aux manifestations actuelles contre la perte de trop de jeunes vies humaines dans nos rues."

Barack Obama a quant à lui déclaré l'attendre notamment sur le dossier prioritaire de la réforme du système pénal.

Elle a été très rapidement confrontée, en guise de baptême de feu, à de nouvelles révoltes dans la ville de Baltimore, suite auxquelles elle a annoncé l'ouverture d'une enquête fédérale pour déterminer si la police de Baltimore est engagée dans un "schéma ou des pratiques" d'utilisation excessive de la force.

"Capable de dire non au président"?

Mais celle qui, selon la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, a la capacité de combiner "l'acier et le velours", doit également démontrer, vis-à-vis de l'opinion publique, le non fondé des inquiétudes des républicains. Ceux-ci craignent que sa nomination n'entérine la tournure politique que Barack Obama aurait donné à la justice américaine par la décision, en novembre, de régulariser provisoirement des millions de sans-papiers -et que Loretta Lynch avait approuvée. Marco Rubio, candidat républicain à la présidentielle, a ainsi publiquement partagé sa préoccupation :

Loretta "Lynch n'a pas montré que, si elle était confirmée, elle serait capable de dire au président qu'il y a des choses qu'il n'a tout simplement pas le pouvoir constitutionnel de faire.

Procureure depuis 1990

Quant au genre de dossiers au centre du scandale de la Fifa, elle peut sans doute s'appuyer sur une longue expertise. Née en 1959 dans la Caroline du Nord d'une bibliothécaire et d'un pasteur de l'Eglise baptiste, Loretta Lynch obtient son premier diplôme d'études supérieure à Harvard en 1981 puis, dans la même prestigieuse université, son doctorat en droit en 1984.

Elle rejoint le parquet fédéral en 1990, où elle traitera tout au long de sa carrière d'importantes affaires de corruption, de crime organisé voire de terrorisme. Elle quitte néanmoins les fonctions judiciaires entre 2001 et 2010 -durant la présidence de George Bush- pour rejoindre le cabinet d'avocats Hogan & Hartson. Entre 2002 et 2007, elle travaille également comme conseillère spéciale du procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). En 2010, elle devient procureure fédérale du district Est de New York.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 30/05/2015 à 22:39 :
Elle la spécialiste de Wall Street ferait mieux de s'occuper de balayer devant sa porte. Non que poursuivre des prévaricateurs et autres faisans ne soit normal. Mais justement, il semblerait que la normale manque de cas d'espèce là où elle serait le mieux servie.
a écrit le 30/05/2015 à 9:01 :
dans tous les commentaires on parle de règlement de compte avec les US. Je ne pensais pas qu'aimer un soit disant sport comme le foot rendait les pratiquants aveugles. Il s'agit tout simplement d'une mafia organisée planétairement avec l'argent du peuple d'en bas au profit de gros bonnets qui s'enrichissent sur leur dos. Allez Hollande augmente les taxes et les impôts, tu as de l'avenir avec les moutons que nous sommes.
Réponse de le 30/05/2015 à 10:11 :
Quitte à parler de sport, il suffit de voir la clémence de la justice américaine vis-à-vis les égarements des dirigeants sportifs du basket-ball, de base-ball ou de football US. Et pourtant, il y aurait lieu d'y faire le ménage autant qu'à la FIFA.

La justice américaine est-elle si indépendante du pouvoir politique qu'on veut nous le faire croire ? Quand la procureure générale est nommée par le président (puis approuvée par le congrès), ses actions sont forcément politiques et correspondent à la ligne politique de l'administration. A savoir s'il s'agit d'une vengeance, dans le cas contraire, pourquoi avoir attendu si longtemps avant d'inculper "certains" des responsables seulement maintenant alors que ces faits étaient déjà connus dès 2013 ? Le timing est-il seulement dû au hasard ? La puissance américaine n'est pas connue pour être tendre avec ceux qu'il la défie, l'histoire parle d'elle-même.
a écrit le 30/05/2015 à 7:27 :
C'est de la justice spectacle. Entre les désirs inavoués de Lynch de s'assurer une place dans une hypothétique administration Clinton (et même républicaine...qui sait) et la vengeance américaine à l'encontre de ses alliés qataris (qui ont récemment acheté des Rafales) et des russes responsables à nouveau de tous les maux sur terre, on se demande bien pourquoi la justice US ou suisse ne sont pas intéressées plutôt à ces agissements connus de tous et dénoncés depuis plusieurs années. Quel hasard !
a écrit le 29/05/2015 à 21:30 :
Soyons honnête

Quelques soient le passé de corrupteur et le sentiment de vengeance des USA

S'il arrive à un peu purifié ce nid de mafieux avec ce parrain soutenu par ces capots cela sera un grand pas pour l humanité
Réponse de le 30/05/2015 à 9:35 :
Demander à l'administration US de "purifier" quelque-chose... vous rêvez.
Pour une raison que j'ignore, cette administration utilise l'arme judiciaire pour défendre ses intérêts ou ceux de ses bailleurs de fonds.
En affaire, elle souhaite faire du monde un grand marché pour ses entreprises.
En matière militaire, elle s'arroge le droit d'intervenir partout où elle estime que ses intérêts sont en jeux.
Doit-on se réjouir de ces tentatives d'élargir la compétence de ses tribunaux à la planète entière ?
a écrit le 29/05/2015 à 19:29 :
Les US, le pays du soccer mais pas du foot, avait déjà eu sa coupe du monde en 1994 à coups de pognon et de menaces du genre "si tu ne m'obéis pas…".

L'Uruguay, bi champion du monde de foot en 1930 et 1950, n'a organisé qu'un seule coupe dans son histoire.

Le Brésil, 5 fois champion du monde en 1958,62,70,94 et 2002, n'a organisé que deux coupes.

L'Italie (1934,38,82 et 2006) et l'Allemagne (1954, 74, 90 et 2014), quatre fois championnes du monde, n'ont organisé que deux coupes !!

comment se peut-il donc qu'un pays sans la moindre tradition de ce sport comme les USA (ils n'ont même pas de ligue !! ) peuvent obliger la FIFA à lui accorder le siège d' une coupe du monde tous les 20 ans ??? un monde multipolaire et VITE !!

FORT HEUREUSEMENT que les dieux du foot sont intervenus et Sepp Blatter a été ré-élu dans le deuxième round ce soir à Zurich !! je fais un toast à longue vie du sport ROI !!!
a écrit le 29/05/2015 à 19:00 :
Depuis 1974 la FIFA est gouvernée par des mafieux. Les Américains (pour l'instant) se foutent du soccer. Ils veulent mettre de l'ordre dans le foot mondial, pour récupérer à leur avantage les milliards du foot. Le jeu en lui même ne les intéresse pas, les dollars:oui.
La prochaine mafia dans le foot sera anglo-américaine. Aucune chance pour l'Europe qui pourtant dispose des plus prestigieux clubs de la planète. Ca nous évitera au moins de virer mafieux.
Réponse de le 29/05/2015 à 23:13 :
Un détail de moindre importance: un des points qui devrait être voté aujourd'hui lors de la réunion de la FIFA c'était l'expulsion ou non d'Israël de ses rangs. Quelques mauvaise langues (bien sûr) avancent que celle-ci était la cause de cette opération coup de poing imposé par Washington à la police suisse.
a écrit le 29/05/2015 à 18:58 :
@@@ Elle a fait irruption dans une salle à Zurich et dès qu'elle l'a vue, la FIFA a tremblé ! ^^^^ lololol
a écrit le 29/05/2015 à 15:15 :
Les américains qui se contre foutent du SOCCER sont bien les gendarmes du monde et nous ridiculisent toujours un peu plus nos et nos petites mafias.
Réponse de le 29/05/2015 à 18:49 :
les US font surtout payer à la FIFA le fait de ne pas les avoir choisi pour la coupe du monde de 2022 au profit du Qatar.
Et oui on ne sit jamais non au pays de l'oncle Sam

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :