Menace de pénurie d'essence au Royaume-Uni : les automobilistes se ruent sur les stations-service

Le Royaume-Uni fait face à des achats de panique aux stations-essence de la part des automobilistes inquiets d'une pénurie de carburant attribuée à un manque de chauffeurs routiers. Deux tiers des stations-essence du pays sont à court de carburant. Pour autant, le gouvernement britannique dément les soupçons de pénurie, avançant que l'offre d'essence au Royaume-Uni est largement suffisante pour répondre à la demande, et affirme que cette situation est le fruit d'une manoeuvre orchestrée par le directeur de l'association de transporteurs routiers Rod McKenzie, lequel aurait fait fuiter dans la presse un rapport de BP.

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Au cours du week-end, les pénuries d'essence au Royaume-Uni se sont aggravées, avec une grande partie des stations-service prises d'assaut par les automobilistes inquiets des difficultés d'approvisionnement attribués à un manque de chauffeurs routiers. Sur la BBC, ce lundi, le président de l'association des stations d'essence britanniques (PRA) a affirmé que ces pénuries sont davantage la conséquence des « achats de panique purs et simples » plutôt que d'une quelconque pénurie. D'après la presse britannique, le gouvernement envisage tout de même de faire appel à l'armée pour livrer du carburant et pallier temporairement au manque de chauffeurs routiers.

La fuite d'un rapport à l'origine de la panique ?

Sur Sky News, Brian Madderson, un responsable de la PRA, a attribué cet effet de panique à une « fuite d'un rapport confidentiel de BP pendant une réunion du gouvernement » qui a « été diffusé mercredi » et suivi « d'achats de panique jeudi, vendredi, samedi et hier », a-t-il déploré. Selon un article du Daily Mail de dimanche, le directeur de la Road Haulage Association -l'association de transporteurs routiers-, Rod McKenzie, anciennement directeur de la station BBC radio 1, aurait fait fuiter les remarques faites par un cadre de BP lors d'un rendez-vous gouvernemental privé.

Le secrétaire d'Etat britannique aux transports Grant Shapps, l'a ainsi accusé d'être à l'origine des queues interminables aux stations-essence et d'avoir "fabriqué" la situation de crise actuelle, dans l'optique d'obtenir des contreparties sociales pour les chauffeurs routiers. Rod McKenzie est notamment connu pour avoir critiqué les restrictions menées post-Brexit par le gouvernement britannique en matière d'immigration dans le domaine de l'industrie et milite pour un allègement des restrictions de visa pour les conducteurs de poids-lourds étrangers.

Les stations sont principalement à court d'essence dans les zones urbaines du pays, et particulièrement dans la capitale Londres, tandis que l'Irlande du Nord semble pour l'instant épargnée par le problème. Certaines stations-service ont dû limiter l'offre à leurs pompes, et d'autres ont carrément dû fermer. La police a intimé aux conducteurs d'être raisonnables au moment de faire leur plein d'essence.

La panique liée aux achats d'essence surgit alors que le Royaume-Uni fait face à différentes crises: une hausse brutale du prix du gaz à l'international, une pénurie de gaz carbonique, qui menace de dérégler la production de viande, et une pénurie de chauffeurs routiers, qui fait des ravages au niveau des stations-service.

⅔ des stations essence du pays à court de carburant, les autres presque à sec

Le bond de la demande d'essence a amené la PRA à avertir que jusqu'à deux tiers de ses membres -de près de 5.500 sites indépendants sur 8.000 stations de rechargement dans le pays- étaient à court de carburant dimanche, « les autres presque à sec ». Ces derniers jours et malgré des appels du gouvernement à ne pas paniquer, les stations-service ont été prises d'assaut en raison de ruptures de stocks qui touchent aussi les rayons de produits agroalimentaires dans les supermarchés.

Un porte-parole de Royal Dutch Shell, contacté par l'AFP, a reconnu que le géant pétrolier « constate une demande en hausse aujourd'hui à certaines stations d'essence, avec des queues plus longues ». Le groupe BP a pour sa part admis que près d'⅓ de ses stations service dans le pays étaient à court de carburant ce dimanche.

Une situation qui rappelle les années 70 quand la crise énergétique avait amené à un rationnement du carburant et une semaine de travail de trois jours. Il y a une dizaine d'années, des manifestations contre le prix élevé du carburant avaient également entraîné un blocage de raffineries et paralysé l'activité du pays pendant des semaines.

Révision de la politique d'immigration pour pallier au manque de chauffeurs routiers

Face aux pénuries qui s'aggravent, dues essentiellement à un manque de chauffeurs routiers, Londres s'est finalement résolu samedi à amender sa politique d'immigration post-Brexit et à accorder jusqu'à 10.500 visas de travail provisoires à partir de début octobre, dont 5.000 pour les transporteurs routiers. Ces permis de trois mois, d'octobre à décembre 2021, doivent pallier un manque criant de chauffeurs routiers, mais aussi de personnel dans des secteurs clés de l'économie britannique, comme les élevages de volaille.

Lors d'une conférence dans le sud de l'Angleterre, le leader de l'opposition Keir Starmer (Labour Party) a déclaré que le gouvernement avait échoué à anticiper les pénuries de main-d'œuvre à la suite du vote en faveur du Brexit et a appelé à un octroi plus important de visas temporaires. La responsable des questions financières du parti travailliste, Rachel Reeves, a quant à elle accusé le gouvernement de Boris Johnson d'être « endormi au volant » face à la crise d'approvisionnement du pays.

Sur le fait de faire revenir des chauffeurs européens qui sont rentrés dans leur pays sous la contrainte du Brexit et de la pandémie, M. Madderson a néanmoins attiré l'attention sur le fait qu'il y avait aussi des pénuries de chauffeurs en Europe continentale. Interrogés dans le cadre d'un sondage réalisé par l'agence Opinium pour l'Observer, 68% des Britanniques ont toutefois considéré que le Brexit était responsable de cette pénurie.

Comme le ministre des transports, M. Madderson a en outre relevé le problème des arriérés permis de conduire de poids lourds qui n'ont pu être passés pendant les confinements: « il y a 40.000 demandes en instance de permis de poids lourds de la part de Britanniques ».

D'autres mesures inédites pour répondre à l'urgence de la situation

D'après la presse britannique, le Premier ministre Boris Johnson étudie la possibilité de faire appel à l'armée pour pallier ces pénuries à court terme. M. Madderson a toutefois nuancé l'amélioration que pourraient amener les chauffeurs de l'armée: « ce n'est pas aussi facile que vous pensez car les chauffeurs de poids lourds sont très spécialisés » et les camions citernes transportent un « liquide très inflammable à travers le pays » qui nécessite des procédures appropriées de chargement et déchargement.

Le ministre des Entreprises et de l'Energie Kwasi Kwarteng a pour sa part indiqué dimanche dans un communiqué qu'il avait temporairement exempté le secteur des distributeurs de carburant des règles de la concurrence afin qu'ils puissent livrer en priorité les zones qui en ont le plus besoin. Les différentes entreprises fournissant de l'essence ont également été autorisées à travailler ensemble pour coordonner leur réponse et remédier à la pénurie de carburant.

« Cette étape va permettre au gouvernement de travailler de façon constructive avec les producteurs de carburants, les raffineries, les transporteurs et les stations-service, afin que la perturbation soit minimisée autant que possible », a déclaré le ministère des Entreprises.

Formation de 4.000 nouveaux chauffeurs routiers

Enfin, le gouvernement a annoncé que 4.000 personnes allaient être formées au métier de transporteurs routiers, afin de venir complémenter la main d'œuvre actuelle. Car si le gouvernement a choisi de mettre en place des visas temporaires, il a toutefois affirmé que les visas n'étaient pas une solution à long terme et qu'il fallait miser sur l'embauche de davantage de chauffeurs britanniques, mieux rémunérés.

« Nous y travaillons en ce moment mais les industries doivent aussi jouer leur rôle en améliorant les conditions de travail et en maintenant les hausses de salaires de manière à pouvoir garder les nouveaux chauffeurs », a expliqué le Secrétaire d'Etat aux transports Grant Shapps.

« Il n'y a pas de pénurie nationale de carburant »

Comme le reste de la classe politique, le Secrétaire d'Etat aux transports Grant Shapps avait quant à lui appelé au calme, affirmant que les pénuries étaient purement causées par les achats de panique et que la situation se résoudrait d'elle-même car le carburant ne pouvait pas être stocké. « Il y a beaucoup de carburant, il n'y a pas de pénurie de carburant dans ce pays », a-t-il dit à Sky News. « Le plus important est donc que les gens continuent de faire le plein comme ils le feraient normalement, comme ça il n'y aura ni queues interminables ni pénuries à la pompe ».

Même message passé par la députée conservatrice Andrea Leadsom.

« Il n'y a pas de crise énergétique au Royaume-Uni ! Si nous en arrivons à une pénurie de carburant, ce sera à cause du stockage de carburant ! S'il vous plaît, n'achetez pas trop d'essence... », a-t-elle ainsi déclaré via un Tweet.

Le président de l'Association des Automobiles (AA), Edmund King, a tenu un discours rassurant, déclarant sur la BBC que le problème devrait être résolu d'ici quelques jours si les automobilistes s'arrêtaient faire le plein uniquement lorsqu'ils le nécessitaient. « Nous étions en discussion avec les ministres du gouvernement la nuit dernière, nous avons parlé avec les principales entreprises productrices de pétrole, et nous pouvons réitérer qu'il n'y a pas de problème avec l'offre à la source », a-t-il également affirmé.

Après avoir rencontré K. Kwarteng, les représentants de Shell et d'Exxon Mobil Corp ont fait une déclaration commune, affirmant qu'ils avaient été rassurés par les propos du ministre de l'Energie et qu'il n'y avait pas de pénurie nationale de carburant.

De son côté, le représentant de l'association des stations d'essence britanniques (PRA) M. Madderson, a dit espérer que le problème sera partiellement résorbé « d'ici la fin de la semaine ».

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Commentaires 5
à écrit le 27/09/2021 à 19:52
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"Un frexit vite" disait notre cher Citoyen Blasé, presque comme une signature automatique à la fin de ses messages. Mais je suis sûr qu'avec une pirouette dont il a le secret, il va nous transformer cette déroute politico-économique en triomphe éti...

le 29/09/2021 à 11:11
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J'ai toujours été pour la liberté, c'est Robespierre qui avait raison point final, sinon est-ce que tu rêves de moi aussi la nuit ? Tu devrais consulter. Signalé.

à écrit le 27/09/2021 à 16:26
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Ils sont tombés bien bas, eux aussi, il est loin le temps où l'empire britannique avait mis la main sur le pétrole iranienne, irakien,...

le 28/09/2021 à 20:25
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Ta rien compris...

à écrit le 27/09/2021 à 16:25
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"Achats paniques" Tous les achats ne sont ils pas plus ou moins liés à la panique ?

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