Minerais en Ukraine : Paris discute avec Kiev depuis l'automne
latribune.fr
La France veut diversifier son approvisionnement en matières premières pour son industrie de défense, d'après le ministre des Armées Sébastien Lecornu (photo d'archive).
Alors que l’Ukraine devrait bientôt conclure un accord pour donner aux États-Unis accès à ses minerais, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a indiqué être lui aussi en pourparlers sur ce sujet avec son homologue ukrainien.
Les États-Unis ne sont pas les seuls intéressés par les minerais de l'Ukraine. La France l'est aussi et serait même en discussion avec Kiev « depuis le mois d'octobre » à ce sujet, a déclaré ce jeudi le ministre des Armées sur Franceinfo. « C'est le président Zelensky lui-même qui, à l'automne dernier, (...) a mis la question des matières premières dans son plan pour la victoire, faisant d'ailleurs un certain nombre de propositions non pas qu'aux États-Unis mais aussi à la France », a affirmé Sébastien Lecornu.
L'utilisation de ces minerais par la France serait dirigée vers l'industrie de défense du pays, dans le cadre d'une vision de long terme. « On ne cherche pas à se faire rembourser, mais notre industrie de défense va avoir besoin d'un certain nombre de matières premières tout à fait clé dans nos propres systèmes d'armes, non pas pour l'année prochaine, mais pour les trente ou quarante prochaines années, a-t-il ajouté. On se doit de diversifier ça. » Et ce serait pour cette raison que le président Emmanuel Macron a demandé à son ministre de « rentrer en discussion avec les Ukrainiens ». Et ce « au niveau français », indépendamment de l'Europe.
La question des minerais ukrainiens est sur le devant de la scène depuis le retour fin janvier de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le dirigeant américain négocie âprement ces derniers jours un accord-cadre avec Kiev pour que les États-Unis puissent y avoir accès, en compensation de l'aide versée depuis trois ans par son pays afin de faire face à l'offensive russe. Cet accord pourrait être conclu ce vendredi, Volodymyr Zelensky étant attendu à Washington pour y rencontrer son homologue américain.
Pour l'Ukraine, une condition clé pour l'accepter est d'obtenir des garanties de sécurité devant dissuader la Russie de toute nouvelle invasion après un hypothétique cessez-le-feu. Kiev a aussi réclamé des soldats de maintien de la paix, mais les États-Unis ont rejeté cette option, tout en étant favorables à un déploiement d'Européens. Une perspective d'entrée de l'Ukraine dans l'Otan est aussi « à oublier », a fait savoir Donald Trump.
À ce stade, le flou demeure sur le contenu précis de cet accord. Le texte comporterait apparemment une référence à la sécurité de l'Ukraine, mais pas de garanties concrètes.
Riche sous-sol
Si le sous-sol ukrainien intéresse autant, c'est parce qu'il concentrerait quelque 5 % des ressources minières mondiales. Notamment des minerais stratégiques comme le manganèse — l'Ukraine en serait le 8e producteur mondial selon World Mining Data —, le titane (11e), ou encore le graphite (14e), indispensable aux batteries électriques. L'Ukraine concentre même « 20 % des ressources mondiales estimées » de ce minerai, selon le Bureau français de recherches géologiques et minières (BRGM). Ce dernier estime aussi qu'il s'agit de l'« un des principaux pays d'Europe en matière de potentiel » d'exploitation du lithium, également incontournable pour les batteries.
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Reste qu'exploiter ces gisements impliquerait des investissements considérables, car les minerais sont souvent difficiles à extraire. Autre problème : certains sont situés en territoires occupés et donc sous contrôle russe. Ainsi, à titre d'exemple, le gouvernement ukrainien estime que l'exploitation du dépôt de Novopoltavské, dans la région de Zaporijjia, requerrait, à lui seul, 300 millions de dollars d'investissement. Or, ce site — qui contiendrait apatite, tantale, niobium, strontium, terres rares ou encore de l'uranium — est dans une région occupée. Idem pour le gisement de Chevtchenkivské — où l'on trouve du lithium, du tantale, du niobium et du béryllium... — qui se situe à moins de 10 kilomètres du front, dans un secteur menacé par les avancées de l'armée russe.
Le Kremlin a pour le moment exclu de céder les zones sous son contrôle. Vladimir Poutine a, en revanche, dit être favorable à des investissements américains dans ces territoires occupés.