Les paysages laissés par une bataille ont toujours un caractère intrigant. Prenons pour exemple Omaha Beach, par une magnifique journée de fin de printemps en Normandie : la lumière translucide, le ciel d'un bleu Klein étourdissant, les eaux paisibles de la Manche... La plage s'étale sous nos yeux avec une splendeur pleine de retenue. Aucune trace du carnage advenu sur ce sable lorsque les troupes alliées - 135 000 hommes - ont pris d'assaut les côtes françaises lors d'une opération parmi les plus épiques de l'histoire militaire : le débarquement du 6 juin 1944, qui a sonné le glas de la domination nazie en Europe.
Plus de 10 000 soldats alliés ont péri en ce premier jour décisif. Quatre-vingts ans plus tard, rassemblées face à la plage dans un amphithéâtre en préfabriqué de conception plutôt ingénieuse, se tenaient jeudi plus de 5 000 personnes - dont le président de la République, le président des États-Unis et une vingtaine d'autres chefs d'État - afin de commémorer cette invasion qui a profondément changé le cours de la Seconde Guerre mondiale.
Parmi les nombreux moments forts de cette poignante journée in memoriam, j'ai eu le plus grand mal à retenir une larme en regardant les ultimes vétérans américains du Débarquement s'avancer sur scène en fauteuil roulant. C'est alors qu'une pensée m'a frappé : puisque nul ne pouvait à l'époque s'enrôler dans l'armée américaine avant l'âge de 18 ans, le plus jeune de ces survivants devait avoir au moins 98 ans.