Nucléaire iranien : premières sanctions américaines après le retrait de l'accord
Gabrielle Thin

Manifestations en iran avant le retour des sanctions americaines
Morteza Nikoubazl
Gabrielle Thin

Manifestations en iran avant le retour des sanctions americaines
Morteza Nikoubazl
Le peuple iranien est nerveux. Le retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire de 2015, qui suspendait les sanctions économiques frappant Téhéran en échange de l'encadrement de ses activités nucléaires va coûter cher à l'économie iranienne.
Le gouvernement américain doit détailler ce lundi les sanctions qui s'appliqueront à partir de mardi minuit, heure de Washington.
Cette première série de sanctions devrait frapper le commerce de matières premières (or, aluminium, acier, charbon), de logiciels, de véhicules, ainsi que le secteur automobile et surtout les acquisitions de dollars. Plus symboliquement, l'interdiction porte aussi sur les importations de tapis persans et de pistaches.
Ces mesures inaugurent une période transitoire de 180 jours qui prendra fin le 4 novembre. À compter de cette date sera acté le rétablissement des sanctions contre les importations d'hydrocarbures, dont le coût pour Téhéran sera incomparablement plus élevé.
La fébrilité est à son comble : la perspective des sanctions et de leurs conséquences sur l'activité, ainsi que certaines annonces du gouvernement, ont déjà beaucoup déstabilisé la monnaie.
Le rial a perdu plus de la moitié de sa valeur par rapport au dollar depuis avril, et un cinquième de sa valeur depuis deux semaines. En effet, pour se prémunir, entreprises et épargnants iraniens ont eu recours à des devises étrangères fortes contribuant à la chute de leur monnaie. Parallèlement, en avril, le gouvernement avait fixé le taux officiel à 42.000 rials pour un dollar, menaçant de poursuites les cambistes du marché parallèle. Ceci n'a pas empêché la spéculation sur le marché noir : la semaine dernière, le taux de change du rial y est tombé à 119.000 pour un dollar, avant de se redresser dimanche soir à 98.500 rials pour un dollar.
Le gouvernement a réagi avec vigueur à ces dérives, procédant à l'arrestation du vice-gouverneur et chef du département des changes de la banque centrale iranienne ainsi que d'autres responsables présumés de la chute du cours de leur monnaie, et de cambistes.
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Il a cependant aussi cherché à assouplir la politique de change afin d'apaiser la population iranienne victime d'une inflation galopante de 210%, et qui a manifesté dimanche soir pour le sixième jour consécutif. Le nouveau gouverneur de la banque centrale iranienne Abdolnasser Hemati doit présenter ce lundi sa nouvelle feuille de route : les importations de première nécessité devraient s'effectuer au taux de 42.000 rials pour un dollar, tandis que pour le reste les importateurs pourraient négocier les taux, après l'annonce dimanche soir d'une levée partielle de l'interdiction de vente de devises étrangères à des taux flottants.
Les autorités iraniennes ont réagi au retour des sanctions, fustigeant à la fois les États-Unis et leurs alliés saoudiens et israélien :
Sur la scène internationale, les autres pays signataires de l'accord multiplient les commentaires pour exprimer leur regret de cette situation et maintenir leur engagement.
Soulignant que la levée des sanctions constitue une partie essentielle de l'accord pour l'économie, le commerce et la population iranienne, l'Union européenne a confirmé son engagement.
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Pourtant, les États-Unis nient être les seuls responsables de cette impasse et soulignent les difficultés croissantes d'une économie iranienne caractérisée par un chômage et une inflation élevés qui pèsent sur la population.
De façon surprenante, le dialogue ne semble pas officiellement rompu du côté américain, comme le souligne Mike Pompeo qui déplore le manque de coopération iranien.
Il a tout de même précisé que seuls un « changement important » et un « comportement normal » des autorités iraniennes leur permettraient d'échapper à ce retour des sanctions.
Gabrielle Thin
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