REPORTAGE - Le président russe convoite la « perle de la mer Noire » mais l'Ukraine a réussi à ouvrir un couloir maritime pour ses exportations de céréales, une victoire qui pourrait être le prélude à des opérations pour isoler la Crimée.Chaque nuit, ou presque, c'est le même scénario. Le son des sirènes monte dans la ville, le ciel s'illumine et les premières déflagrations éclatent. La défense antiaérienne entre en action pour intercepter les slaves de drones et de missiles lancées par la Russie contre Odessa. Parfois, sans succès, comme dans la nuit du 2 au 3 mars, quand un drone s'est fracassé contre un immeuble de neuf étages en faisant douze morts dont cinq enfants. Ou plus spectaculaire, le 6 mars, l'explosion à proximité du lieu de la rencontre entre
le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le président ukrainien Voloymyr Zelensky.
La guerre de la mer Noire se joue, en partie, dans le port, en bas des 192 marches de l'escalier Potemkine. Une zone militaire interdite d'accès, cible privilégiée de Moscou, symbolisée par la façade noircie de sa figure de proue, l'Hôtel Odessa, touchée par une frappe massive en septembre 2023.
Record d'activité portuaire en février
Les attaques russes se poursuivent mais elles n'ont pas empêché les ports de la région d'Odessa et du Danube de battre un record d'activité en février : huit millions de tonnes de marchandises exportées via le corridor maritime mis en place depuis l'automne 2023 par les forces armées ukrainiennes. Sans marine, mis à part quelques corvettes et patrouilleurs, l'Ukraine a réussi à briser le blocus russe en obligeant la flotte russe à se replier dans la partie orientale de la mer Noire. Les navires longent les côtes ukrainiennes, roumaines, bulgares et turques avant de rejoindre le détroit du Bosphore et la Méditerranée. Le secret de ce tour de force ? Les drones navals de fabrication ukrainienne Magura V5 qui ont coulé en février et mars trois bâtiments russes : la corvette lance-missiles Ivanovets, le navire de débarquement Tsezar-Kunikov et le patrouilleur Sergueï Kotov. Sans compter les missiles de croisière ukrainiens Neptune et les missiles Storm Shadow/Scalp, fournis par le Royaume-Uni et la France, qui empêchent les navires russes d'approcher à moins de 100 miles marins du rivage ukrainien. « Un tiers de la flotte russe en mer a été neutralisé », affirme Dmytro Pletenchuk, porte-parole de la marine ukrainienne, une victoire qui pourrait être le prélude à d'autres opérations visant à isoler la Crimée.
François d'Alançon, envoyé spécial à Odessa