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ÉconomieInternational

Pénalisé par la chute des prix du pétrole, le Venezuela cherche à éviter la faillite

Photo de Robert Jules

Robert Jules

Publié le 08 septembre 2015 à 15:07 - Mis à jour le 08 septembre 2015 à 15:47

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Dépendant étroitement des prix de l'or noir, le Venezuela doit faire face à une chute de ses recettes, et doit puiser dans ses réserves de change pour maintenir son niveau de dépenses. Jusqu'à quand ?

Nicolas Maduro voyage beaucoup. Ces derniers jours, le président vénézuélien s'est rendu en Russie, en Chine, au Vietnam, et au Qatar. Avec deux objectifs. Le premier est de convaincre ses interlocuteurs de la nécessité pour les pays exportateurs de pétrole - membres ou non membres de l'Opep - de déterminer une stratégie commune pour soutenir les prix du baril. Ils sont passés de 100 dollars en décembre 2014 à 40 dollars récemment, leurs plus bas niveaux depuis six ans. Un manque à gagner pour le pays dont 96% des recettes d'exportation proviennent de la vente de l'or noir. Selon l'Administration de l'énergie américaine, les revenus du pays sont passés de 67 milliards de dollars en 2013 à 58 milliards de dollars en 2014, soit une baisse de presque 13,5%.

5,6 milliards de dollars à rembourser d'ici la fin de l'année

Le deuxième objectif est d'obtenir rapidement des aides financières. La république bolivarienne est en effet financièrement proche de l'asphyxie. D'ici la fin de l'année, elle doit rembourser une dette cumulée de 5,6 milliards de dollars et de 12 milliards de dollars en 2016, selon les calculs de l'agence Bloomberg.

En conséquence, le pays doit puiser dans ses réserves de change - dont 80% est sous forme d'or - pour pouvoir faire face à ses dépenses publiques. Selon Joe Kogan, analyste chez Scotiabank, cité par Bloomberg, le Venezuela le ferait à raison de 1,8 milliard de dollars en moyenne par mois. L'expert estime le montant des réserves à 16,4 milliards de dollars, et prévoit que si la situation ne change pas, la république bolivarienne serait en faillite en avril prochain.

Pékin prête de nouveau 5 milliards de dollars

Au début de l'année, le Venezuela comptait sur la Chine pour lui prêter 20 milliards de dollars (Pékin a prêté 45 milliards de dollars au cours des 10 dernières années). Mais la république populaire ne lui a accordé que 5 milliards de dollars. La semaine dernière, le successeur de Hugo Chavez a toutefois annoncé depuis Pékin qu'il avait obtenu un prêt supplémentaire d'un montant similaire mais qui sera uniquement dédié à la relance de la production pétrolière.

Car le pays qui a les plus importantes réserves de pétrole du monde (si l'on inclut le pétrole non conventionnel) voit le niveau des extractions de sa compagnie publique pétrolière, PDVSA, baisser régulièrement par manque d'investissement. Selon les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la production s'élevait à 2,46 millions de barils par jour (mbj) en 2014, en recul de 1,6% par rapport à 2013. Sur le deuxième trimestre de cette année, elle s'affichait en moyenne à 2,44 mbj.

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Quant à la Chine, qui affronte ses propres problèmes dont un ralentissement de sa croissance économique, le soutien au Venezuela est devenu moins stratégique, sa demande en pétrole se stabilisant.

Importantes ristournes

Pour engranger des recettes, le Venezuela va jusqu'à offrir à ses clients proches mais en difficultés comme la Jamaïque ou la République dominicaine des prix très attractifs à condition qu'ils paient en cash.

Car Nicolas Maduro ne peut pas compter sur un fort rebond des cours à court terme, du moins au niveau qu'il lui conviendrait. A Moscou, la semaine dernière, il déclarait que « le mieux [ndlr : pour le Venezuela] pour assurer les investissements dans l'énergie dans les 50 prochaines années », serait un prix du baril qui se situe « au moins à 70 dollars. »

D'autant que la Russie, par la voix de son ministre de l'Energie Alexander Novak, s'oppose à toute réunion qui inscrirait à l'ordre du jour une réduction de la production pour soutenir les prix. Il en est de même d'ailleurs de l'Arabie Saoudite, leader de l'Opep, qui fait la sourde oreille aux demandes des pays exportateurs les plus fragilisés par la baisse des cours.

Mécontentement des Vénézuéliens

La marge de manœuvre pour Nicolas Maduro est d'autant plus étroite qu'il doit affronter le mécontentement croissant des Vénézuéliens. Celui-ci est alimenté par la récession économique, le PIB s'est contracté de 3%, officiellement, en 2014, et certains économistes prévoient une baisse de 7% cette année, et par une inflation galopante - 68,5 % officiellement en 2014 - qui devrait atteindre 150% cette année, et qui se manifeste par des pénuries de produits de base, notamment alimentaires.

En effet, les coûts des importations est renchéri par le plongeon du bolivar face au dollar. Si le gouvernement a mis en place un système complexe de différents taux (6,3%, 12,8% et 200%) de convertibilité, ceux-ci n'ont que peu à voir avec le cours du marché noir.

A titre d'exemple, le salaire minimum mensuel s'élève officiellement à 7.422 bolívars, soit, en le convertissant la semaine dernière, 37 dollars au taux officiel le plus faible et 10 dollars sur le marché parallèle.

Pour l'année prochaine, le gouvernement préparerait, selon le Wall Street, l'émission de billets de 500 et peut-être 1.000 bolivars pour faire face à cette importante dépréciation de la devise.

Des problèmes plus structurels

A ces problèmes s'en ajoutent d'autres, plus structurels. La société vénézuélienne est minée par une corruption importante - le pays occupe la 161e place sur 175 du classement 2014 de Transparency International-, et par la violence ( en 2013, le pays affichait déjà un des taux les plus élevés du monde ave 45,1 homicides pour 1000, selon l'Unodc).

Par ailleurs, les relations avec son voisin la Colombie se sont détériorées après l'expulsion manu militari de 1.300 Colombiens, qui a poussé au départ de quelque 10.000 autres Colombiens préférant retourner dans leur pays pour éviter le risque de perdre leurs biens.

Face à cette situation qui pourrait se révéler explosive, Nicolas Maduro n'entend pas pour autant réduire les dépenses publiques en coupant dans les généreux programmes sociaux mis en place par son prédécesseur, qui avait permis de réduire le taux de pauvreté de 50% à 30% entre 1998 et 2013, et de faire passer l'indice Gini de 0,49 (1998) à 0,40 en 2012.

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Car des élections législatives se tiennent le 6 décembre. Et appliquer un programme d'austérité dans les prochains mois serait le plus sûr moyen pour le président de perdre sa majorité au parlement.

Robert Jules

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