Pétrole : l'OPEP+ devrait rester prudente en dépit du risque d'un embargo européen contre la Russie

Les treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menés par Ryad, et leurs dix partenaires conduits par Moscou (Opep+), devraient s'en tenir à une hausse de 400.000 barils par jour, dans la lignée de leurs dernières décisions, alors même qu'un potentiel embargo sur le pétrole russe décrété par l'Europe pourrait entraîner un choc de l'offre.

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(Crédits : DADO RUVIC)

Alors qu'un embargo européen sur le pétrole russe pourrait se préciser cette semaine - un projet est étudié par les Etats-membres ce mardi - l'Opep+ va-t-elle augmenter sa production de barils pour combler une éventuelle sanction, alors que la Russie a fourni aux Vingt-Sept 30% du brut et 15% des produits pétroliers en 2021 ? Pas si sûr.

Cet arrêt "qui paraît de plus en plus probable", combiné à une alliance Opep+ qui ne semble pas prête à accélérer le rythme de production, "va restreindre l'offre et donc maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé", estime Han Tan, analyste pour Exinity Group.

Depuis fin mars et la dernière réunion de l'OPEP+, les cours sont restés dans la même fourchette, oscillant entre 97 et 115 dollars pour le Brent de la mer du Nord, référence de l'or noir en Europe, et entre 92 et 110 dollars pour le WTI américain.

Maintien d'un niveau de production prudent

Selon de nombreux analystes, l'Opep+, alliance qui a vu le jour en 2016 pour réguler le marché, devrait donc s'en tenir une fois encore à une augmentation marginale du volume total, d'environ 400.000 barils par jour. L'organisation doit se réunir jeudi et devrait donc agir dans la continuité de sa stratégie de réouverture modeste de ses robinets, initiée en mai 2021 dans un contexte de reprise, après des coupes drastiques pour surmonter le choc de la pandémie.

Lors de sa dernière convocation fin mars, les treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menés par Ryad, et leurs dix partenaires conduits par Moscou (Opep+), avaient adopté une position prudente, alors même que le prix du brut s'était envolé à 110 dollars le baril. Lors de cette réunion du cartel et de ses partenaires, la Russie au premier chef, les pays exportateurs avait opté pour une augmentation de leur offre de 400.000 barils par jour en avril, comme ils l'avaient fait en février et mars. En réalité, plusieurs membres n'arrivent pas à atteindre leur quota de production.

Difficulté de production

Par exemple, dotée des réserves les plus abondantes d'Afrique, la Libye est en proie à une longue et grave crise politico-institutionnelle qui a entraîné le blocage de sites pétroliers. Dans un entretien accordé à l'AFP, le ministre du Pétrole et du Gaz Mohamad Ahmad Aoun avait fait état d'une baisse de la production "d'environ 600.000 barils par jour", soit la moitié de son niveau quotidien.

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Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février, qui a dopé les cours sur fond de craintes pour l'offre et de discussions d'un embargo sur le pétrole russe, les appels se sont multipliés pour que le cartel soulage le marché. C'est notamment le cas des Etats-Unis, qui ont décrété début mars une interdiction d'importation de pétrole russe. Depuis, Washington tente de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement, notamment du côté de l'Arabie Saoudite, membre de l'Opep, mais qui n'a pas répondu favorablement, pour le moment. Résultat, Joe Biden a décidé de frapper fort en puisant dans les stocks stratégiques des Etats-Unis 1 million de barils par jour durant six mois, soit au total quelque 180 millions de barils, pour faire baisser les prix de l'essence. L'agence internationale recommande notamment aux pays de puiser dans les stocks pour limiter le choc d'un possible embargo européen sur le pétrole russe, à hauteur de 240 millions de barils dans les stocks, comprenant ceux américains.

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Et le refus de l'Opep+, ces derniers mois, de doper l'offre, aura un nouvel argument pour justifier le statu quo, alors que la demande en or noir s'effrite. En effet, la Chine affronte sa pire flambée épidémique depuis le printemps 2020 et a pris des mesures drastiques, en particulier dans la métropole de Shanghai, dont les 25 millions d'habitants sont contraints de rester chez eux depuis un mois. Or le pays est le deuxième plus grand consommateur et le plus grand importateur de pétrole brut au monde.

Inquiétude sur la demande chinoise

Dans ce climat fébrile, l'Opep+ a révisé à la baisse ses prévisions pour la demande pétrolière globale. Les récentes baisses de prix ont été déclenchées par "les craintes que les confinements dus au coronavirus en cours en Chine puissent sérieusement freiner la demande de pétrole dans ce pays", explique Carsten Fritsch, analyste chez Commerzbank.

Pèsent aussi sur le marché les craintes d'un ralentissement économique mondial causé par la guerre en Ukraine. Le Fonds monétaire international (FMI) a, mi-avril, fortement abaissé ses prévisions de croissance mondiale pour 2022 en raison des "ondes sismiques" provoquées par le conflit, notamment de l'inflation galopante qui mine le pouvoir d'achat des consommateurs. Le Fonds monétaire international a abaissé  ses prévisions de croissance mondiale à 3,6 % pour 2022, en diminution de 0,8 point par rapport à celles de janvier.

Le commerce international fragmenté

A plus long terme, les conséquences sur la mondialisation pourraient dévastatrices. La guerre en Ukraine et les sanctions imposées à la Russie sont en train de chambouler le commerce international, expliquait notamment l'Organisation mondiale du commerce. A plus long terme, c'est bien une "désintégration" du système des échanges mondiaux qui menacerait. Emergeraient alors deux blocs fondés sur des enjeux géopolitiques - un centré sur les États-Unis et un autre autour de la Chine - dont les échanges entre eux seraient extrêmement limités.

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(avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 03/05/2022 à 18:08
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Les mauvaises nouvelles s'enchainent et s'accélèrent, ils n'ont pas fini de chercher à nous mettre au pas.

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