Pétrole : le marché achète la promesse de l'Opep en attendant sa réalisation

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il faudra attendre la réunion du 30 novembre pour voir l'engagement effectif des membres de l'organisation. D'ores et déjà, l'Iran, la Libye et le Nigeria ont demandé à être exemptés de la mesure, ce qui mécaniquement augmente l'effort à faire pour les autre membres, principalement l'Arabie Saoudite. Un effort conséquent puisque les 14 membres de l'Opep ont produit en septembre, selon l'estimation de l'AIE, 33,6 mbj (+ 910.000 bj sur un an!), son volume le plus élevé depuis sa création.
il faudra attendre la réunion du 30 novembre pour voir l'engagement effectif des membres de l'organisation. D'ores et déjà, l'Iran, la Libye et le Nigeria ont demandé à être exemptés de la mesure, ce qui mécaniquement augmente l'effort à faire pour les autre membres, principalement l'Arabie Saoudite. Un effort conséquent puisque les 14 membres de l'Opep ont produit en septembre, selon l'estimation de l'AIE, 33,6 mbj (+ 910.000 bj sur un an!), son volume le plus élevé depuis sa création. (Crédits : Reuters)
L'Opep et la Russie sont d'accord pour limiter la production de pétrole pour faire remonter les cours. L'intention a déjà eu un effet positif sur les prix du baril, qui pourrait cependant être de courte durée. Le 30 novembre, la réunion de l'Opep devra décider quels sont les membres qui feront les efforts, ce qui s'annonce plus que délicat dans le contexte actuel.

"Le vrai travail commence maintenant." L'adresse de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) à l'Opep dans son dernier rapport mensuel publié ce jour résume bien le défi que s'est lancé le cartel le 28 septembre lors sa dernière réunion à Alger en fixant un plafond de production compris entre 32,5 et 33 millions de barils par jour (mbj). L'organisation avait surpris les observateurs en décidant d'auto-limiter sa production pour la première fois depuis huit ans.

Un plus haut de 15 mois

L'intention affichée a déjà produit ses effets en propulsant le prix du baril de brut à un plus haut de 15 mois. A New York, le WTI, sur le contrat de novembre, s'est affiché à 51,35 dollars lundi, tandis qu'à Londres, le baril de Brent lui s'est hissé à 53,14 dollars, avant de se replier.

Lundi, le ministre saoudien de l'Energie, Khaled al-Faleh, estimait même au Congrès mondial de l'Energie à Istanbul, qu'un baril de brut à 60 dollars était envisageable d'ici la fin de l'année. Vladimir Poutine a également participé à l'unanimisme des pays exportateurs en annonçant que la Russie réduirait sa production de... 1% à 2%. Pourquoi ce soudain changement de cap de la part des principaux exportateurs d'or noir?

Comme l'explique l'AIE : "L'Opep a abandonné sa politique de laisser le marché libre qu'il avait décidée deux ans auparavant. Les stocks de brut mondiaux sont beaucoup trop élevés, selon certains producteurs, et ils ne baissent pas suffisamment rapidement." C'est ce constat qui explique cette prise de conscience, alimentée par les pressions budgétaires des Etats des pays producteurs.

Une hausse de 10 dollars permet 25% de hausse de revenus

Selon les calculs de l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), "un prix à 50 dollars le baril permet une hausse des revenus de 25 % par rapport à 40 dollars le baril, ce qui représente une différence non négligeable de l'ordre de 150 milliards de dollars pour l'OPEP et de 40 milliards de dollars pour la Russie".

Pour autant, il faudra attendre la réunion du 30 novembre pour voir l'engagement effectif des membres de l'organisation. D'ores et déjà, l'Iran, la Libye et le Nigeria ont demandé à être exemptés de la mesure, ce qui mécaniquement augmente l'effort à faire pour les autre membres, principalement l'Arabie Saoudite. Un effort conséquent puisque les 14 membres de l'Opep ont produit en septembre, selon l'estimation de l'AIE, 33,6 mbj (+ 910.000 bj sur un an!), son volume le plus élevé depuis sa création.

Des pays comme l'Irak et l'Iran pompent à des niveaux inédits, respectivement à 4,46 mbj et 3,67 mbj. Sans compter qu'en dehors de l'Opep, le leader, la Russie, a ouvert les vannes le mois dernier, portant la production non-Opep à 56,6 mbj en septembre, soit une hausse de près de de 0,5 mbj. Si Moscou affiche ses bonnes intentions, il faut toutefois rester circonspect. Ainsi, lundi, Igor Setchine, le patron de la compagnie Rosfnet, qui représente 40% de la production russe, a précisé qu'il ne comptait pas réduire ses extractions. "Pourquoi devrions-nous le faire?", a -t-il ironisé, doutant de la volonté des membres de l'Opep d'appliquer effectivement leur décision, tout en rappelant qu'un prix du baril de brut au-dessus de 50 dollars correspondait au seuil de rentabilité des producteurs américains de pétrole de schiste, qui a changé la donne sur le marché mondial.

Selon l'IFPEN, l'activité de forage aux Etats-Unis "est relancée depuis mai 2016"  (+ 34 %). "Si, sous l'effet de la hausse des prix, cette tendance se poursuit, la production pourrait progresser significativement dès 2018. En retenant l'hypothèse réaliste de 750 appareils de forage actifs contre 1.300 en octobre 2014 et 330 actuellement, la hausse de la production atteindrait 1,4 mbj", anticipe l'institut, une tendance qui annulerait à moyen terme les effets de régulation de l'Opep dans sa politique de soutien des prix.

Autre sujet de préoccupation pour l'organisation, la demande mondiale de brut. Sa croissance devrait être un peu plus faible qu'anticipé précédemment en 2016 par l'AIE qui a abaissé sa prévision de hausse pour cette année de 1,3 à 1,24 mbj, à 96,3 mbj. Mais cette demande devrait à nouveau progresser de 1,2 mbj en 2017 pour s'établir à 97,5 mbj.

L'inconnue de la hausse des taux américains

Autre inconnue de l'équation que doit intégrer l'Opep : la décision de la réserve fédérale américaine de relever ses taux. Celle-ci, maintes fois annoncée, peut avoir un effet sur le marché pétrolier, sous l'effet d'un probable valorisation du dollar, qui évolue en sens inverse du prix du pétrole, et a également un impact négatif sur la croissance mondiale à laquelle est corrélée la demande d'or noir.

Pour le moment, le marché achète l'intention de l'Opep. Reste à savoir si l'Arabie Saoudite  acceptera de réduire ses parts de marchés en prenant à sa charge la plus importante part de la réduction. En septembre, elle a pompé, 10,58 mbj, soit plus de 31% de le production des 14 membres du cartel.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2016 à 10:00 :
Logique le marché adore tout ce qui est subjectif, à savoir tout ce qui n'existe pas, tout ce qui est déconnecté du réel. Immaturité des actionnaires milliardaires sans doute.
a écrit le 12/10/2016 à 8:21 :
L'augmentation du prix de l'énergie a deux effets. Sur le plan international, elle réduit la croissance de l'économie des pays consommateurs d'énergie. Mais compensée par une réduction du cout du travail, elle augmente la croissance de l'économie du pays qui adopte cette mesure. C'est important et d'un effet complètement différent.
Réponse de le 12/10/2016 à 12:21 :
Réduction du coût du travail?
Bienvenu aux esclaves de l'Est.

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