Pour freiner l'effet domino après Evergrande, Pékin lâche du lest sur les banques

Alors que plusieurs géants de l'immobilier menacent de s'effondrer, Pékin tente de stopper l'hémorragie et allège la pression sur les établissements financiers pour les encourager à accorder davantage de crédits. Les autorités réitèrent également leur soutien au secteur de l'immobilier afin d'éviter que la crise ne se propage jusqu'aux marchés financiers.

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Pékin tente de sauver le secteur de l'immobilier.
Pékin tente de sauver le secteur de l'immobilier. (Crédits : Reuters)

Alors que Sunshine 100 vient de s'ajouter à la liste des promoteurs immobiliers surendettés en Chine, Pékin tente de sauver le secteur ébranlé par les déboires financiers du géant Evergrande. Après avoir resserré le vis sur le secteur immobilier pour les promoteurs en imposant des conditions strictes, la banque centrale est aujourd'hui contrainte de lâcher un peu de lest. La banque centrale abaisse ainsi le taux de réserve obligatoire des banques de 0,5 point dès le 15 décembre, a -telle indiqué lundi.

Cette mesure vise à alléger la pression sur les banques en diminuant la part des dépôts qu'elles sont tenues de garder dans leurs coffres. L'objectif est de les encourager à accorder plus de crédits, à des conditions plus favorables, aux entreprises - et in fine à soutenir l'économie. Il faut dire que l'immobilier et la construction pèsent plus du quart du PIB du géant asiatique et servent de locomotive à d'autres secteurs, comme l'acier ou l'ameublement.

D'après la banque centrale, cette décision doit permettre d'injecter à long terme 1.200 milliards de yuans (166 milliards d'euros) dans l'économie. L'abaissement du taux de réserve "va limiter le ralentissement mais ne l'empêchera pas", estime l'analyste Julian Evans-Pritchard du cabinet Capital Economics, arguant d'une mesure insuffisante.

La dernière baisse du taux de réserve obligatoire remontait à juillet et était alors la première de l'année.

Risque d'effondrement de l'immobilier

Mais, même si le pays s'est remis du choc initial de la pandémie, de petits foyers sporadiques de Covid-19 continuent néanmoins à perturber l'activité. Pourtant, la Chine avait été l'an dernier la seule grande économie à enregistrer une croissance positive de son PIB (2,3%). Désormais, la reprise est également fragilisée par une flambée du prix des matières premières et une crise dans l'immobilier, notamment avec le cas Evergrande. Le poids lourd privé du secteur, qui croule sous quelque 260 milliards d'euros d'endettement, se débat en effet depuis quelques mois pour honorer ses paiements d'intérêts et ses livraisons d'appartements.

La situation du groupe aux 200.000 employés est scrutée avec inquiétude car son potentiel effondrement pourrait plomber la croissance, et entraîner de l'agitation sociale. De plus, les déboires d'Evergrande minent la confiance d'acheteurs potentiels et par ricochet celle d'autres promoteurs immobiliers, qui a leur tour se retrouvent dans une situation financière délicate.

C'est notamment le cas de Sunshine 100. Le promoteur chinois, qui n'est pas un acteur majeur en Chine, a en effet averti qu'il était "incapable" de rembourser un emprunt. Dans un communiqué adressé à la Bourse de Hong Kong, il a indiqué qu'il n'avait pu honorer un remboursement de 170 millions de dollars (150,6 millions d'euros) dû la veille, ainsi que des intérêts. Des discussions sont en cours avec les créanciers pour trouver une solution, dont un "rééchelonnement" de la dette, ajoute Sunshine 100 sans plus de précisions. D'autre part, Kaisa, l'une des entreprises les plus endettées du secteur, doit s'acquitter mardi d'un remboursement de 400 millions de dollars dus sur des intérêts d'emprunt.

Ainsi, face au risque d'effondrement du secteur, le bureau politique du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir a annoncé son "soutien" au secteur immobilier, ce lundi lors d'une réunion consacrée à l'économie.

"Il est nécessaire de favoriser la construction de logements abordables, soutenir le marché [...] et promouvoir un développement sain" du secteur immobilier, affirme le compte rendu de la réunion présidée par le numéro un chinois, Xi Jinping.

Un discours tout autre que celui de l'an dernier où les autorités, inquiètes du gonflement de la dette dans le secteur immobilier, avaient imposé aux principaux promoteurs des ratios prudentiels pour réduire leur recours à l'emprunt. Ce durcissement réglementaire avait marqué le début des soucis financiers pour Evergrande.

Aujourd'hui, les déclarations de Pékin adressées au secteur sont "positives" et contrastent avec les critiques passées du pouvoir sur la spéculation immobilière, remarque l'économiste Zhiwei Zhang, chez Pinpoint Asset Management.

La menace Omicron

D'autre part, la Chine semble arriver jusqu'ici à échapper au nouveau variant Omicron. Il n'empêche que même si la Chine continentale n'a pour l'heure recensé aucun cas de ce variant, le pays reste très dépendant des exportations pour son économie, au moment où les frontières se referment.

Compte tenu de la dégradation des conditions sanitaires, le Fonds monétaire international (FMI) a dit vendredi envisager une baisse des prévisions de croissance mondiale. Pour la Chine, le FMI table pour l'heure sur une progression de 8% du produit intérieur brut cette année.

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Commentaires 2
à écrit le 07/12/2021 à 8:45
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il faut prendre pour acquis le modele chinois pour renationaliser les entreprises sur le sol francais

à écrit le 06/12/2021 à 15:04
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La solution est de les biens immobiliers moitié prix pour retrouver un peu de cash et augmenter le pouvoir d'achat et donc la croissance économique des chinois. Ah ces riches hein il faudrait les tenir en laisse ! Mais j'ai l'impression que le gouve...

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