Erdogan et Poutine s'accordent pour bâtir un « hub gazier » de l'Europe en Turquie

Vladimir Poutine a proposé, jeudi, à son homologue russe la création d'un « hub gazier » en Turquie permettant « des livraisons vers d'autres pays », notamment à l'Europe. Une proposition qui n'a « aucun sens » a jugé la France, les Vingt-Sept essayant de réduire depuis plusieurs mois leur dépendance aux livraisons venues de Moscou. De son côté, Erdogan a affirmé que les travaux commenceraient immédiatement.
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus en privé en marge du sixième sommet de la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) à Astana, au Kazakhstan.
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus en privé en marge du sixième sommet de la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) à Astana, au Kazakhstan. (Crédits : Reuters)

[Article publié le 13.10.2022, mis à jour le 14.10. à 12:00]

Vladimir Poutine et Recept Tayyip Erdogan ne cachent pas leur bonne entente. Les deux dirigeants, de Russie et de Turquie, ont d'ailleurs décidé de se lancer dans un projet rassemblant les deux pays : celui d'un « hub gazier » en Turquie.

C'est ce qu'a annoncé Vladimir Poutine, jeudi 13 octobre, en marge du sixième sommet de la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) à Astana, au Kazakhstan lors d'un échange télévisé avec le président turc. « Nous pourrions examiner la possibilité de créer sur le territoire turc un hub gazier pour des livraisons vers d'autres pays », notamment vers l'Europe, a-t-il déclaré, justifiant son choix en expliquant que la Turquie s'est avérée être « actuellement l'itinéraire le plus sûr pour les livraisons » de gaz russe.

Pour appuyer son propos, le chef d'État russe a assuré qu'avec cette plate-forme gazière« que nous pourrions créer ensemble bien sûr, il s'agirait également d'une plate-forme non seulement pour les approvisionnements mais aussi pour déterminer le prix, car c'est une question très importante - la question de la tarification ». Et d'ajouter : « Aujourd'hui, ces prix sont très élevés ; nous pourrions facilement les réguler au niveau normal du marché, sans aucune connotation politique ».

Lire aussiLa Turquie commande du gaz à la Russie, dont le quart sera payé en roubles

Si Erdogan n'a, dans l'immédiat, pas fait de commentaire sur cette proposition, il a ordonné, dès le lendemain, à son gouvernement de commencer à travailler sur ce projet. « Nous avons donné, avec M. Poutine, à notre ministère de l'Energie et à l'institution concernée en Russie, l'ordre de mener un travail en commun », a-t-il affirmé lors d'une interview avec les journalistes à bord de son vol de retour d'Astana, ce vendredi. Le chef de l'Etat turc a aussi affirmé que les travaux commenceraient immédiatement. « Il n'y aura pas d'attente à ce sujet », a-t-il ajouté, précisant que l'éventuel hub pourrait être construit dans la région de Thrace, dans le nord-ouest de la Turquie.

Une proposition qui n'a « aucun sens », pour la France

La France, elle, n'a pas partagé l'enthousiasme des deux dirigeants, jugeant que l'idée de Vladimir Poutine n'a « aucun sens ». En effet, selon la présidence française, l'Europe cherche justement, depuis plusieurs mois, à réduire sa dépendance à l'égard du gaz russe. « Il se peut que la Russie et la Turquie décident ensemble d'exporter davantage de gaz mais ça ne peut pas être vers l'Union européenne qui a des engagements de souveraineté, de réduction de ses dépendances et par ailleurs de transition climatique qui sont incompatibles avec ce genre de raisonnement », a-t-elle expliqué, vendredi, précisant qu'« il y a quelques mois encore, presque 40% du gaz livré à l'Union européenne venait de Russie. Aujourd'hui, cette part du gaz russe est de 7,5% seulement et elle a encore vocation à diminuer ». « Il n'y a pour nous aucun sens à créer de nouvelles infrastructures qui permettraient d'importer davantage de gaz russe », a, encore estimé la présidence française.

Malgré ses efforts pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes, l'Europe subit de plein fouet la baisse des livraisons de gaz russe, craignant des pénuries cet hiver. C'est particulièrement le cas en Allemagne. Avant le déclenchement du conflit en Ukraine, le pays dépendait à plus de 50% des exportations à bas coût de gaz russe. Un chiffre descendu à 30%, mais depuis l'arrêt des livraisons de l'hydrocarbure via le gazoduc Nord Stream 1, Berlin s'inquiète d'en manquer alors que les températures commencent à baisser. Pour soutenir son voisin, la France a d'ailleurs commencé, jeudi, à lui acheminer du gaz.

Vers un plafonnement des prix du gaz

Outre les risques de pénuries, l'envolée des prix de l'énergie pèse lourdement sur les ménages et industriels européens. Si bien que les Vingt-Sept échangent sur un possible plafonnement des prix du gaz bien que tous ne soient pas favorables à cette idée. C'est par exemple le cas de l'Allemagne qui craint que des pays comme la Norvège, devenue depuis le début de la guerre en Ukraine le premier fournisseur de gaz de l'Europe, se tourne vers d'autres marchés si l'on devait lui imposer un prix plafond.

Lire aussiPlafonner le prix de l'électricité issue du gaz : un cadeau en trompe l'oeil pour les consommateurs

Ce à quoi le président russe avait répondu, le 7 septembre dernier, en affirmant que la Russie ne livrerait plus de pétrole ou de gaz aux pays qui plafonneraient les prix des hydrocarbures vendus par Moscou, dénonçant « une décision absolument stupide », « une bêtise ». « Si les pays européens veulent renoncer à leurs avantages compétitifs, c'est à eux de décider », avait-il lancé, assurant que « nous ne livrerons rien du tout si c'est contraire à nos intérêts, en l'occurrence économiques. Ni gaz, ni pétrole, ni charbon (...). Rien ».

(Avec AFP)

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 14/10/2022 à 0:16
Signaler
Poutine est suicidaire. Il s'allie avec les pires ennemis de la Russie: Erdogan, Isreal, Arabie saoudite, Qatar, Emirats, j'en passe et des meilleurs.CEla finira mal pour lui et la Russie (Hélas pour la Russie).

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.