Puisqu'elle est infirmière, Judy Aiken doit sûrement reconnaître la vitalité d'un patient à la vigueur de son accolade. Jeudi après-midi, alors qu'il menait son premier meeting commun avec Kamala Harris, Joe Biden, raide comme un piquet, a peiné à se pencher vers elle pour la remercier de son accueil. La vice-présidente, en revanche, a énergiquement embrassé l'ouvreuse, sous les acclamations d'un public survolté.
Depuis plusieurs semaines, la nouvelle championne des démocrates multiplie les visites à travers le pays. Un meeting à Atlanta, boosté par la participation de la rappeuse Megan Thee Stallion. Un à Philadelphie, où la candidate et son colistier Tim Walz ont surfé sur la transe de 12 000 fans. Et tous les autres depuis, de Detroit à Las Vegas, où l'on compare déjà la trajectoire de l'ancienne procureure générale de Californie à celle d'un jeune sénateur qui allait devenir le premier président noir des États-Unis en 2008 : Barack Obama. « Harris a réussi le changement d'ambiance le plus rapide de l'histoire politique moderne », écrivait dans Time il y a une semaine la journaliste politique Charlotte Alter.
Rien de cela ne lui était pourtant promis si tôt. Claquemurée dans un donjon de loyauté envers Joe Biden, Kamala Harris souffrait d'un manque de popularité lié à sa faible exposition médiatique, à une confiance en soi trop souvent en mode alternatif, et à son don pour les bourdes à répétition. En témoigne sa campagne avortée pour la primaire démocrate en 2020. Quatre ans d'exercice du pouvoir lui ont certes permis de développer son carnet d'adresses. Mais l'ingratitude des tâches qui lui furent confiées - comme cet impossible dossier migratoire - semblait l'avoir rendue inoffensive.