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ÉconomieInternational

Quand Pékin veut sortir les entreprises chinoises de Wall Street...pour mieux les contrôler

latribune.fr

Publié le 01 décembre 2021 à 12:41 - Mis à jour le 01 décembre 2021 à 17:38

Didi

Photo d'illustration

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pékin voudrait interdire le dispositif VIE au cœur de la création de holdings très souvent situées dans des paradis fiscaux et outils nécessaires aux entreprises chinoises pour lever des fonds auprès d'investisseurs américains, notamment à Wall Street, selon des informations de Bloomberg. Une nouvelle stratégie de contrôle des investissements par le gouvernement de Xi Jinping qui prolongerait l'encadrement strict des puissantes entreprises tech chinoises. En jeu : la sécurité nationale et la stabilité sociale, qui passe par le contrôle des données de ces mastodontes. La Chine a démenti...

... mation en fin de journée.

Article publié le 01/12/21 à 13h34, actualisé à 18h34.

La guerre économique et technologique pour le leadership mondial entre les deux premières puissances, la Chine et les États-Unis, se déplace depuis quelques semaines sur le terrain boursier et financier. Le 27 novembre dernier, Pékin exhortait à nouveau Didi, un concurrent chinois asiatique de l'entreprise VTC Uber, de quitter Wall Street, quelques jours seulement après son introduction à la bourse new-yorkaise qui lui avait permis de lever 3,7 milliards de dollars. La cause de cette injonction ? Une enquête administrative sur les collectes de données privées captées par l'entreprise de mobilité chinoise. Pékin redoute que des informations stratégiques atterrissent entre les mains des autorités américaines, voire auprès de concurrents. Et pour faire plier la société de VTC, l'administration chinoise a même suspendu le téléchargement de l'application sur son marché, où Didi est pourtant leader.

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Sanctionné par Pékin, le "Uber chinois" Didi dégringole à Wall Street

Contrôle interne et externe

C'est que la période de tensions entre les Etats-Unis entraîne une réaction forte de la part de Pékin. Mais pas seulement. Pour le gouvernement chinois, la sécurité nationale et la stabilité sociale représentent des priorités essentielles alors que les entreprises techs chinoises sont devenues très puissantes. Xi Jinping, le président chinois, veut donc à la fois contrôler plus fortement ces entreprises sur son sol tout en empêchant la sortie de ces données en dehors du territoire chinois. Pékin redoute ainsi que des données cruciales accumulées par ses géants technologiques ne passent à l'étranger. D'un point de vue capitalistique, il veut renforcer le contrôle d'actifs chinois détenus par des acteurs étrangers tout en s'assurant de la primauté et de la souveraineté technologique de son pays.

Après l'épisode rocambolesque de Didi, Xi Jinping et le parti communiste chinois avaient déjà décidé d'aller plus loin pour atteindre les objectifs de contrôle. Le gouvernement avait ainsi annoncé, quelques jours après l'introduction de l'entreprise de VTC à Wall Street, vouloir imposer un examen approfondi des risques en matière de cybersécurité pour les entreprises chinoises qui voudraient s'ouvrir à des capitaux étrangers : au-delà d'un million d'utilisateurs, elles devront d'abord se soumettre à une enquête de cybersécurité. Et cet été, la commission chinoise de réglementation des marchés de titres (CSRC) prévoyait plus spécifiquement d'interdire la cotation internationale "pour les entreprises collectant d'importantes quantités de données auprès des utilisateurs ou créant des contenus".

S'attaquer à la structure administrative permettant de lever des fonds

Désormais, Pékin compte surtout s'attaquer directement à une faille législative qui permettait jusqu'à présent aux géants chinois de la tech de lever des fonds à Wall Street - et donc intégrer des capitaux étrangers à leurs structures - comme le révèle l'agence de presse américaine Bloomberg. Même si Pékin interdisait déjà à ses groupes privés d'être détenus par des capitaux étrangers, ces derniers ont en effet contourné la difficulté ces dernières années en créant des sociétés miroir appelées VIE, pour "variable interest entity" en anglais.

Ce sont des holdings, très souvent situées dans des paradis fiscaux comme les îles Cayman, permettant à des entreprises chinoises d'être détenues par des investisseurs étrangers. C'est par ce biais que les sociétés chinoises opéraient leur introduction en bourse et captaient des milliards de dollars. Cette structure a par exemple permis au géant asiatique Alibaba de lever 25 milliards de dollars en 2014 sur la place new-yorkaise. A l'inverse, ce véhicule est également utilisé par les firmes internationales pour pénétrer le marché chinois dans des secteurs extrêmement contrôlés par Pékin.  

Le gouvernement chinois s'apprêterait à présent à interdire à ses entreprises de recourir à la structure du VIE. Cette disposition figurerait dans une nouvelle version des règles en matière de cotation à l'étranger que Pékin pourrait finaliser avant la fin de l'année, précise l'agence.

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La Chine, via la commission des opérations de bourse chinoise, a toutefois démenti mercredi ces informations de l'agence financière Bloomberg. "Nous avons remarqué les articles... Cette nouvelle n'est pas vraie", a-t-elle déclaré dans un communiqué sur son site Web.

La tech de plus en plus encadrée en Chine

Le contrôle des puissances technologiques par Pékin dépasse les places de marché occidentales. Prévue à Hongkong et Shanghai, l'introduction en Bourse de la filiale de paiements en ligne d'Alibaba, Ant Group, a par exemple été bloquée. A l'été, les autorités ont forcé les entreprises de l'éducation privée à devenir des entités à but non lucratif, ce qui a également une chute des valeurs de ces sociétés. En septembre, c'était au tour d'Alipay, le champion du paiement mobile, d'être dans le collimateur des autorités. Pékin envisageait, alors, de scinder la très populaire application en deux, avec le paiement mobile d'une part, et d'autre part, les activités de crédit. Mais surtout, les autorités pourraient contraindre Alipay à transférer les données de ses utilisateurs à une ou plusieurs entreprises tierce, partiellement contrôlées par l'Etat.

Toutefois, certains observateurs estiment que ce contrôle se veut cyclique. "Ce n'est pas la première fois que la Chine reprend les choses en main, même si cette dernière vague de régulation est particulièrement forte et soudaine. La Chine intervient toujours quand elle se sent en position de force, comme cela a été le cas en début d'année avec une reprise de la croissance qui a largement dépassé les attentes. Ces phases de régulation durent en moyenne un an. Le groupe Tencent en avait déjà fait les frais il y a trois ans sur son activité dans les jeux", rappelait dans nos colonnes l'investisseur Michel Audeban, directeur général de Gemway Assets, une société de gestion spécialisée sur les émergents et la Chine en particulier.

Le gouvernement chinois maintient également sa pression sur les entreprises américaines présentes sur son sol. Ainsi, le géant informatique américain Microsoft a annoncé en octobre qu'il allait fermer son réseau professionnel LinkedIn en Chine d'ici à la fin de l'année, justifiant sa décision par "un environnement opérationnel difficile [...] à grandes exigences en matière de conformité aux règlements en vigueur en Chine", a-t-il ajouté. Les réseaux sociaux Facebook et Twitter y sont bannis depuis plus d'une décennie. Google a quitté le pays en 2010.

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Aux Etats-Unis, l'ex-administration Trump avait interdit aux Américains d'investir dans des entreprises chinoises considérées comme fournissant ou soutenant l'armée chinoise. Depuis son arrivée cette année à la Maison Blanche, Joe Biden n'a pas levé ces mesures. Surtout, les tensions restent immenses au sujet de la 5G. Bien que les Etats-Unis ont accepté de libérer en septembre dernier la directrice financière de Huawei, la compétition mondiale sur cette nouvelle technologie reste exacerbée, sur fonds de souveraineté nationale et de contrôle des infrastructures de données et de télécommunications.

latribune.fr

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