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ÉconomieInternational

Quels sont les risques d'un bras de fer entre l'Arabie saoudite et l'Iran ?

Timothée de Rauglaudre

Publié le 04 janvier 2016 à 15:23 - Mis à jour le 05 janvier 2016 à 14:32

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La rupture des liens diplomatiques avec l’Iran décidée par le royaume saoudien pourrait avoir d’importantes conséquences politiques, militaires et économiques, selon les experts.

Dimanche 3 janvier, Adel al-Joubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères, a annoncé la rupture des relations diplomatiques du royaume avec l'Iran, son grand rival chiite au Moyen-Orient. Cette escalade risque de cristalliser de nombreuses tensions dans la région, d'après les experts qui ont réagi dans les médias et sur les réseaux sociaux, à commencer par le départ de la représentation iranienne d'Arabie saoudite et de certains de ses pays alliés.

Le « départ de la représentation iranienne dans les 48 heures » exigé par l'Arabie saoudite

L'Arabie saoudite « exige le départ des membres de la représentation diplomatique iranienne dans les 48 heures », a déclaré Adel al-Joubeir, dénonçant des « ingérences négatives et agressives de l'Iran dans les affaires arabes qui entraînent souvent dégâts et destructions ». Le lendemain des déclarations du ministre, le Royaume de Bahreïn et le Soudan, alliés de la famille Al Saoud, ont annoncé des sanctions similaires contre la représentation iranienne. Les Émirats arabes unis, eux, ont drastiquement réduit cette représentation. C'est la deuxième fois depuis 1979 que les liens diplomatiques entre l'Iran et l'Arabie saoudite sont coupés, une telle rupture étant déjà advenue entre 1987 et 1991. Depuis la Révolution islamique iranienne, les deux puissances se sont en effet livré une « guerre froide [qui] ne dit pas son nom », comme le soulignait il y a un an Thierry Coville, chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

Pour dénoncer les violences contre la représentation saoudienne à Téhéran et à Mashhad, les responsables saoudiens se sont référés aux attaques iraniennes contre l'ambassade américaine en 1979, pendant la Révolution islamique, et contre celle du Royaume-Uni en 2011, sans préciser toutefois que la prise d'otages de 1979 dans l'ambassade américaine avait été réalisée par les partisans de l'ayatollah Khomeiny, et que les auteurs des violences de 2011 étaient des manifestants protestant contre les sanctions britanniques contre l'Iran en raison de son programme nucléaire controversé. Au-delà des strictes ruptures diplomatiques, l'escalade risque d'aggraver les guerres par procuration dans la région entre les deux pays.

Les guerres par procuration

La rupture diplomatique entre les deux grandes puissances au Moyen-Orient va probablement alimenter les guerres qu'elles se livrent par procuration dans la région, en particulier en Syrie et au Yémen. Au Yémen, l'Arabie saoudite se bat depuis le mois de mars contre la rébellion chiite des Houthis, que Téhéran est accusé de soutenir. En Syrie, Riyad soutient l'opposition politique et les groupes armés contre le régime de Bachar el-Assad, allié à l'Iran. Le royaume saoudien a formé en décembre une « coalition antiterroriste » de 34 pays à majorité sunnite, sans y convier l'Iran.

L'exécution du cheikh al-Nimr va « contribuer à la polarisation saoudo-iranienne », affirme Jane Kinninmont, chercheur à l'institut Chatham House à Londres, citée par l'AFP. De son côté, le politologue Ian Bremmer, président et fondateur de l'Eurasia Group, a immédiatement réagi sur Twitter suite aux annonces d'Adel al-Joubeir :

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«L'Arabie saoudite rompt les liens diplomatiques avec l'Iran. Et toutes les guerres par procuration au Moyen-Orient viennent de s'envenimer.»

En plus d'aggraver les affrontements militaires, cette crise diplomatique pourrait balayer tout espoir de trouver des issues diplomatiques aux conflits syrien et yéménite, espoir qui avait pu naître après les diverses tentatives de conciliation au mois de décembre. Autre conséquence de la rupture diplomatique entre l'Arabie saoudite et l'Iran, les tensions confessionnelles auxquelles renvoie la rivalité entre les deux pays risquent d'augmenter.

Les tensions confessionnelles exacerbées

La rupture entre la monarchie sunnite et la République chiite semble sur la voie d'aggraver les tensions entre les populations de la région des deux principales branches de l'islam, le sunnisme et le chiisme. Dans l'est de l'Arabie saoudite, les affrontements entre la police et les manifestants chiites, insurgés contre l'exécution du cheikh al-Nimr, ont déjà fait un mort civil et un blessé âgé de huit ans. Des tirs contre les policiers ont eu lieu dans la région, mais n'auraient fait aucune victime parmi les forces de l'ordre. Les tensions interconfessionnelles s'accroissent également à Bahreïn, où des manifestations de la majorité chiite agitent le pays depuis 2011, revendiquant une plus grande reconnaissance politique dans le royaume gouverné par la minorité sunnite. La police a ouvert le feu sur les manifestants qui protestaient contre l'exécution du dignitaire chiite, faisant plusieurs blessés. Jane Kinninmont rappelle :

«L'Iran cherche à se positionner comme le défenseur des intérêts des chiites mondialement.»

Face au risque d'escalade dans la région, les États-Unis tentent de se poser en médiateur.

Les États-Unis tentent de calmer le jeu

Les États-Unis tentent de concilier les deux puissances pour éviter de déboucher sur un conflit ouvert, les invitant chacune à prendre des « mesures positives pour calmer les tensions », par la voix de John Kirby, le porte-parole de la diplomatie américaine. Ce dernier a déclaré :

«Nous croyons qu'une implication diplomatique et des discussions directes demeurent essentielles.»

L'accord signé entre les États-Unis et l'Iran, touchant notamment au nucléaire iranien, ayant agacé le gouvernement saoudien, allié de longue date de Washington, il n'est pas sûr que ce grand écart diplomatique américain soit efficace. Enfin, la crise diplomatique entre l'Arabie saoudite et l'Iran semble avoir également des conséquences économiques.

Remontée des prix du pétrole

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La rupture entre les deux puissances moyen-orientales risque de n'avoir pas que des conséquences diplomatiques et politiques. En effet, la peur d'un conflit ouvert a affecté les prix du pétrole : le Brent a augmenté de 3,3 % ce lundi 4 janvier, premier jour d'ouverture des marchés en 2016, par rapport au dernier jour d'activité des marchés en 2015, pour atteindre 38,50 dollars le baril, le prix le plus élevé sur le marché mondial depuis trois semaines. L'Arabie saoudite et l'Iran sont deux producteurs pétroliers de premier plan au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), produisant respectivement 10 et 3 millions de barils par jour. Le pétrole saoudien est en grande partie produit dans l'est du pays, à majorité chiite. Les prix du pétrole restent cependant historiquement bas, notamment depuis le début de l'année 2015, l'offre dépassant largement la demande mondiale.

Timothée de Rauglaudre

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