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ÉconomieInternational

Russie : au plus haut depuis 2022, les revenus du pétrole remplissent les caisses de Moscou

latribune.fr

Publié le 14 octobre 2023 à 04:03 - Mis à jour le 14 octobre 2023 à 06:59

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La Russie a exporté pour 18,8 milliards de dollars de pétrole en septembre, soit une hausse de 1,8 milliard sur un mois, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie (AIE), jeudi. Une hausse des revenus pétroliers qui s’explique notamment par le fait que Moscou contourne les sanctions européennes en passant par l’Inde.

Alors que le ministre de l'Economie français, Bruno le Maire, assurait en mars 2022 : « Nous allons provoquer l'effondrement de l'économie russe », cette dernière affiche des résultats en hausse. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement estime, en effet, que le PIB de la Russie augmentera de 1,5% en 2023. Mais surtout, les revenus des exportations pétrolières du pays ont grimpé en septembre pour atteindre « leur plus haut niveau depuis juillet 2022 », a indiqué jeudi 13 octobre l'Agence internationale de l'énergie (AIE), dans son rapport mensuel sur le marché du pétrole.

Ces derniers « ont bondi de 1,8 milliard de dollars » sur un mois « pour atteindre 18,8 milliards de dollars en septembre, leur plus haut niveau depuis juillet 2022 », souligne l'institution.

Lire aussiMoscou suspend ses exportations de produits pétroliers pour calmer l'envolée des prix locaux

Les exportations totales de produits pétroliers russes ont augmenté de 460.000 barils par jour pour atteindre 7,6 millions de barils par jour. Avec 250.000 barils, le brut représente l'essentiel de la hausse. Les recettes pétrolières du gouvernement russe auront ainsi augmenté de 24% en septembre par rapport au mois précédent, pour atteindre 10,6 milliards de dollars. Elles étaient néanmoins inférieures de 7% à leur niveau d'il y a un an, a précisé l'AIE.

La Russie contourne les sanctions européennes grâce à l'Inde

Pourtant, depuis décembre 2022, suite à l'invasion de l'Ukraine décidée par Vladimir Poutine en février 2022, le G7, l'Australie et l'Union européenne ont imposé un double embargo sur le pétrole brut et raffiné russe. En outre, les Vingt-Sept ont également décidé d'un plafonnement de son prix selon un mécanisme qui impose que seul le pétrole vendu à un prix égal ou inférieur à 60 dollars le baril puisse continuer à être livré sur leurs territoires.

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L'objectif d'alors était de frapper la manne financière de la Russie en plafonnant ses recettes pétrolières, tout en gardant une incitation économique suffisante pour que le pays continue de vendre son pétrole à prix réduit - plutôt que de retirer ses barils du marché, afin d'éviter un surenchérissement des cours.

Lire aussiPétrole : Riyad et Moscou font flamber les cours en restreignant leur offre jusqu'à la fin de l'année

C'était sans compter sur l'Inde, non membre de l'Otan et non soumise aux sanctions, qui s'est avérée être une porte dérobée pour Moscou puisque le pays dirigé par Narendra Mohdi a accepté de continuer d'acheter du pétrole russe aux prix du marché. L'Inde dépend de ces importations pour couvrir plus de 80 % de ses besoins en pétrole, mais a rarement acheté du pétrole russe dans le passé en raison des coûts de transport élevés. Toutefois, depuis l'invasion de l'Ukraine par Moscou il y a plus d'un an, le pays est devenu le plus gros acheteur de brut russe transporté par voie maritime. En août 2023, par exemple, l'Inde a reçu du pétrole russe à un prix moyen d'environ 86 dollars le baril, contre 68,09 dollars le baril en juillet et 94 dollars en août 2022 avant l'imposition du plafond, selon les calculs de Reuters basés sur les dernières données publiées sur le site Internet du ministère indien du Commerce. Et comble de la situation, l'Inde revend ensuite le pétrole russe, qu'elle a raffiné, aux Européens, avec une plus-value.

Ainsi, le prix moyen à l'exportation du brut russe a augmenté de 8 dollars par baril, pour atteindre 81,80 dollars en septembre, « bien au-dessus du prix plafonné », a relevé l'AIE.

Deux navires sanctionnés par les Etats-Unis

Malgré ces trous dans la raquette de sanctions, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré mercredi 11 octobre que le plafonnement des prix du pétrole russe imposé par le G7 avait fortement réduit les revenus de la Russie au cours des dix derniers mois, tout en favorisant la stabilité des marchés de l'énergie.

D'ailleurs, les Etats-Unis ont annoncé jeudi des premières sanctions contre deux navires transportant du pétrole russe à un tarif plus élevé que les 60 dollars le baril. Ces deux pétroliers, désormais considérés comme « propriétés bloquées » par Washington, « ont fait appel à des prestataires de services basés aux États-Unis pour transporter le pétrole d'origine russe », est-il précisé. Par conséquent, ces deux entreprises, Lumber Marine SA et Ice Pearl Navigation Corp, sont visées par ces sanctions économiques, qui bloquent leurs avoirs aux Etats-Unis, et les empêchent d'y avoir une activité commerciale. Cette action « démontre notre engagement continu à réduire les ressources de la Russie pour sa guerre contre l'Ukraine et à faire respecter le plafonnement des prix », a déclaré le secrétaire adjoint au Trésor, Wally Adeyemo, cité dans le communiqué.

Une réduction de production de l'Opep qui fait monter les prix

Toujours est-il que jusqu'à maintenant, la hausse des prix du pétrole a bénéficié à la Russie. Une hausse notamment due à la décision de l'Opep, l'organisation des pays exportateurs de pétrole, le 2 avril, de réduire la production de brut de 1 million de barils par jour à partir du mois de mai et qui s'ajoute à la réduction de 2 millions de barils par jour décidée en octobre.

Mais de son côté, la Russie, non membre de l'Opep, a vu sa production grimper jusqu'à 9,48 millions de barils quotidiens. Si Moscou a indiqué réduire ses exportations de 300.000 barils par jour à partir de septembre jusqu'à fin 2023, des estimations préliminaires montrent qu'elles ont seulement baissé d'environ 100.000 barils par jour par rapport à la moyenne de mai-juin, selon l'AIE.

Selon l'Opep, la production russe de produits pétroliers en 2023 « devrait baisser de 500.000 barils par jour pour atteindre une moyenne de 10,5 millions de barils par jour », soit une réévaluation à la hausse d'environ 80.000 barils quotidiens par rapport à son évaluation du mois précédent. « La contraction attendue prend en compte des ajustements volontaires de production annoncés jusqu'à fin 2023 », a précisé l'Opep dans son rapport d'octobre publié jeudi, qui prévoit une production inchangée en 2024.

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Moscou va augmenter de près de 70% son budget alloué à la défense

Fort de cette hausse de revenus, la Russie envisage même une hausse de 68% de ses dépenses militaires, qui atteindraient alors 10.800 milliards de roubles (106 milliards d'euros au taux du jour), en 2024, selon un document du ministère des Finances publié jeudi. Ainsi, la somme allouée pour la Défense va représenter environ 30% des dépenses fédérales totales en 2024 et 6% du PIB, une première dans l'histoire moderne de la Russie.

« Il est évident qu'une telle augmentation est nécessaire, absolument nécessaire, parce que nous sommes dans un état de guerre hybride », a-t-il affirmé à la presse. Avant d'ajouter: « je veux parler de la guerre hybride qui est menée contre nous. Et ceci nécessite des dépenses élevées ».

(Avec agences)

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