Russie : passe d'armes entre le gouvernement et la Banque centrale en plein ralentissement de l'économie
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Tensions entre le gouvernement russe et la Banque centrale sur la relance de l’économie.
ALEXEI DANICHEV
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Tensions entre le gouvernement russe et la Banque centrale sur la relance de l’économie.
ALEXEI DANICHEV
Une vive passe d'armes a éclaté vendredi au Forum économique international de Saint-Pétersbourg entre le gouvernement russe et la Banque centrale (BCR), révélant des divergences profondes sur la voie à suivre pour relancer une économie en proie au ralentissement. Après deux années de croissance inattendue, alimentée en partie par les investissements massifs dans le complexe militaro-industriel suite au conflit en Ukraine, la conjoncture économique russe marque le pas, exacerbant les tensions entre les partisans d'une politique monétaire souple et ceux d'une orthodoxie financière.
La résilience affichée par l'économie russe en 2023 et 2024, en dépit des sanctions occidentales, semble désormais s'estomper. Les investissements colossaux destinés à soutenir l'effort de guerre ne parviennent plus à insuffler la même dynamique. Dans ce contexte, les regards se tournent vers la Banque centrale et sa présidente, Elvira Nabioullina, dont la politique monétaire stricte, caractérisée par un taux directeur élevé (actuellement à 20 %, bien qu'abaissé d'un point début juin), vise à contenir l'inflation. Cette approche, jugée nécessaire par la BCR, est de plus en plus critiquée par le patronat et certains membres du gouvernement.
Le vice-Premier ministre, Alexandre Novak, en charge du dossier stratégique de l'énergie, n'a pas mâché ses mots. « Les indicateurs montrent qu'il est nécessaire de baisser les taux d'intérêt, qu'il faut passer d'un refroidissement contrôlé à un réchauffement de l'économie », a-t-il déclaré, pressant la Banque centrale d'agir avant de « rater le moment opportun ». Il a qualifié la situation économique actuelle de « douloureuse », soulignant l'urgence d'une intervention. Ces déclarations interviennent alors que la croissance a ralenti à 1,4 % au premier trimestre, son niveau le plus faible depuis le premier trimestre 2023, et que les perspectives pour l'année en cours sont moins favorables que l'an passé.
L'écho de cette inquiétude gouvernementale se fait également entendre chez le ministre de l'Économie, Maxime Rechetnikov, qui a averti la veille que l'économie russe était « au bord » de la récession, insistant sur le rôle crucial des décisions de l'État et de la Banque centrale, notamment en matière de taux. Deux jours plus tôt, le conseiller économique de Vladimir Poutine, Maxime Orechkine, avait quant à lui jugé que le modèle de croissance russe, mis en place en urgence depuis 2022 pour amortir le choc des sanctions, était « épuisé » et nécessitait une refonte.
Malgré cette pression publique, la Banque centrale semble déterminée à maintenir sa politique de restriction du crédit, justifiant sa position par une inflation qui avoisine toujours les 10 %. Andreï Gangan, directeur du département de la politique monétaire de la BCR, a rétorqué que « une simple baisse rapide du taux directeur ne changera probablement pas grand-chose à court terme, si ce n'est le niveau des prix et leur augmentation ».
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Ce Forum économique de Saint-Pétersbourg, souvent comparé à un « Davos russe », est l'occasion pour Moscou de renforcer ses liens avec ses partenaires commerciaux. La 28e édition de l'événement accueille cette année 40 délégations, principalement de Chine, de Turquie, d'Égypte, d'Amérique latine et d'Afrique, dans un contexte où les personnalités des « pays inamicaux » (pays européens, États-Unis et autres nations occidentales ayant condamné l'invasion de l'Ukraine) sont ostensiblement absentes.
La Russie, soumise à de lourdes sanctions occidentales depuis 2022, cherche désespérément à diversifier ses alliances et ses débouchés commerciaux. Les interdictions d'exportation dans de nombreux secteurs et les perturbations des chaînes d'approvisionnement ont contraint le Kremlin à se tourner davantage vers l'Asie, le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Amérique latine. Ces partenaires sont vitaux pour Moscou, qui a besoin d'exporter son pétrole, ses métaux et son blé pour financer son économie de guerre. Le Forum de Saint-Pétersbourg est donc une vitrine essentielle pour afficher sa capacité à nouer de nouvelles coopérations, comme en témoignent les 1 073 accords signés l'an dernier pour un montant total de 6,4 trillions de roubles (70 milliards d'euros).
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Dans ce contexte de divergences étalées sur la place publique, toutes les attentions se tournent désormais vers le président Vladimir Poutine, qui doit s'exprimer vendredi après-midi lors de la session plénière du forum économique, offrant potentiellement des éclaircissements sur la direction que prendra la politique économique russe.
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