Russie-Turquie : le ciment économique résiste aux secousses diplomatiques... jusqu'ici

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Rencontre entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, le 23 septembre. en dix ans, les deux chefs d'Etat se sont rencontrés trente fois.
Rencontre entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, le 23 septembre. en dix ans, les deux chefs d'Etat se sont rencontrés trente fois. (Crédits : Reuters)
Après la destruction d'un avion militaire russe qui aurait violé l'espace aérien turc, Turquie et Russie multiplient invectives et menaces... mais sans franchir la ligne rouge de la rupture. Jusqu'à présent, les importants liens économiques que les deux pays entretiennent ont toujours résisté aux divergences, notamment sur la Syrie.

Les relations entre Ankara et Moscou ont-elles été ébranlées durablement suite à la destruction de l'avion russe par des F-16 turcs, mardi 24 novembre ?

Ankara a affirmé que l'appareil avait franchi ses frontières au nord-ouest et n'avait pas répondu aux sommations. Le pouvoir turc a une nouvelle fois dénoncé l'intervention militaire russe aux côtés du régime du président Bachar al-Assad, dont il a fait du départ immédiat une condition sine qua non de toute solution politique au conflit syrien.

Poutine dénonce la "politique de soutien à l'islamisation" de la Turquie

Mais la Turquie assure vouloir calmer le jeu:

"Nous n'avons absolument aucune intention de provoquer une escalade après cette affaire. [...] Nous défendons seulement notre sécurité et le droit de notre peuple", explique le président Recep Tayyip Erdogan, mercredi 25 novembre.

Vladimir Poutine, qui dénonçait hier "un coup de poignard dans le dos porté par les complices des terroristes", a ajouté mercredi:

"Le problème est situé bien plus en profondeur. Ce que nous observons depuis un certain nombre d'années, c'est un régime turc qui mène une politique délibérée de soutien à l'islamisation de son pays."

3 millions de touristes russes en 2014

En réaction, il a recommandé aux Russes de ne plus se rendre en Turquie, avertissant "nos citoyens du danger" de séjourner dans le pays. En 2014, plus de 3 millions de touristes russes s'y étaient rendus.

Pourtant, si Moscou profère des menaces, elle ne ferme pas pour autant la porte. L'ambassadeur russe en France a ainsi affirmé que Moscou est prêt à planifier des frappes contre l'Etat islamique dans le cadre d'un état-major commun avec tous les pays qui le souhaitent... la Turquie comprise - une proposition déjà faite en septembre.

Plus de 50% des importations de gaz de la Turquie viennent de Russie

Diplomatiquement, les tensions entre la Russie et la Turquie était déjà vives avant l'incident de l'avion abattu.

Ainsi, l'Otan et la Turquie avaient dénoncé l'intrusion d'un appareil russe dans l'espace aérien turc, déjà au début octobre.

En outre, les positions diffèrent radicalement sur Bachar Al-Assad, puisque Moscou le soutient ouvertement.

La Russie frapperait les populations turcophones en Syrie

Autre point sensible: la population turcophone des Turkmènes de Bayirbucak, résidant donc sur le sol syrien. Recep Tayyip Erdogan a seriné mercredi:

"Personne n'est dupe. Ils [les Russes, Ndlr] affirment vouloir viser Daech, mais il n'y pas de Daech dans cette zone [près de l'endroit où l'avion russe a été abattu, mardi, Ndlr]. Ils frappent les Turkmènes de Bayirbucak", s'est plaint le président turc.

Mais les deux pays ont des liens économiques très étroits, ce qui, jusqu'à aujourd'hui, empêche toute escalade. Une note de l'Ifri de 2013 estimait que la relation entre Ankara et Moscou était "déterminée par l'énergie".

"Le poids de l'entente énergétique dans la relation russo-turque est particulièrement visible sur le dossier des printemps arabes. Les deux pays accueillent les bouleversements en cours au Moyent-Orient de façon différente et affichent notamment des oppositions diamétralement opposées à l'égard du régime de Bachar al-Assad en Syrie. Ils ont cependant cherché à éviter autant que possible les éclats publics mettant en avant l'importance de leurs projets économiques communs."

Pipeline russo-turc à 11 milliards de dollars

Parmi ceux-ci : le projet de nouveau pipeline russo-turc acté le 1er décembre 2014 par l'abandon du projet de gazoduc russo-européen South Stream. Le projet à plus de 11 milliards d'euros baptisé Turkish Stream est sur la bonne voie malgré de nombreux déboires et atermoiements cet été: le ministre russe de l'énergie a annoncé un mois que l'accord fixant les détails pour la réalisation du projet sera signé l'année prochaine, malgré les tensions bilatérales.

En 2008, la Russie est devenu le premier partenaire commercial de la Turquie.En 2013, la Turquie importait 14,5 milliards de dollars de produits de la Russie qui représentait son troisième partenaire commercial derrière l'Allemagne et la Chine. Concernant les hydrocarbures, en 2013, 57% des importations de gaz provenaient de Moscou.

Et diplomatiquement, cela se ressent. L'Ifri notait qu'en dix ans, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés trente fois.

Ankara projette de réduire sa dépendance avec la Russie

Ankara prépare ses arrières. Elle projette avec l'Azerbaïdjan la construction d'un pipeline trans-anatolien pour 10 milliards de dollars.

Prévu pour 2018, il passerait par la Géorgie et lui permettrait de réduire sa dépendance au gaz russe.

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Commentaires
a écrit le 26/11/2015 à 3:04 :
Poutine et Erdogan ils sont pas claires les /lascars ? Un radical l'autre un faciste ?? Au va-t-on finir ???
a écrit le 25/11/2015 à 15:41 :
Bizarre non, Poutine dénonce la "politique de soutien à l'islamisation" de la Turquie, mais paradoxalement l'Europe et en particulier la France ne dénonce pas "la politique de soutien à l'islamisation" de l'Europe par la Turquie !

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