Sanctions contre l'Iran : les Etats-Unis redoutent une hausse du prix du pétrole

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L'Inde a expliqué aux Etats-Unis qu'elle ne pouvait pas arrêter ses importations avant mars, alors qu'elle fait face à une crise monétaire grave qui pèse sur le pouvoir d'achat, a commenté Joel Hancock, analyste chez Natixis. Le pétrole iranien est bon marché et adapté aux raffineries indiennes.
"L'Inde a expliqué aux Etats-Unis qu'elle ne pouvait pas arrêter ses importations avant mars, alors qu'elle fait face à une crise monétaire grave" qui pèse sur le pouvoir d'achat, a commenté Joel Hancock, analyste chez Natixis. Le pétrole iranien est bon marché et adapté aux raffineries indiennes. (Crédits : Reuters)
Après avoir adopté un ton dur à l'égard de Téhéran, Washington a assoupli sa position sur les sanctions, en accordant des exemptions à 8 pays, dont l'Inde et la Turquie, qui pourront continuer à acheter du brut iranien, principale ressource de revenus de l'Iran.

Avec ses sanctions contre les importateurs de pétrole iranien, Washington pourrait faire basculer un marché à l'équilibre précaire et provoquer une flambée des prix du brut, le tout sous l'oeil attentif de l'Arabie saoudite. "Dans les prochaines semaines, le marché va être complètement focalisé sur les exportations de l'Iran, sur le fait de savoir si le pays triche ou si la production chute", a commenté Riccardo Fabiani, analyste pour Energy Aspects, interrogé par l'AFP.

Un acteur clé de l'Opep

A partir de lundi, les Etats-Unis vont viser les acheteurs de pétrole iranien afin de priver Téhéran de sa principale source de revenus. Mais si l'or noir est crucial pour la trésorerie iranienne, le pays, troisième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), est également un des piliers du marché mondial.

En avril, l'Iran a exporté l'équivalent de 2,5 millions de barils par jour, avant que les acheteurs ne se détournent du pays en raison de l'annonce des sanctions. "Même si les Etats-Unis accordent des exemptions, Washington demandera que le volume importé d'Iran baisse nettement", a noté Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, qui mise donc sur une hausse des cours. Pourtant, les prix du pétrole ont perdu près de 15 dollars en moins d'un mois, après avoir culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis deux ans et demi, avec un baril de Brent à plus de 85 dollars.

Position ambigüe des Etats-Unis

Une partie de l'explication se situe dans la position ambigüe des Etats-Unis qui, après avoir martelé que l'objectif des sanctions était de réduire les exportations iraniennes à zéro baril, ont adouci leur position. L'administration américaine a octroyé des exemptions pour huit pays, a annoncé vendredi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, sans nommer ces Etats. La Turquie a indiqué être l'un d'eux et les analystes jugeaient que l'Inde, un des premiers importateurs mondiaux, serait également sur la liste, qui sera connue lundi.

"L'Inde a expliqué aux Etats-Unis qu'elle ne pouvait pas arrêter ses importations avant mars, alors qu'elle fait face à une crise monétaire grave" qui pèse sur le pouvoir d'achat, a commenté Joel Hancock, analyste chez Natixis. Le pétrole iranien est en effet bon marché et adapté aux raffineries indiennes.

Le prix du brut pèse sur le moral des Américains

Par ailleurs, la hausse du prix du baril, et donc de l'essence, pèse aussi sur le moral des Américains. "Si les prix recommencent à grimper ou qu'un autre grand producteur a des difficultés, cela pourrait mettre les Etats-Unis sous pression et faire émettre de nouvelles exemptions", a jugé Riccardo Fabiani, d'Energy Aspects.

Les grands pays du pétrole, hormis l'Iran, devraient faire un effort pour produire davantage afin de compenser la baisse attendue d'or noir de Téhéran. Mais ce faisant, ils pourraient bien diminuer leur capacité de réaction à l'avenir, au cas où éclaterait une nouvelle crise.

Interrogations sur l'Arabie saoudite

L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial, a ainsi affirmé pouvoir répondre à la baisse iranienne, mais certains acteurs du marché se demandent si le Royaume n'épuise pas ses capacités de réserve. "L'Arabie saoudite peut produire 12 millions de barils par jour, mais à condition d'investir", estime Joel Hancock, alors que le pays produit actuellement un peu moins de 11 millions de barils par jour. Selon lui, Ryad ne peut toutefois compter pour l'instant que sur 300.000 barils par jour de capacité de réserve, c'est-à-dire dont l'extraction peut être lancée en moins de 30 jours.

"Tout le monde parle de l'Arabie saoudite, mais les exportations du pays sont stables, autour de 10 millions de barils par jour", a pour sa part estimé Samir Madani, analyste chez Tanker Trackers, spécialisé dans le suivi de tankers par satellite. "La vraie hausse, c'est l'Irak, qui exporte 4,2 millions de barils par jour, un volume que je n'avais jamais vu", a-t-il ajouté. Selon lui, les Etats-Unis, qui sont en phase de devenir le premier producteur mondial avec leurs exploitations de pétrole de schiste, pourraient répondre à une partie de la demande, mais manquent de capacités d'exportation.

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 05/11/2018 à 19:49 :
Cette interdiction d'acheter du pétrole iranien , qui cela dessert-il : les pays européens !
Les Usa ont assez de pétrole, par contre,il faut aussi abaisser l'Europe :
" Make America great again "
a écrit le 04/11/2018 à 19:54 :
Je pense que vous vous êtes trompés dans le titre. Ce serait plutôt "Les E.U. ESPERENT une hausse des prix du pétrole". Le petit jeu de Trump ne trompe personne d'un peu instruit.
a écrit le 04/11/2018 à 14:50 :
dit differemment
' les sanctions americaines ne concernent que les entreprises europeennes'
a écrit le 04/11/2018 à 13:03 :
Je n'adhère pas à l'idée d'un Trump inquiet d'une flambée des cours, en fait il y a des raisons de penser le contraire.

Les USA sont auto-suffisants en pétrole grâce à l'exploitation des huiles de schistes qui coutent nettement plus cher à produire que le pétrole conventionnel. Un cours qui descendrait durablement en dessous de 50 $/bbl mettrait, comme dans un passé récent, cette industrie locale en difficulté.
Or, le cours a déjà perdu 15 $ depuis son pic il y a 3 semaines, il atteint 63 $/bbl pour le WTI.

De même l'Arabie Saoudite comme la Russie, alliés de Trump et producteurs de brut, ont énormément souffert de la baisse des cours. A 50$/bbl ils n'équilibrent pas leurs comptes publics d'autant plus qu'ils se sont engagés dans des guerres extérieures qui coutent très cher.

Inversement, un pétrole cher pénalise d'abord les pays consommateurs et non producteurs, la Chine et l'Europe en premier, qui sont les bêtes noires de Trump.

Il est donc difficile d'acheter l'idée d'un trump inquiet d'un baril à 63 $/bbl (73 $/bbl pour le Brent).

J'ai une autre théorie sur les "arrangements". Cet embargo US n'est en réalité soutenu par personne à part les USA et Israel. Il a déjà commencé à fuiter de tous coté, n'étant pas soutenu par la puissance européenne, il également est violé par la Chine, la Russie, la Turquie...

Ce n'est qu'une question de temps avant que son inefficacité éclate au grand jour et ridiculise Trump. C'est pourquoi celui-ci feint de maitriser le phénomène en accordant des autorisations qui de fait entérinent l'infraction.
a écrit le 04/11/2018 à 12:24 :
Petit rappel des faits :

L'arabie saoudite connait un vent néolibéral financier, devenant donc l'allié naturel du champion en la matière : les USA.
L'occident arme l'arabie saoudite. L'Iran gagne en puissance et menace l'hégémonie américaine au proche-orient. Car ce n'est que ça au final, une lutte désespérée des USA de garder leur hégémonie à grands renforts de "droit international" (repris par nos journalistes zombies).
Je ne vois AUCUNE justification de ces sanctions. C'est drôle quand même, la seule fois où ça a été mentionné ce même site a parlé de "politique agressive" de l'Iran sans donner le moindre petit détail (faut les croire sur parole quoi).
D'accord, vous avez une preuve ? Un seul exemple ?

Rien du tout oui... Vous ne prenez même pas la peine de réfléchir, de vous interroger, de "critiquer".. Ce qui est le fondement même de votre métier (métier qui a une charte rappelons le, même si jamais respectée).

Cette reprise des tensions a eu lieu moins d'une semaine après que l'Iran ait annoncé vouloir sortir du système américain du pétrodollar. C'est la seule chose qui fait encore tenir le dollar, vous pensez bien que c'est là la vraie raison de ces sanctions qui touchent... le pétrole LOL. Ca y est vous commencez à réfléchir mes chers journalistes tribuns ?
Allez je vais faire encore plus simple :

Vous êtes dans une cour de récré, plusieurs classes (civlisations) se côtoient. Le grand caïd de la cour (les USA) ont établi un système de domination et tout le monde baisse la tête dans sa classe. Mais des rivaux apparaissent, alors le caïd connaissant ses propres faiblesses ne provoque pas le conflit, mais gonfle les muscles. Par contre quand un petit essaie de sortir de ce système de domination.. alors là le caïd réfléchit. La force brute lui couterait trop. Alors il pousse ses subordonnés à s'attaquer au petit, le système luttant pour sa survie. Mais tous les petits en ont assez, mais pas assez pour dire non. Alors le caïd doit lacher du lest et permet quelques exceptions (pour faire croire que c'est un cadeau de sa part alors qu'il n'a de fait pas le choix).

Je m'exprime donc je suis.
Réponse de le 05/11/2018 à 20:20 :
Mr Mouton, vous n'êtes pas con ; ce me semble .
Les petits de la cour de récré, ce sont les pays de l'Ue, qui bien sûr vont obéir au Maître américain, qui en même temps , en acceptant ces "sanctions...guerre) contre l'Iran , provoquent une opportunité incroyable au Maître du monde : on va lui acheter sons gaz et pétrole de schiste .

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